Miss Margarita

Je n’avais pas bu d’alcool fort depuis presque six mois quand j’ai commandé une margarita (pas la pizza, le cocktail huhu) au bar du Public Hotel à New York. J’étais avec ma meilleure amie que je n’avais pas vu depuis sept mois, nous étions heureuses d’aller pour la première fois ensemble tout en haut d’un building pour profiter d’une vue aussi exceptionnelle. Je n’étais pas obligée de commander un cocktail mais j’en avais envie, tout simplement. Ce serait un seul cocktail, pas deux. Pas n’importe quel cocktail, celui que je préfère ! Et puis honnêtement quand on a une telle vue, comment ne pas célébrer ça ?

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On a trinqué et j’ai eu peur d’avoir la tête qui tourne tout de suite. Ce n’est pas ce qui s’est passé parce que j’ai bu lentement. J’ai apprécié chaque goutte de ce doux breuvage, il n’y a qu’aux Etats-Unis que je bois de bonnes margaritas, en France, personne ne sait les faire !! Avant, je buvais vite, je cherchais l’ivresse à tout prix. Ce soir-là, j’ai pris du plaisir à boire. C’était délicieux, j’étais à New York, c’était une occasion en or !

Le lendemain, ma meilleure amie est repartie chez elle, je me suis retrouvée seule et j’ai eu envie de boire une autre margarita, pour voir si seule, j’étais capable d’être aussi raisonnable. Je suis allée dans un resto mexicain et j’ai pris une margarita et des nachos au bar. Une inconnue est venue s’installer à côté de moi et m’a demandé si le cocktail était bon, j’ai répondu oui et elle a commandé la même chose. Nous avons trinqué. Parlé un peu. C’était la meilleure margarita de ma vie, servie par un beau jeune homme qui me faisait penser à Johnny Depp dans 21 jump street, avec cette espèce de mèche qui tombe sur le visage, de beaux cheveux bruns. Parfois, le bonheur c’est ça : prendre un verre seule dans un autre pays, un bon repas, un serveur joli à regarder, un moment suspendu, assez banal finalement mais qui restera gravé. Je n’ai même pas pensé à prendre un deuxième verre. Je suis rentrée à pied, émerveillée d’avoir encore une fois la chance de me promener dans cette ville que j’aime tant, qui fait tant partie de ma vie, pour laquelle j’ai un amour infini. J’ai super bien dormi cette nuit-là !

Depuis que je suis de retour en France, je n’ai pas envie de boire de l’alcool, pourtant en période de fêtes, c’est un sujet récurrent, les Français ne vont faire que ça, boire, tout le mois de décembre… Je l’ai écrit plein de fois ici, je n’ai jamais aimé le goût de l’alcool, je buvais de la bière pour minimiser les dégâts, parce que boire du gin ou de la vodka tous les week-ends, ça coûte cher et c’est pire encore pour le foie. Mais j’ai toujours aimé boire une margarita, c’est peut-être con mais je trouve que c’est un cocktail viril, ce n’est pas ces cocktails sucrés faits pour les femmes, il y a du sel sur le rebord du verre ! Il y a quelque chose de sexy dans une margarita, je ne sais pas trop comment l’expliquer. Le mélange de tequila et de triple sec, c’est vraiment une réussite, ils sont intelligents les Mexicains ! J’aimerais bien, de temps en temps, boire mon cocktail préféré. Alors j’ai acheté de la tequila et du triple sec, du citron vert et un jour, quand j’en aurais envie, je prendrai mon shaker et je tenterai l’aventure ! La dernière étape de l’année, c’est de savoir si je peux boire un verre, un seul, chez moi. Je pense que je vais boire une margarita le 31 parce que je ne vais évidemment pas sortir. Je veux être la fille qui ne boit pas, sauf une bonne margarita trois ou quatre fois par an. Appelez-moi « Miss Margarita » 🙂

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Une autre époque

En novembre 2015, juste après les attentats du Bataclan, j’ai eu besoin de fuir la capitale… Cette fameuse nuit, je l’ai passée à prier pour A. et S. qui étaient au concert des Eagles of Death Metal. Heure après heure on a suivi leur progression pour échapper aux terroristes, attendus leurs SMS un verre de whisky à la main pour supporter notre impuissance, d’abord les toilettes puis cachés chez un habitant puis sains et saufs sur le toit. Le soulagement immense de les savoir vivants tous les deux. La joie mêlée aux larmes. D’autres couples n’ont pas eu cette chance…Si j’ai quitté Paris, c’est aussi parce que j’ai été (moi aussi) traumatisée par la vague d’attentats qui a sévi pas seulement dans ma ville, mais au cœur de mon quartier.

