Comment vaincre les idées reçues sur le mode de vie sans alcool ?

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Lorsqu’on décide d’arrêter de boire de l’alcool, l’entourage n’est pas toujours très bienveillant. Ils ne nous prennent pas toujours au sérieux non plus. L’idée de sobriété est encore liée à l’alcoolisme (une maladie, donc)… En France, peu de gens savent qu’on peut décider de se passer d’alcool pour sa santé (qu’elle soit physique ou mentale, voire les deux).

Bientôt, ce mouvement sera entendu, pour le moment, il faut le défendre, expliquer que c’est un acte courageux dans une société qui prône l’usage de l’alcool, que oui ça vaut le coup pour sa santé, que c’est souvent le début d’une réflexion plus profonde sur sa vie et ce qu’on souhaite atteindre comme objectifs, et surtout, surtout, que non, ce n’est pas chiant, c’est tout l’inverse ! Reprendre le contrôle sur soi, retrouver l’amour propre, la joie de vivre, c’est inspirant, c’est nouveau, c’est excitant:)

Voici ce qu’on entend le plus souvent quand on fait son sober coming out et mes idées pour y répondre (c’est donc personnel, en aucun cas une réponse universelle) :

« Ça va, t’es pas alcoolique non plus ! » : pour commencer, ce n’est pas à autrui de décider si on est alcoolique ou pas… C’est à nous de nous poser la question. Comme je ne cesse de le répéter sur ce blog, le simple fait de se poser la question montre qu’il y a bien un problème…

Pour y répondre, il suffit d’expliquer qu’il existe un mouvement répandu dans les pays anglo-saxons qui propose d’arrêter l’alcool pour avoir une meilleure santé. On peut expliquer qu’on est dans une démarche healthy mais finalement à quoi ça sert de boire des smoothies et faire du yoga si on se boit deux verres de rosé tous les soirs ? Les informations passent toujours mieux avec de l’humour, si on s’adapte à la personne qui nous parle, aucun problème de compréhension. On ne va pas emmerder les gens avec des statistiques, tout le monde sait que boire = problèmes cardio-vasculaires. L’humour c’est quand même plus sympa que les statistiques…

On peut aussi expliquer qu’on n’est pas obligé d’être alcoolique pour choisir de se passer d’alcool, que les gueules de bois, on n’en peut plus, qu’il y a un temps pour tout et qu’on a bien envie d’essayer pour voir si on peut le faire. On peut entraîner nos amis avec nous et les mettre au défi du 1000 hours dry, soit 42 jours sans alcool;)

La réponse que je donne c’est « Je mets trois jours à me remettre d’une gueule de bois, j’ai plus envie de ça, la peau tirée le lendemain, la léthargie, les idées noires, tu vois les vieilles ridées qui fument et picolent ? Bah j’ai pas envie de ressembler à ça, j’ai envie d’être une fabuleuse vieille. Et d’arriver jusqu’à la vieillesse, en fait ».

« Toi alors t’es toujours extrême ! » : un grand classique. Arrêter de boire peut paraître extrême dans une société où boire est encouragé au quotidien et synonyme d’une personne qui profite de la vie. On peut faire de l’humour et dire que ce qui est extrême c’est continuer à se taper des gueules de bois parce qu’on est incapable de s’en tenir à deux verres. Expliquer qu’on a essayé de boire modérément mais nous on n’y arrive pas alors cette fois on tente de se passer totalement d’alcool et on va voir. Ce n’est peut-être pas définitif, mais on se met au défi d’arrêter pour voir si on en est capables. En général quand on dit ça les gens sont compréhensifs…

La réponse que je donne c’est « Tu me connais, je suis déjà vegan alors je me suis dit et si je continuais à casser les couilles en arrêtant de boire ? »:)

« Tu peux même pas boire un tout petit verre avec nous ? » : autre grand classique. Il faut être ferme sur ce point. On a besoin du soutien de notre entourage, pas d’être encouragé dans un comportement qu’on n’a plus envie d’adopter. On n’a plus envie de boire de l’alcool mais ça ne change rien pour eux, nous on prendra un Perrier, un jus de fruit, par chance un mocktail si le bar en propose (cocktail sans alcool qu’il suffira de demander au barman s’il n’y en a pas sur la carte). On veut continuer à avoir une vie sociale, ce qu’on refuse c’est l’alcool, pas le fun des soirées entre potes, il faut bien les rassurer sur ce point (incroyable de penser qu’il faut rassurer son entourage quand on sait toutes les maladies provoquées par l’excès d’alcool, ils devraient se réjouir de cette nouvelle mais bon…je m’égare sans doute!).

