Déjà quatre mois sans alcool !

Quand j’avais la petite vingtaine, je sortais avec un musicien qui était assez taiseux. Je savais qu’il y avait quelque chose qui l’avait traumatisé pendant son enfance et j’imaginais des tas de trucs sordides jusqu’au jour où il m’a dit que son père était alcoolique. Qu’il avait passé des week-ends entiers à « baby-sitter » son père parce que sa mère était infirmière et donc souvent absente. Ce n’est pas quelque chose que j’étais capable d’imaginer. Je ne comprenais pas à quel point son enfance avait été brisée par ce père qui racontait n’importe quoi et vomissait à même le sol…L’ironie c’est que j’ai dû le porter et le mettre au lit un nombre important de fois parce qu’il avait bu de manière plus qu’excessive…Comme son père.

Dans ma famille, l’alcool est un non-sujet, ma mère est du genre à garder le contrôle en toutes circonstances et à en être fière (et à juger ceux qui ne sont pas capables de faire comme elle!), elle boit une coupette à Noël et c’est tout, mon père est le genre à se restreindre parce qu’il sait qu’il aime bien le rhum mais que ce n’est pas une bonne idée d’en boire, une bouteille lui dure des mois…Je suis leur digne fille, si je ne serai jamais aussi raisonnable que ma mère, je sais que je peux arriver à la modération comme mon père. J’ai arrêté de fumer il y a trois ans et il m’arrive de temps à autre de fumer une ou deux cigarettes quand je suis en joie (pas un paquet comme avant, juste une ou deux). Je me considère comme fumeuse abstinente, pas comme non-fumeuse. Je ne serai jamais non-fumeuse, il aurait fallu que je ne commence pas !

Nous ne sommes pas tous égaux face à l’alcool, je le comprends de plus en plus en parlant avec des alcooliques qui sont sous médicaments pour supporter le manque et pouvoir faire face aux idées noires. J’ai la chance de ne pas être en manque, mais surtout j’ai la chance de ne pas avoir des moments de déprime, de découragement ou de penser à l’alcool en permanence. Je parle toutes les semaines à un anglais qui est obsédé par l’alcool du matin au soir depuis deux mois. Il va bientôt partir en cure trois semaines pour être encadré par des psys et autres thérapeutes. Sa propre mère était alcoolique. Quand il me demande comment moi je vais, j’ai l’impression de ne pas livrer la même bataille. Je ne livre aucune bataille tout court. Je ne suis pas en conflit avec moi-même face à l’alcool, juste … je ne bois plus, en fait. Je n’y pense pas parce que c’est devenu ma réalité. Il me fallait juste prendre cette décision je crois. Je ne me sens pas non plus illégitime face à lui, moi aussi je buvais trop ! Mais il n’y a pas un seul alcoolisme, il y en a plein, c’est ça que je veux dire. J’étais dépendante psychologiquement, pas physiquement (ce qui n’est pas mieux). Une fois que j’ai compris pourquoi je buvais, arrêter m’a semblé facile. Je ne m’étais jamais penchée sur les raisons qui me poussaient à boire…

