Le témoignage de Rébecca, sober curious

Troisième témoignage sur le blog. Rébecca se livre sans fards sur son rapport à l’alcool, elle est parisienne, elle a crée sa propre boîte qui s’appelle Pony il y a six mois, elle a aussi deux fils et comme moi elle aime les boucles d’oreilles qui brillent… IMG-1234

Dans quelles circonstances as-tu arrêté de boire pendant quatre mois ?

Je buvais depuis mes quatorze ans avec excès, il m’arrivait aussi de boire du vin tous les jours… Lors d’un séjour aux États-Unis, j’ai bu deux margaritas et j’ai fait un blackout. Je n’ai pas compris parce que je ne bois jamais à jeûn… J’ai cru qu’on avait mis quelque chose dans mon verre, j’ai été très malade pendant deux jours au point où je me suis dit que je ne pourrais jamais rentrer en France. Lorsque je suis rentrée, j’ai consulté mon médecin de famille qui était adepte de tout ce qui est toxicité et cure et qui m’a expliqué que mon corps était arrivé à saturation, j’avais atteint un quota. On a tenté une méthode sous hypnose et on a décidé que je me passerais d’alcool pendant trois mois, c’était l’objectif. C’était il y a trois ans. Je suis allée au-delà, j’ai tenu plus de quatre mois. Lorsque j’ai arrêté, je me suis rendue compte que j’avais tous les symptômes du sevrage, tremblements, déprime, insomnie, sueurs froides la nuit, j’étais au plus mal… ça m’a fait réalisé que j’étais addict et que mon corps m’avait sauvé en m’envoyant ce signal d’alarme. Au bout des trois mois, on a fait un point avec le médecin qui m’a félicitée, j’avais très peur de boire de nouveau parce que j’avais peur d’en mourir… J’ai rebu un verre de temps en temps tout doucement. J’avais envie de trouver un équilibre et grâce à ce choc, à cette cure, je l’ai trouvé. Depuis, je m’astreins à au moins un mois de jeûne par an, voire deux pour me prouver que je ne suis pas dépendante. J’ai à peu près trois gueules de bois par an et je peux passer dix jours sans boire sans problème.

Qu’est-ce-qui t’empêche d’arrêter complètement l’alcool ?

J’ai pris énormément de recul par rapport aux raisons qui m’amenaient à boire, un coup dur, le stress, la solitude, un mal-être en soirée, l’envie d’être plus exhib que d’habitude. Toutes ces raisons se sont envolées lors de ma cure. Le fait de les comprendre m’a permis de les accepter et de faire la paix avec tout ça, je ne m’en suis pas voulue d’en être arrivée là, il y avait beaucoup de raisons qui faisaient que j’étais devenue un peu alcolo festive. Quand j’ai recommencé à boire je voulais le faire pour de bonnes raisons. Je bois du vin pour l’ivresse mais pas pour être bourrée ; pour le petit plaisir, le même plaisir qu’on peut ressentir lors d’un très bon repas. C’est un plaisir orgasmique, pas compulsif chez moi. Ma façon de consommer est positive, boire est une célébration, ça a complètement changé. J’aime énormément le goût du vin. En revanche, je ne bois plus (ou presque) d’alcools forts qui vont me rendre malade … De temps en temps je bois des Spritz parce que j’adore le goût de l’orange amère mais globalement je dirais que ma façon de boire est devenue sensée, saine et raisonnable. Je n’ai pas l’intention d’arrêter de boire, c’est en pleine conscience que je continue à boire … raisonnablement. C’est en pleine conscience que trois fois par an je prends une cuite et ce n’est pas pour compenser quelque chose ou parce que je me sens triste. C’est parce que je me sens vivante et que j’ai besoin d’être excessive parfois, ça fait partie de ma personnalité. Ma thérapeute est d’accord pour dire qu’être la personne que je suis c’est aussi avoir des excès, mais dès lors que c’est en pleine conscience, c’est beaucoup plus sain. Je n’ai pas peur de retomber dans mes vieux travers.

Quelle est la période où tu arrêtes l’alcool pendant un mois ? Dry January ? Sober september ?