La réponse que je donne : « Si je savais que je pouvais boire un seul verre, je le ferais. Mais tu sais comme moi que si j’en bois un j’en bois deux puis trois et je vais finir par avoir une gueule de bois le lendemain. Donc non, je ne vais pas boire un tout petit verre d’alcool mais un gros virgin mojito ! ».

« Ah merde, je suis vraiment désolé pour toi… » : heu…mais ne sois pas désolé, sois heureux pour moi, ce que je t’annonce c’est une bonne nouvelle, pas un faire-part de décès ! Ce qui était désolant c’est toutes les fois où j’ai vomi et où tu m’as tenu les cheveux pour pas qu’ils tombent dans la cuvette, ça oui, c’était désolant (rigolo à 17 ans, moins à 30). Je ne perds rien à arrêter l’alcool, je gagne une meilleure santé, une plus belle peau, un sommeil plus profond, un sentiment de bien être lié au fait que je suis en accord avec moi-même.

La réponse que je donne c’est : « Je ne suis pas alcoolique si ça peut te rassurer, j’arrête avant de le devenir… Et toi, t’en es où avec l’alcool ? gnark gnark gnaaaaaark »

« Mais on va plus se voir alors si tu bois pas ! » : ne riez pas (jaune), celle-là on l’entend souvent. Pourquoi ? Parce que les gens sont égoïstes, voilà pourquoi (insérer emoji triste). Encore une fois, il faudra rassurer l’entourage, on n’arrête l’alcool, pas les amis, pas les anniversaires, pas Noël, tout va bien, détendez-vous un peu ! Quand je suis invitée j’apporte toujours un pack de bières sans alcool, comme ça je sais que je ne suis pas tentée et en plus je peux faire goûter aux autres (qui diront que c’est dégueulasse, ce à quoi il faudra répondre que dans ce cas ils auraient pu se charger des boissons sans alcool eux-mêmes!). Même si on est tenté de ne plus sortir de chez soi quand on décide d’arrêter, je conseille au contraire de sortir comme avant pour bien montrer aux autres qu’on n’a pas changé, tout va bien. C’est aussi un bon test, les amis qui ne se font pas à l’idée qu’on ne boit pas… ne sont peut-être pas de vrais amis ? Si notre « amitié » dépend de l’alcool, peut-être faut-il commencer à se poser des questions ?

La réponse que je donne « On se verra toujours, j’aurai toujours une bouteille de bière à la main, simplement il n’y aura pas d’alcool dedans, ça change rien pour toi ».

Être sober curious, ça veut dire quoi ?

Le sober movement ou mouvement de la sobriété n’en est qu’à ses balbutiements en France. De quoi s’agit-il ? Se déclarer sober curious, ça veut dire quoi ?

L’alcool fait partie de la culture française, nous sommes tout de même le pays du vin, ne pas boire questionne. Faites l’essai, prenez une San Pellegrino à l’apéro et vous verrez des regards inquiets. Tu es enceinte ? Pourquoi tu ne bois pas ? Tu es alcoolique ? On entend un peu de tout…

L’alcool est convivial, fédérateur, refuser de boire de l’alcool est beaucoup plus compliqué qu’on ne peut l’imaginer. Refuser de boire est un acte rebelle ! Encore plus lorsqu’on n’est pas alcoolique (c’est-à-dire : malade). L’entourage ne comprend pas pourquoi on s’impose l’abstinence. Pour l’alcoolique, c’est souvent une question de vie ou de mort. Alors pourquoi s’imposer ça ?

On ne s’impose pas une vie sans alcool. Ce n’est pas vécu comme une contrainte mais comme un choix qui survient souvent après une profonde réflexion sur son rapport à l ‘alcool. Pourquoi je bois ? Est-ce-que je bois trop ? Suis-je capable de ne boire que deux verres ? Pourquoi c’est de plus en plus difficile de se remettre d’une gueule de bois ? Ne plus boire d’alcool est vécu comme un privilège, pas comme une punition. Ne plus boire d’alcool ça veut dire une meilleure santé physique et mentale, plus de gueules de bois, une vie plus sobre aussi dans le sens où la vie devient plus simple. On n’a plus à gérer les conséquences de nos excès. Adieu les textos envoyés ivre à un ex à quatre heure du mat’, adieu les rapports non protégés, adieu le sexe avec un inconnu à côté duquel on se réveillera le lendemain plein de honte, adieu les clefs perdues, les bagarres dans les bars, adieu le vomi dans les cheveux, tituber comme une âme en peine en pleine nuit, les tickets de carte bleue retrouvés les lendemains de fête où on découvre qu’on a dépensé des centaines d’euros… Pour résumer, dire sayonara à l’alcool c’est éviter les comportements à risque.