J’ai aussi la chance de ne pas avoir commencé à trop boire pour éviter de régler un traumatisme. Je n’ai pas eu une enfance difficile, à l’âge adulte, on ne peut pas dire non plus que ma vie a été difficile, certes j’ai été importunée sur mon lieu de travail à deux reprises mais j’ai pris la bonne décision : j’ai à chaque fois quitté mon poste et surtout j’ai parlé à mon entourage et même à des professionnels. Comme beaucoup, je buvais après une semaine difficile, pour me défouler (j’adorais boire seule le vendredi soir et faire un karaoke… avec moi-même). Je buvais pas mal par ennui, par habitude, le fameux effet « c’est le week-end, je me bourre la gueule » ! Je buvais quand j’étais triste, je buvais quand j’avais une promotion, toute excuse était bonne pour être ivre parce que oui l’ivresse est séduisante. La gueule de bois pas du tout, nous sommes bien d’accord. Et puis, au risque de me répéter, j’aimais faire l’amour ivre, c’est ivre que j’ai osé explorer ma sexualité, je suis toujours étonnée de constater à quel point c’est tabou d’en parler par ailleurs… Je ne parle pas des baises tu t’endors tellement tu n’es plus capable de tenir debout mais des autres, celles qui sont passionnées, puissantes et … orgasmiques ! Mes premiers orgasmes ont été vécus sous l’emprise de l’alcool pour une raison très simple : l’alcool désinhibe. Pendant des années j’ai pensé que sans alcool je serais incapable d’avoir une sexualité épanouie ou en tout cas aussi intéressante. Il m’arrivait de faire l’amour sobre bien sûr mais j’avais l’idée tenace que sous alcool la fête est plus folle (Pandora… out !). Quelle erreur… Heureusement on peut aussi avoir une sexualité de qualité sans alcool, imaginez un monde seuls les alcooliques jouissent ! (Humour). La sexualité sobre est une affirmation de soi, c’est se mettre à nu.e dans tous les sens du terme, c’est pour moi une révélation : je n’ai pas non plus besoin d’alcool pour vivre ma sexualité, encore une idée de merde, un « programme » que je m’étais foutu dans la tête. Il y a des moments de honte terribles quand on ne sait pas boire, c’est vrai. Mais il y a aussi des moments fabuleux, des souvenirs liés à l’alcool qui sont des souvenirs heureux. C’est comme tout, ce n’est jamais ni noir ou blanc.

Je ne pense pas aux années où je buvais trop le week-end (plus rarement en semaine) en dehors des fois où j’écris pour le blog. Je ne suis donc pas nostalgique mais spectatrice : ces années font partie de ma vie mais c’est à peu près tout. Elles ne définissent pas la personne que je suis (qui par ailleurs est en perpétuelle évolution). Pour me défouler, je fais du sport, je n’ai pas besoin de boire. Pour me détendre, je mets de la musique et je ferme les yeux allongée sur mon canapé ou je médite. Quand je suis triste, j’accepte cette tristesse et j’attends qu’elle passe (et elle passe toujours parce que j’ai appris à être pleine de gratitude). Je ne fais plus l’amour ivre, je fais l’amour en pleine conscience. L’arrêt de l’alcool a des répercussions sur tous les domaines de ma vie, je n’aurais jamais pensé que ce changement serait aussi drastique. Aujourd’hui je fête mes quatre mois sans alcool. Déjà 120 jours, un tiers de l’année. Je n’ai jamais eu besoin de l’alcool dans ma vie. Je traîne quelques casseroles dont je n’ai plus honte aujourd’hui, je me suis pardonnée mes excès. Je les accepte. Je reste quelqu’un d’excessif, je ne pourrais pas changer ma personnalité. J’accepte d’avoir beaucoup d’énergie et plein d’émotions et d’idées mais je n’essaie plus de me canaliser avec l’alcool, je suis comme je suis, point. Je n’aimais pas boire, j’aimais être une personne sûre d’elle. Je ne le savais pas mais je suis sûre de moi sans alcool aussi ! Ne plus boire m’aura appris à être moi-même. Et je continue d’apprendre, jour après jour…

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Le témoignage de Rébecca, sober curious

Troisième témoignage sur le blog. Rébecca se livre sans fards sur son rapport à l’alcool, elle est parisienne, elle a crée sa propre boîte qui s’appelle Pony il y a six mois, elle a aussi deux fils et comme moi elle aime les boucles d’oreilles qui brillent… IMG-1234

Dans quelles circonstances as-tu arrêté de boire pendant quatre mois ?