Oui, sans surprise, j’ai tendance à arrêter au mois de janvier. J’ai tenté le mois de septembre sans alcool cette année mais j’ai tenu les dix premiers jours seulement parce que j’ai eu des succès par rapport à la création de ma boîte et j’avais très envie de les fêter ! J’ai pris deux cuites en septembre donc techniquement il me reste une seule cuite avant la fin de l’année ! J’ai hâte de faire le dry january, c’est pratique, plein de gens le font, tu fais des dîners avec des gens qui le font, tu n’as pas besoin de te justifier. Même si maintenant mes potes savent qu’il y a des moments où je ne bois pas d’alcool et je n’ai pas à me justifier auprès d’eux.

Que bois-tu lorsque tu fais le dry january ?

Je n’ai jamais essayé de substituer le vin, je n’ai pas envie d’avoir l’effet placebo. Je suis plutôt Perrier rondelle et dans les jours de fête Perrier sirop de pêche mais je ne suis pas trop sucré ou sinon bière sans alcool mais très rarement. Je n’aime pas l’idée de boire un truc qui ressemble à l’alcool. Perrier rondelle c’est ce que je préfère. Et au resto de l’eau plate.

Pour finir, quels ont été tes meilleurs moments sous alcool et les pires ?

Mon meilleur souvenir avec l’alcool ?… Il y en a plein. Mais je pense à une fois en Sardaigne avec des amis, on rentrait du resto où on avait passé une super soirée et beaucoup ri et sur le chemin du retour dans la voiture on parcourait des endroits qui puaient, ça sentait la chèvre puis la pisse puis la merde, les égouts, les fruits de mer… Résultat je me suis tapé un gros délire, j’ai inventé un concept d’application mobile qui répertorie les odeurs nauséabondes avec des codes. Tout ça a été enregistré en audio et on l’a réécouté cet été et c’est toujours aussi culte ! Souvent quand on est ivre on se croit drôle mais on ne l’est pas alors que là trois ans plus tard c’est toujours aussi drôle ! J’ai beaucoup plus de bons souvenirs que de mauvais malgré mon parcours. Mais le pire c’est celui qui a déclenché la cure, j’ai vraiment cru mourir…

1000 heures sans alcool

La communauté des gens sobres est très active sur Instagram, c’est là que je suis tombée sur l’initiative « 1000 hours dry ». De quoi s’agit-il ? D’arrêter de boire pendant 1000 heures ou 42 jours, et si j’en parle aujourd’hui, c’est précisément parce que j’en suis à 1000 heures sans alcool moi-même ! Woooot, champagne pour tout le monde ! (mmmm champomy plutôt, c’est bien le champomy!).

« 1000 hours dry » est un mouvement social créé dans le but d’informer les gens des bienfaits d’une vie sans alcool. En mettant au défi les participants de se passer d’alcool pendant 1000 heures, le mouvement propose de changer de routine et de gagner au passage les bienfaits d’un mode de vie sans alcool, tout en étant soutenu par une communauté de gens qui sont dans la même démarche. L’union fait la force, pouvoir partager son expérience est une garantie supplémentaire de succès !

Le but n’est évidemment pas de critiquer ceux qui choisissent de boire de l’alcool mais bien de mettre en place une plateforme éducative pour ceux qui sont intéressés par un mode de vie sans alcool. Pour montrer que ça peut être beaucoup plus fun qu’on le croit (beaucoup plus fun qu’une gueule de bois, vous pouvez me croire sur parole).

Comment ? A travers des histoires personnelles de transformation pour aider les gens à changer leur perception de la culture sans alcool. Le but de l’opération étant d’aider le plus de gens possible à faire leur transition vers la sobriété au-delà des 42 jours.

Pour participer, c’est simple, il suffit d’avoir un compte Instagram et de suivre @1000hoursdry et le hashtag associé #1000hoursdry. Officiellement, la campagne a lieu quatre fois par an mais les participants sont encouragés à commencer leur 1000 heures sans alcool quand bon leur semble. Quatre fois par an, c’est-à-dire à chaque round, le compte Insta est tenu par quatre sober influenceurs qui ont chacun une histoire singulière et une vision différente du mode de vie sans alcool. Ils se rejoignent tous sur l’idée qu’une vie sans alcool est l’option la plus adéquate quand on tient à sa santé, ce n’est pas discutable (fini le délire des deux verres de vin par jour qui seraient bon pour la santé…).