Le sober movement c’est un regroupement de personnes qui revendiquent un mode de vie sans alcool. Non seulement ils le revendiquent mais ils en font une fierté ! On peut même afficher son mode de vie en t-shirt 🙂 Jusqu’à maintenant les seules personnes sobres représentées étaient soit d’anciens alcooliques soit des personnes qui s’abstiennent de boire pour des raisons religieuses. Comme l’union fait la force, ce mouvement propose de se réunir pour montrer au monde qu’un mode de vie qui refuse l’alcool est plus sain. Comme le dit si justement Ruby Harrington qui a écrit le livre « Sober curious », pourquoi méditer, aller au yoga, boire des smoothies aux épinards et au fenouil si c’est pour boire un verre de vin en fin de journée comme si c’était la récompense à nos efforts pour avoir un mode de vie healthy ? Je précise que ce mouvement n’est pas du tout prosélyte, boire ou ne pas boire est un choix personnel, il se propose juste de se regrouper et d’aider ceux qui souhaitent arrêter de boire.

Une personne sober curious est une personne attirée par la sobriété pour les bienfaits qu’elle peut lui procurer, certains boiront quand même un verre de temps en temps quand d’autres choisiront de ne plus boire du tout. Ces derniers sont appelés des teetotalers, ils choisissent de se passer totalement d’alcool, soit parce qu’ils ne sont pas capables de boire raisonnablement (c’est mon cas, j’y reviendrai sur le blog), soit parce que l’abstinence totale est leur mode de vie. L’idée de ce mouvement c’est aussi de parler de tous ceux qui ont un problème avec l’alcool sans pour autant être considérés comme alcooliques. A partir du moment où on se questionne sur son rapport à l’alcool, cela signifie qu’il y a effectivement un problème. Autant arrêter de boire avant d’être dépendant, avant qu’un médecin nous impose l’abstinence, avant que ce soit une question de vie ou de mort…

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Premier week-end sans alcool

J’ai décidé d’arrêter de boire de l’alcool un jeudi, autrement dit la veille de l’arrivée d’un pote pour le week-end. Je n’ai pas eu le temps de le prévenir de ma décision, je prends quasiment toutes les décisions les plus importantes de ma vie sur un coup de tête…(et je me trompe rarement, je le jure).

Quand je lui ai annoncé ma décision d’arrêter de boire, sa réaction a été amicale, il faut dire qu’il m’a déjà vue ivre morte chanter Hero de Mariah Carey la bouteille de Bombay Sapphire en guise de micro puis insulter les voisins qui, lassés d’entendre une personne ivre chanter faux à 4h du mat’, frappaient à la porte en menaçant d’appeler la police. Il a bien compris que non je ne suis pas alcoolique mais oui quand je bois je n’ai aucune limite, enfin… quand la bouteille est vide et que l’épicerie de nuit est fermée j’arrête mais pas avant. Ce week-end on s’est remémoré la fois où j’ai vomi dans le hall d’entrée d’amis d’amis, une entrée très remarquée, je ne sais même pas qui a nettoyé mon vomi, quelle horreur. L’alcool c’est ça : que des souvenirs honteux, très peu de bons souvenirs. Parfois des souvenirs drôles mais toujours honteux, mélange déconcertant…

Nous sommes allés acheter de la Tourtel Twist ensemble, il a même goûté cette bière sans alcool qui se vend en supermarché et il a bien aimé, il faut dire qu’il faisait chaud et que ce petit goût de citron est bien rafraîchissant ! Je songe à créer une rubrique où je teste des boissons sans alcool, je me rends compte qu’il y a tout un monde qui m’est totalement inconnu, moi qui aime découvrir à peu près tout et n’importe quoi, je m’en réjouis !

Quel bonheur de se réveiller le dimanche sans gueule de bois, le teint et l’haleine fraîche, et l’énergie de cuisiner des petits muffins au chocolat au beurre de cacahuète parce que le dimanche c’est miam miam et netflix en pyjama toute la journée, la vraie vie !

Depuis qu’il est parti, j’ai lu l’article du New York Times qui évoque ces nouveaux abstinents qui sont de plus en plus nombreux, bien différents des alcooliques anonymes puisque cette nouvelle génération arrête de boire pour d’autres raisons, ce ne sont pas des malades incapables de se passer de la bouteille, ce sont des personnes qui veulent s’amuser autrement, qui prennent soin de leur santé.La sobriété ce n’est pas juste arrêter de boire, c’est en quelque sorte retirer les artifices de sa vie, aller à l’essentiel. En gros avec cet article j’apprends que je refuse de boire de l’alcool pile au moment où ça devient à la mode aux États-Unis, ce qui veut dire que dans trois ou quatre ans, le sober movement aura fait du chemin en France (enfin… à Paris), et j’espère que ce modeste blog aurait aidé à le faire connaître…