Je buvais depuis mes quatorze ans avec excès, il m’arrivait aussi de boire du vin tous les jours… Lors d’un séjour aux États-Unis, j’ai bu deux margaritas et j’ai fait un blackout. Je n’ai pas compris parce que je ne bois jamais à jeûn… J’ai cru qu’on avait mis quelque chose dans mon verre, j’ai été très malade pendant deux jours au point où je me suis dit que je ne pourrais jamais rentrer en France. Lorsque je suis rentrée, j’ai consulté mon médecin de famille qui était adepte de tout ce qui est toxicité et cure et qui m’a expliqué que mon corps était arrivé à saturation, j’avais atteint un quota. On a tenté une méthode sous hypnose et on a décidé que je me passerais d’alcool pendant trois mois, c’était l’objectif. C’était il y a trois ans. Je suis allée au-delà, j’ai tenu plus de quatre mois. Lorsque j’ai arrêté, je me suis rendue compte que j’avais tous les symptômes du sevrage, tremblements, déprime, insomnie, sueurs froides la nuit, j’étais au plus mal… ça m’a fait réalisé que j’étais addict et que mon corps m’avait sauvé en m’envoyant ce signal d’alarme. Au bout des trois mois, on a fait un point avec le médecin qui m’a félicitée, j’avais très peur de boire de nouveau parce que j’avais peur d’en mourir… J’ai rebu un verre de temps en temps tout doucement. J’avais envie de trouver un équilibre et grâce à ce choc, à cette cure, je l’ai trouvé. Depuis, je m’astreins à au moins un mois de jeûne par an, voire deux pour me prouver que je ne suis pas dépendante. J’ai à peu près trois gueules de bois par an et je peux passer dix jours sans boire sans problème.

Qu’est-ce-qui t’empêche d’arrêter complètement l’alcool ?

J’ai pris énormément de recul par rapport aux raisons qui m’amenaient à boire, un coup dur, le stress, la solitude, un mal-être en soirée, l’envie d’être plus exhib que d’habitude. Toutes ces raisons se sont envolées lors de ma cure. Le fait de les comprendre m’a permis de les accepter et de faire la paix avec tout ça, je ne m’en suis pas voulue d’en être arrivée là, il y avait beaucoup de raisons qui faisaient que j’étais devenue un peu alcolo festive. Quand j’ai recommencé à boire je voulais le faire pour de bonnes raisons. Je bois du vin pour l’ivresse mais pas pour être bourrée ; pour le petit plaisir, le même plaisir qu’on peut ressentir lors d’un très bon repas. C’est un plaisir orgasmique, pas compulsif chez moi. Ma façon de consommer est positive, boire est une célébration, ça a complètement changé. J’aime énormément le goût du vin. En revanche, je ne bois plus (ou presque) d’alcools forts qui vont me rendre malade … De temps en temps je bois des Spritz parce que j’adore le goût de l’orange amère mais globalement je dirais que ma façon de boire est devenue sensée, saine et raisonnable. Je n’ai pas l’intention d’arrêter de boire, c’est en pleine conscience que je continue à boire … raisonnablement. C’est en pleine conscience que trois fois par an je prends une cuite et ce n’est pas pour compenser quelque chose ou parce que je me sens triste. C’est parce que je me sens vivante et que j’ai besoin d’être excessive parfois, ça fait partie de ma personnalité. Ma thérapeute est d’accord pour dire qu’être la personne que je suis c’est aussi avoir des excès, mais dès lors que c’est en pleine conscience, c’est beaucoup plus sain. Je n’ai pas peur de retomber dans mes vieux travers.

Quelle est la période où tu arrêtes l’alcool pendant un mois ? Dry January ? Sober september ?

Oui, sans surprise, j’ai tendance à arrêter au mois de janvier. J’ai tenté le mois de septembre sans alcool cette année mais j’ai tenu les dix premiers jours seulement parce que j’ai eu des succès par rapport à la création de ma boîte et j’avais très envie de les fêter ! J’ai pris deux cuites en septembre donc techniquement il me reste une seule cuite avant la fin de l’année ! J’ai hâte de faire le dry january, c’est pratique, plein de gens le font, tu fais des dîners avec des gens qui le font, tu n’as pas besoin de te justifier. Même si maintenant mes potes savent qu’il y a des moments où je ne bois pas d’alcool et je n’ai pas à me justifier auprès d’eux.

Que bois-tu lorsque tu fais le dry january ?

Je n’ai jamais essayé de substituer le vin, je n’ai pas envie d’avoir l’effet placebo. Je suis plutôt Perrier rondelle et dans les jours de fête Perrier sirop de pêche mais je ne suis pas trop sucré ou sinon bière sans alcool mais très rarement. Je n’aime pas l’idée de boire un truc qui ressemble à l’alcool. Perrier rondelle c’est ce que je préfère. Et au resto de l’eau plate.