J’ai fui Paris, donc. Pour aller dans ma deuxième ville préférée au monde, j’ai nommée New York. C’était très étrange, il faisait 15 degrés en moyenne, j’étais en robe et manteau léger, il y avait du soleil, ça contrastait avec Paris, comme si j’étais vraiment ailleurs, sur une autre planète…

Un soir, après avoir marché encore quinze kilomètres dans la journée, j’ai décidé d’aller au Campbell Apartment, un speakeasy caché dans la gare de Grand Central. Il y avait un dress code alors j’ai enfilé une jolie robe chic et j’ai mis des talons (avec lesquels j’ai marché pendant trois ou quatre blocks au retour, ivre et sous la pluie, grrrrrr).

Le Campbell Apartment c’était cet établissement confidentiel dont tout le monde avait entendu parlé mais peu avaient eu la chance d’y mettre les pieds, c’est vrai qu’il n’était pas facile à trouver ! J’avais suivi les indications d’un New Yorkais pour être certaine de ne pas passer à côté. Je n’aime pas aller dans des bars seule mais là, c’était différent. L’atmosphère s’y prêtait. Les lumières étaient tamisées, le décor intimiste et chaleureux avec ses tabourets rouges et ses larges banquettes sombres ; à peine entrée, je savais que je n’aurais pas envie de repartir avant des heures… Je me suis installée au bar toute seule, un grand sourire sur les lèvres, ça ressemblait à ça.

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Inutile de m’attarder sur le fait que j’ai bu deux cocktails et que c’était beaucoup trop pour mon petit corps. Cocktails délicieux (bon en même temps ils coûtaient le PIB de la Somalie donc heureusement j’ai envie de dire). A l’époque j’avais Facebook et en rentrant à l’hôtel je m’étais fait plein de nouveaux « amis », j’avais refait le monde avec une fille canon dont j’ai oublié le nom, refusé les avances d’un certain John, après deux heures à lui parler j’ai fini par révéler, hilare, que j’avais un copain ! Tout ça, on s’en fout un peu.

Ce bar était une merveille, le Monsieur qui avait préparé mes cocktails était un véritable personnage de roman, c’était agréable d’être entourée par des hommes en costume et jolis souliers, ça change des baskets que tout le monde porte partout, en permanence. Ce soir-là j’avais goûté à des cocktails d’une autre époque (c’était leur slogan) dans un lieu unique, hors du temps.

Quelques mois plus tard, le bar avait fermé dans l’incompréhension générale, une histoire de bail qui arrive à sa fin, puis une bataille juridique entre l’ancien propriétaire et le nouveau, un millionnaire qui possède déjà des bars dans New York qui se ressemblent tous par ailleurs…

Le bar a rouvert en 2017 sous le nom de The Campbell, aujourd’hui, plus de lumières tamisées, plus de dress code, « Nous ne voulons plus que cette adresse soit secrète, nous voulons que ce soit un lieu plus inclusif ». Bon, en gros il veulent faire plus de tunes quoi, on a compris, c’est ce que le mot « inclusif » veut dire de nos jours, ne pas y voir de la tolérance là où il n’y a que des gros sous en jeu. Aujourd’hui, il y a plein de touristes en short et casquette au Campbell, avant il y avait surtout des New Yorkais élégants. C’est comme ça, les temps changent, les millionnaires rachètent des villes entières et y construisent des lieux qui se ressemblent tous, comment David peut-il lutter contre Goliath ? Heureusement, il reste les souvenirs qui valent mieux qu’un « c’était mieux avant ».

Puisqu’il faut terminer sur une note positive, le nouveau Campbell propose une bière sans alcool à la carte. Mais… c’est la Heineken. Plus rien de luxueux dans ce nouvel établissement… Ils auraient pu faire un effort, merde ! Bon, l’endroit reste beau même si je préférais la version plus cosy…

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The Campbell 15 Vanderbilt Avenue New York (maintenant le bar est tellement bien indiqué de la rue que vous ne pourrez le rater, snif)