Le round 2 commence le 1er août et finira le 11 septembre ! Vous savez ce qu’il vous reste à faire (mais en êtes-vous capables ? Gnark gnark gnark).

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Être sober curious, ça veut dire quoi ?

Le sober movement ou mouvement de la sobriété n’en est qu’à ses balbutiements en France. De quoi s’agit-il ? Se déclarer sober curious, ça veut dire quoi ?

L’alcool fait partie de la culture française, nous sommes tout de même le pays du vin, ne pas boire questionne. Faites l’essai, prenez une San Pellegrino à l’apéro et vous verrez des regards inquiets. Tu es enceinte ? Pourquoi tu ne bois pas ? Tu es alcoolique ? On entend un peu de tout…

L’alcool est convivial, fédérateur, refuser de boire de l’alcool est beaucoup plus compliqué qu’on ne peut l’imaginer. Refuser de boire est un acte rebelle ! Encore plus lorsqu’on n’est pas alcoolique (c’est-à-dire : malade). L’entourage ne comprend pas pourquoi on s’impose l’abstinence. Pour l’alcoolique, c’est souvent une question de vie ou de mort. Alors pourquoi s’imposer ça ?

On ne s’impose pas une vie sans alcool. Ce n’est pas vécu comme une contrainte mais comme un choix qui survient souvent après une profonde réflexion sur son rapport à l ‘alcool. Pourquoi je bois ? Est-ce-que je bois trop ? Suis-je capable de ne boire que deux verres ? Pourquoi c’est de plus en plus difficile de se remettre d’une gueule de bois ? Ne plus boire d’alcool est vécu comme un privilège, pas comme une punition. Ne plus boire d’alcool ça veut dire une meilleure santé physique et mentale, plus de gueules de bois, une vie plus sobre aussi dans le sens où la vie devient plus simple. On n’a plus à gérer les conséquences de nos excès. Adieu les textos envoyés ivre à un ex à quatre heure du mat’, adieu les rapports non protégés, adieu le sexe avec un inconnu à côté duquel on se réveillera le lendemain plein de honte, adieu les clefs perdues, les bagarres dans les bars, adieu le vomi dans les cheveux, tituber comme une âme en peine en pleine nuit, les tickets de carte bleue retrouvés les lendemains de fête où on découvre qu’on a dépensé des centaines d’euros… Pour résumer, dire sayonara à l’alcool c’est éviter les comportements à risque.

Le sober movement c’est un regroupement de personnes qui revendiquent un mode de vie sans alcool. Non seulement ils le revendiquent mais ils en font une fierté ! On peut même afficher son mode de vie en t-shirt 🙂 Jusqu’à maintenant les seules personnes sobres représentées étaient soit d’anciens alcooliques soit des personnes qui s’abstiennent de boire pour des raisons religieuses. Comme l’union fait la force, ce mouvement propose de se réunir pour montrer au monde qu’un mode de vie qui refuse l’alcool est plus sain. Comme le dit si justement Ruby Harrington qui a écrit le livre « Sober curious », pourquoi méditer, aller au yoga, boire des smoothies aux épinards et au fenouil si c’est pour boire un verre de vin en fin de journée comme si c’était la récompense à nos efforts pour avoir un mode de vie healthy ? Je précise que ce mouvement n’est pas du tout prosélyte, boire ou ne pas boire est un choix personnel, il se propose juste de se regrouper et d’aider ceux qui souhaitent arrêter de boire.

Une personne sober curious est une personne attirée par la sobriété pour les bienfaits qu’elle peut lui procurer, certains boiront quand même un verre de temps en temps quand d’autres choisiront de ne plus boire du tout. Ces derniers sont appelés des teetotalers, ils choisissent de se passer totalement d’alcool, soit parce qu’ils ne sont pas capables de boire raisonnablement (c’est mon cas, j’y reviendrai sur le blog), soit parce que l’abstinence totale est leur mode de vie. L’idée de ce mouvement c’est aussi de parler de tous ceux qui ont un problème avec l’alcool sans pour autant être considérés comme alcooliques. A partir du moment où on se questionne sur son rapport à l’alcool, cela signifie qu’il y a effectivement un problème. Autant arrêter de boire avant d’être dépendant, avant qu’un médecin nous impose l’abstinence, avant que ce soit une question de vie ou de mort…

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