Pour finir, quels ont été tes meilleurs moments sous alcool et les pires ?

Mon meilleur souvenir avec l’alcool ?… Il y en a plein. Mais je pense à une fois en Sardaigne avec des amis, on rentrait du resto où on avait passé une super soirée et beaucoup ri et sur le chemin du retour dans la voiture on parcourait des endroits qui puaient, ça sentait la chèvre puis la pisse puis la merde, les égouts, les fruits de mer… Résultat je me suis tapé un gros délire, j’ai inventé un concept d’application mobile qui répertorie les odeurs nauséabondes avec des codes. Tout ça a été enregistré en audio et on l’a réécouté cet été et c’est toujours aussi culte ! Souvent quand on est ivre on se croit drôle mais on ne l’est pas alors que là trois ans plus tard c’est toujours aussi drôle ! J’ai beaucoup plus de bons souvenirs que de mauvais malgré mon parcours. Mais le pire c’est celui qui a déclenché la cure, j’ai vraiment cru mourir…

Le témoignage de Jean-Loup, sobre depuis 378 jours

Aujourd’hui je reviens avec un nouveau témoignage sur le blog. Jean-Loup est la première personne à s’être inscrite à mon Insta (quoi ? Tu ne m’as pas ajouté ? @adieugueuledebois), nous avons échangé par mails et il m’a beaucoup aidé à me sentir moins seule il y a trois mois, ses encouragements m’ont été précieux, merci à toi ! C’était légitime de parler de lui ici. Jean-Loup vit à Perpignan, il a deux chats, il a aussi un blog et c’est un passionné.

Et à gauche c'est Tolkien ;)
Et à gauche c’est Tolkien !

Quand t’es-tu rendu compte que tu avais un problème avec l’alcool ? As-tu réussi à arrêter dès la première tentative ?

Ça faisait longtemps que je me disais que j’avais un problème mais je l’ai accepté il y a un an quand j’ai décidé d’arrêter l’alcool pour de bon. Avant ça, j’avais déjà fait des pauses de quelques semaines sans rien boire du tout et je reprenais en espérant ne pas retomber dans les mêmes travers, dans le fameux cycle d’autodestruction… Même quand j’arrivais à arrêter un temps, je refaisais les mêmes erreurs à picoler n’importe comment. J’ai décidé d’arrêter pour de bon il y a un an, ça a été la bonne et depuis je n’ai pas repris.

Tu parles de « fameux cycle d’autodestruction », tu peux nous en parler ?

Ces dernières années quand il m’arrivait de boire trop, j’arrivais à faire une pause de plusieurs semaines puis je recommençais à boire en pensant gérer jusqu’au moment où je retombais à nouveau dans l’excès et ainsi de suite… Je buvais des bières jusqu’à être détendu, sans penser à mes problèmes, puis je continuais pour me sentir encore mieux sauf que c’est l’effet inverse qui se produisait…Je parle d’autodestruction parce que j’ai fini par comprendre que l’excès d’alcool était devenu le seul moyen de soulager mon mal-être.

Comment tu gères tes émotions depuis que tu es sobre ?

Quand ça ne va pas, je n’hésite pas à en parler à mes proches, j’essaie de me changer les idées. Dès que je sens qu’il se passe des choses difficiles, je fais appel à des pros, par exemple je vais voir une psy et j’ai commencé des séances avec une énergéticienne aussi. Ce sont deux choses qui me font du bien parce que c’est important de pouvoir parler à des personnes extérieures mais aussi des professionnels qui sont là pour t’aider à avancer. Ce qui a été décisif depuis que j’ai arrêté de boire c’est d’accepter la souffrance même quand elle paraît dérisoire. En fait toute souffrance n’est jamais dérisoire ! Depuis un an, quand j’ai un problème ou que je suis en souffrance et que je n’y arrive plus, j’active mon réseau de soutien dont je parlais plus haut, les amis, la famille et les pros pour avancer. Ce qui m’aide énormément aussi c’est la musique.

Comment as-tu gérer ta vie sociale quand tu as arrêté l’alcool ? Quand tu vas dans un bar, tu commandes quoi maintenant ?

Arrêter de boire n’a pas tellement eu d’impact sur ma vie sociale, je continue de temps en temps de sortir dans des bars parce que j’aime ce genre d’ambiance et c’est aussi l’occasion de croiser des gens et des potes que je ne vois pas forcément souvent. J’ai gardé des contacts avec des gens que j’ai connu pendant mes années de débauche, certains sont devenus de très bons amis A partir du moment où j’ai expliqué à mon entourage proche pourquoi j’arrêtais de boire, tout le monde a respecté. Quand je sors c’est Coca, Perrier, bière sans alcool ou Cacolac s’il y en a.

On partage un amour sans faille pour Trent Reznor, je sais que sa sobriété t’a inspirée, peux-tu nous en parler et es-tu inspiré par d’autres artistes ?

Le parcours de Trent Reznor m’a énormément inspiré et aidé quand j’ai décidé d’arrêter de boire. C’est marrant parce que j’ai découvert Nine Inch Nails pendant mes années de débauche quand je faisais le con. Ça m’a accompagné toutes ces années et au fur et à mesure que je me suis intéressée à sa vie, j’ai appris tous ces déboires, tout ce qu’il a traversé, non seulement avec l’alcool mais aussi la drogue, c’était une autodestruction bien plus radicale que la mienne (voir le billet qu’il a écrit sur son blog à ce sujet). Je me suis reconnu dans les mots de Trent Reznor, pourquoi je buvais, pourquoi je me complaisais là-dedans, pour moi c’est un super exemple… ça montre que tu peux être au fond du trou et te relever même si comme il le dit ça reste une bataille au quotidien. En bon geek que je suis, un autre parcours qui me touche aussi, c’est celui de Robert Downey Jr, d’autant que dans son personnage d’Iron Man on retrouve un peu les mêmes problèmes par rapport à l’alcool même si dans les films c’est moins prononcé que dans les comics. Lui aussi c’est quelqu’un qui passe de la débauche et la défonce au retour en grâce. Dans les mêmes années que Trent Reznor… Quand on voit ce que les deux sont devenus, c’est super inspirant.

Un dernier mot ?

A partir du moment où on pense avoir un problème avec l’alcool, c’est qu’on en a un. Un vrai. Ne faites pas comme moi qui le pensais depuis très longtemps et qui ne faisait rien pour le régler. C’est important de voir la vérité en face… L’alcool peut faire vivre des moments incroyables mais ça peut faire faire tant de choses qu’on regrette. Quand l’alcool devient indispensable à tout moment de la vie, que ce soit pour se lâcher ou supporter une situation, c’est le moment de faire un travail sur soi. On peut être soi sans alcool, je sais bien que ce n’est pas facile mais c’est possible, j’en suis la preuve;)

Tu veux témoigner sur le blog ? Envoie-moi un mail ! pandorablack111@gmail.com 🙂

Le témoignage de Lula « 1000 heures sans alcool »

Depuis la rentrée, il y a des témoignages de personnes qui ont décidé d’arrêter l’alcool sur le blog. On commence avec Lula qui est blogueuse et ex barmaid dans les Alpes Maritimes, suite à la lecture de mon article sur les 1000 hours dry, elle s’est lancé dans ce challenge. Elle revient sur son expérience pour nous. Merci Lula !

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1000 heures sans alcool. Soit 42 jours. Si on m’avait dit que je participerais à ce challenge il y a un an, je ne l’aurais pas cru. J’aurais ri et je me serais servie un verre. Et pourtant, j’ai réussi ! Je n’ai pas touché une goutte d’alcool depuis le 1er août. Même un peu plus longtemps parce qu’avant que Pandora ne me parle de ce défi, je n’avais pas bu depuis à peu près une semaine.

Pourquoi ce challenge?Après tout, je ne suis pas alcoolique ! C’est ce que beaucoup de gens peuvent penser. C’est ce que je me disais aussi avant, quand l’idée d’arrêter l’alcool me traversait l’esprit. Non, je ne suis pas alcoolique mais j’ai travaillé longtemps dans le milieu de la nuit et je buvais régulièrement. Je m’étais déjà passée de mes coupes de champagne et de mes shots l’année dernière pendant un mois, histoire de voir si j’en étais capable. J’avais réussi et pour me féliciter, je m’étais pris une cuite. C’est un peu comme arrêter de fumer et se récompenser avec un paquet de Gauloises sans filtre. Ridicule.

Être derrière un bar, c’est être payé.e pour faire picoler les gens. Et pour boire avec eux, soyons honnêtes. On t’offre des verres, ça fait du chiffre et tu bois à l’œil. Quand tu offres une tournée de shots à tes clients, tu en prends un avec eux, pour trinquer, parce que ça leur fait plaisir. De plus, si tu ne bois pas derrière le bar, c’est que tu as une patience d’ange (ce qui n’était pas mon cas !). Pour supporter les gens bourrés, il faut être dans le même mood qu’eux. Je buvais donc tous les soirs ou presque, ça faisait partie du job. Et je finissais bourrée tous les week-ends. Parce qu’après le boulot, je partais boire en boîte. C’est l’afterwork des barmen. Je rentrais au petit matin, si je ne finissais pas en after, fatiguée et saoule, avec une partie de moi qui se demandait si c’était vraiment ça ma vie ? Faire la fête, sortir, et recommencer sans cesse ?

J’ai finalement quitté la nuit parce que ça ne me convenait plus. Servir de l’alcool aux mêmes habitués tous les week-ends, ça ne pouvait pas être ma mission de vie. J’avais l’impression d’entretenir leur mal-être. Je voyais régulièrement les clients tenter de noyer leurs problèmes dans l’alcool, boire pour oublier mais ne pas oublier de boire.

Je quittais le monde de la nuit mais je continuais de consommer de l’alcool. Parce que c’est « normal ». C’est « normal » de boire quand on est avec ses amis. C’est « normal » de prendre l’apéro. C’est « normal » de commander un verre de vin plutôt qu’un Perrier parce que « Oh, tu fais chier, tu vas pas prendre un soft quand même !  Allez, bois un verre ! » et puis de toute façon c’est le même prix alors autant payer pour de l’alcool !

En février, j’ai traversé une sorte de crise existentielle. Je cherchais ma voie, je cherchais des réponses à mes questions, je me cherchais moi-même, et plutôt que de faire face, je suis sortie tous les soirs et je suis tombée dans l’excès. J’étais arrachée tous les soirs. Une vraie poche. Je me couchais avec la tête qui tourne, voire je finissais ma nuit la tête dans la cuvette et je me levais le lendemain en me demandant pourquoi je m’infligeais ça, tout en essayant de reconstituer la chronologie de ma soirée, qui j’avais vu et ce que j’avais pu dire ou faire comme conneries. Les récits de mes soirées commençaient tous par « J’étais complètement déchirée ! ». Mais je continuais parce que j’allais mal. J’étais à un tournant de ma vie où plus rien ne semblait avoir de sens. Je sortais pour me donner un semblant de gaieté, qui n’était en fait qu’une illusion puisque je m’enfonçais un peu plus chaque jour au fond d’un trou sans fin. Je cherchais dans l’alcool un réconfort, une soupape, des réponses à mes questions. Et tout ce que ça m’apportait, c’était encore plus de questions existentielles et de mal-être. Un vrai cercle vicieux.

Un soir, je suis rentrée sobre ou presque. Je me suis allongée dans mon lit et pour une fois depuis bien longtemps, il ne tournait pas. Je me suis alors dit que c’était quand même génial de se coucher dans un état normal, sans avoir besoin de se relever dix fois pour se faire vomir… Et j’ai réalisé qu’il y avait quand même un gros problème. Est-ce bien normal de s’émerveiller sur le fait de rentrer sobre ? Je me suis fait peur, alors j’ai diminué ma consommation, sans arrêter complètement la boisson. J’ai continué les apéros. Comme tout le monde. Parce que c’est ce qu’on fait en société. Je buvais « normalement ». J’ai arrêté les alcools forts. Je suis passée tranquillement au petit verre de blanc et au Monaco. Jusqu’au soir où je me suis rendue compte que je buvais parce que les autres buvaient. Parce que je savais que si je commandais un Perrier, on allait me regarder bizarrement. Je buvais par habitude et pour faire comme tout le monde. Pas pour rentrer dans le moule, mais plutôt pour qu’on me foute la paix. Parce qu’on le sait, quelqu’un qui arrête de boire sera l’attraction de la soirée, et je n’avais pas envie d’être l’alien qu’on interroge sur sa décision de rester sobre.

On vit dans une société où c’est tout à fait normal de boire de l’alcool. Où une fête sans alcool n’est pas une vraie fête. Une société dans laquelle une personne qui ne consomme pas d’alcool n’est pas normale mais chiante, pas drôle, ne sait pas s’amuser… Moi je me demande si c’est bien normal d’avoir besoin de se mettre minable pour profiter d’une soirée entre amis. Si c’est normal d’avoir besoin de ça pour communiquer avec nos semblables… Et si telle est la normalité, je la trouve bien déprimante.

C’est finalement mon corps qui a décidé que c’était trop, qu’il fallait arrêter. Un simple Monaco m’a fait tourner la tête comme si je m’étais sifflée une bouteille de vodka. Quelques jours plus tard, mon verre de Blanc m’a causé des brûlures d’estomac toute la nuit. Mon corps me disait clairement qu’il était temps d’arrêter de se forcer pour faire plaisir aux autres, qu’il fallait que je m’écoute et que si je ne voulais pas boire d’alcool, j’avais le droit. Alors j’ai écouté mon corps parce qu’il est toujours de bon conseil.

La première fois que j’ai dit que je ne buvais plus, on m’a rétorqué que j’étais « devenue chiante ». Puis j’ai bien évidemment eu droit aux réflexions du style « Mais pourquoi ? T’es malade ? » ou « Mais t’es enceinte ? Allez avoue t’es enceinte mais tu veux pas nous le dire ! ». Et le fameux « Mais juste un verre ! ».

Au bout de quelques semaines, on m’a demandé si ça me manquait. Non, absolument pas. Je n’ai pas senti de manque, je n’ai pas eu une irrépressible envie de boire et je ne me suis pas sentie frustrée. Un soir, je me suis surprise à tendre la main vers la Despé de mon mec pour en boire une gorgée. Je n’avais pas bu depuis trois semaines, je n’en avais pas envie et pourtant je tendais la main vers cette bière comme si c’était une bouteille d’eau. J’avoue que je n’ai pas d’explication à ce geste , si ce n’est une vieille habitude ancrée qui n’avait plus lieu d’être.

Un événement m’a fait prendre conscience des situations, et surtout des émotions qui me donnaient envie de boire. Après une dispute avec des amies, la première chose à laquelle j’ai pensé a été « Ce soir, je me mets une mine ! ». Avant de réaliser que non, je ne buvais plus. J’étais très étonnée de ce vieux réflexe de mon mental. Ce jour-là, j’ai compris que l’alcool jouait un rôle dans ma vie. Un rôle malsain, mais un rôle quand même. J’ai compris que je buvais pour évacuer des frustrations, de la colère et de la tristesse. Il fallait trouver un autre moyen pour gérer mes émotions. Peut-être commencer par les accepter ? Je me suis tournée vers la méditation et le yoga. C’est tout de même plus efficace que d’enchaîner les shots en faisant semblant que tout va bien.

Le dernier week-end du défi, j’ai fait un extra dans le bar où je travaillais avant. Durant une fraction de seconde, j’ai eu peur de me laisser tenter par un petit verre mais je me suis rassurée en me disant que je n’étais pas arrivée jusque là pour tout foutre en l’air à cause du boulot.

J’avoue que la Pàtron Cafe (tequila aromatisée à la liqueur de café) m’a fait de l’œil dans le frigo samedi soir pendant le rush. Avant, je me servais quelques shots, histoire de me donner du courage pour arriver à la fin de la soirée sans tuer quelqu’un. Ce soir-là, quand j’ai sorti la bouteille, je l’ai regardée avec un brin de nostalgie. Puis j’ai repensé au goût fort du premier shot (le premier a toujours du mal à passer!), à sa texture épaisse, pas si agréable que ça, sa couleur pétrole et à toutes ces soirées où j’en avais abusé, suivis par ces lendemains qui déchantent. Alors je l’ai sagement rangée à sa place. Et j’étais assez fière de moi !

La grande question au début a été : qu’est-ce-que je vais boire ? Parce que payer le prix fort pour un jus d’orange que je peux boire chez moi, c’est vrai que ça me fait chier. J’ai redécouvert le jus de tomate. J’adorais ça quand j’étais ado et j’ai eu envie d’en boire quand j’ai stoppé l’alcool. Ça me donnait l’impression de me nettoyer de l’intérieur (je ne sais pas si je jus de tomate a cette vertu!). Quand je sortais et que je n’avais pas envie de débattre sur ma non-consommation d’alcool, je commandais discrètement un virgin mojito au bar. Je sais que personne ne fait la différence entre un mojito avec ou sans alcool. Ça c’était plutôt au début, quand j’avais encore peur du regard des autres. Maintenant, je n’en ai plus rien à foutre. Je me dis que celui que ça dérange a probablement un problème avec l’alcool et qu’il ferait mieux de se questionner lui-même plutôt que de se moquer de moi. Au restaurant, j’ai remplacé le vin par de la San Pellegrino ou du Perrier. Il peut m’arriver de boire des cocktails de fruits mais je sais qu’ils sont excessivement chers pour ce qu’il y a dedans alors j’évite.

L’autre soir au bar des clients m’ont demandé une tournée de shots et ont voulu que j’en prenne un avec eux, je leur ai répondu que je ne buvais pas, ils ont été étonnés et m’ont demandé pourquoi. J’ai répondu que j’avais vu trop de gens bourrés dans ma vie et que je ne voulais pas finir comme eux. Ils ont ri. Je leur ai dit que j’étais très sérieuse et ils sont partis, quelque peu interloqués.

42 jours sans alcool. Je suis fière. Je remarque que je passe de meilleures soirées. Je les apprécie mieux. Je rentre sereine, sans flipper de me faire contrôler par les flics. Je m’endors sans problème. Je crois que ça m’a un peu permis de me foutre du regard des autres aussi. Je suis plus lucide sur les gens et les situations quand je sors. Et j’apprends à maîtriser mes émotions d’une manière plus saine et constructive plutôt que de les faire taire à coup de tequila !

En arrêtant de boire de l’alcool, j’ai compris pourquoi je buvais. J’ai compris que ça ne m’apportait rien de bon, que je n’avais pas une relation saine à l’alcool. Ca faisait longtemps que je me demandais pourquoi je continuais à boire, sans jamais oser arrêter. Le fait de participer à un challenge m’a apporté une motivation. Bien sûr, j’aurais pu choisir de ne pas aller au bout. J’aurais pu craquer, me dire qu’un verre c’est rien. Peu de gens étaient au courant de ce défi parce que je l’ai fait pour moi, j’aurais donc pu décider de m’octroyer un petit verre, mais si j’avais abandonné en cours de route, je m’en serais voulu.

Est-ce-que je boirais modérément un jour ? Je ne sais pas. J’ai tendance à tout faire dans l’extrême et je me dis que si j’ai réussi à m’en passer pendant plus d’un mois, autant continuer. Je me demande surtout quels seraient les bénéfices si je recommençais à boire ? Je sais qu’après ce sevrage, je serais bourrée après un verre. Est-ce que j’ai vraiment envie de ressentir les effets de l’alcool ? Pas vraiment. Peut-être que je me laisserais tenter par un bon champagne si l’occasion se présente, qui sait ? Je verrais bien sur le moment, je n’ai pas envie de me prendre la tête avec ça. Ce que je sais, c’est que si je bois à nouveau, ce ne sera plus pour faire taire mes émotions, ce ne sera plus quand je vais mal, ce ne sera plus pour fuir. L’arrêt de l’alcool faisait sûrement partie de mon chemin et de ma quête existentielle. J’ai changé ma façon de vivre, même si ça paraît minime et anodin, pour moi c’est une grande évolution.

Aujourd’hui je peux le dire : je suis sobre depuis plus d’un mois. Et oui je suis très fière de moi.