8 choses que j’ai apprises en 100 jours sans alcool

Je sais mieux fixer des limites. Quand tu répètes avec force et détermination que « non merci, je ne bois pas, non, pas même une goutte de gin », le « non » devient une deuxième nature ! Ce qui est assez ironique quand on sait que je déteste le conflit et que j’avais tendance à toujours dire « oui » puis faire comme je l’entendais. Maintenant je dis « non » ultra facilement. Pire, je prends plaisir à dire « non », je revendique le fait de ne pas me faire marcher sur les pieds. Je sais fixer des limites et me faire respecter. Je sais m’entourer des bonnes personnes pour moi. Je suis devenue super badass ! Yeah !

Je n’ai jamais eu besoin d’alcool dans ma vie. Je croyais que l’alcool me permettait de faire la fête (moi qui suis casanière), de faire tomber les barrières de la timidité, d’être en communion avec les gens autour de soi et tout un tas d’autres bullshit hallucinants. Il s’avère que sans alcool je vois les situations telles qu’elles sont réellement, ce qui m’évite bien des déconvenues. En effet, impossible de se forcer à faire la fête avec des gens quand tu es sobre, si tu n’aimes pas ces gens, tu rentres chez toi, c’est simple. Les barrières de la timidité tombent naturellement quand tu es bien entouré.e, là encore c’est simple, il faut suivre son feeling et s’il n’y a pas de feeling… on laisse tomber. Pour être en communion avec des gens il suffit d’un peu de musique, pas besoin d’alcool, la musique fédère bien plus de joie que le whisky coca (cette rime!).

Mon refus de boire de l’alcool est un miroir tendu à celui qui continue de boire. Lorsque j’explique pourquoi j’ai décidé d’arrêter l’alcool, dans 90% des cas mon interlocuteur me dit que lui aussi a un problème, que lui aussi ne sait pas vraiment gérer et que putain j’ai vraiment du courage. C’est peut-être parce que je ne suis pas dans le jugement que j’ai autant de retours positifs. Toujours est-il que je déteste cette histoire de « courage ». Il ne s’agit pas de « courage » mais de prendre une décision, point. Il faut du courage pour picoler tous les week-ends en sachant que tu vas avoir la même gueule de bois chaque dimanche, il faut du courage pour continuer dans un cercle vicieux, là oui, il faut du courage ! Pour arrêter de boire, il faut une prise de conscience. Le courage n’a rien à voir là-dedans… La prise de conscience arrive justement quand tu as perdu le courage de continuer à t’enfoncer dans les mêmes programmes, les mêmes schémas de vie.

Mon amour-propre est à son max ! Quand on prend une bonne décision de vie, qu’on a le sentiment d’être sur son vrai chemin, quand on sait qu’on avance deux fois plus vite… On a une dose d’amour pour soi qui arrive et qui peut faire flipper (alors qui’l n’y a vraiment pas de quoi). Avant, on se trouvait moche le dimanche matin la gueule desséchée et le cheveu hirsute, maintenant on irradie. Ma peau est tellement plus clean depuis que je ne me murge pas tous les vendredis soirs! Je ne suis plus déprimée sans raison, je pense à moi en des termes positifs au lieu du sempiternel « putain j’suis trop conne j’ai encore picolé ce week-end, je me déteste putain ». Avant je détestais le dimanche, maintenant le dimanche est le jour où je prends soin de moi, je m’occupe de ma peau, de mes cheveux, je prends plaisir à me faire plaisir ! Je m’aime parce que j’ai la vie que j’ai toujours voulu avoir. Une vie saine, où je gère mes émotions qui restent des émotions c’est-à-dire furtives. Avant je pouvais être en bad pendant trente-six heures, maintenant ça dure trente-six secondes… Je n’ai plus peur de rien, je suis sur le bon chemin. Limite ça pourrait être mon mantra haha

Je suis un exemple à suivre. Je crois que c’est ce qui m’a le plus surprise ces derniers mois. Je sens du respect de la part de mes interlocuteurs. Ne pas boire dans une société qui impose l’alcool partout en vente libre force le respect. Personne n’a le rêve de finir alcoolique… Vomir dans le caniveau à dix-huit ans, c’est rigolo, continuer de le faire alors qu’on a des enfants qu’on oublie d’emmener le matin à l’école à cause d’une énième gueule de bois, c’est tout de suite moins fun. Arrêter de boire c’est faire preuve de maturité. C’est accepter de vieillir en quelque sorte. Je sais que je vieillis, je prends soin de moi maintenant pour être une belle petite vieille super sage et tout (l’espoir fait vivre huhu).

Mais en fait j’ai du temps pour moi ! C’est énergivore de se bourrer la gueule tous les week-ends. Il faut faire des courses pour acheter les bières et la vodka, ça prend du temps et de la place dans le frigo, puis il faut penser aux softs, aux médicaments pour les lendemains de cuite genre citrate de bétaïne, ne pas oublier les packs d’eau pour bien s’hydrater, sans oublier les pizzas surgelées qu’on mettra dans le four la gueule dans le cul, affamés. J’ai toujours eu du temps pour moi, je choisissais de l’utiliser pour de mauvaises raisons. Maintenant que je ne bois plus, je fais du yoga, je médite, j’ai repris la peinture et tant pis si c’est moche, ça me fait du bien ! Mon temps est précieux, je ne le gâche plus. Je suis devenue super égoïste : je ne fais que des trucs qui me font du bien 🙂

Je vois la vie en rose. Vous vous souvenez de l’ataraxie ? Ce concept philosophique super cool. C’est devenu mon mode de vie. J’ai la tranquillité de l’âme. Une profonde quiétude. Ce n’est pas uniquement lié à l’absence d’alcool dans ma vie, c’est aussi grâce à la méditation. Mais je n’aurais jamais pu rencontrer la méditation (et donc moi-même^^) si j’avais continué de boire, c’est donc bien lié ! A ce propos, j’ai trouvé une app formidable pour la méditation, c’est entièrement gratuit et super bien foutu et ça s’appelle Insight Timer. Il y a des méditations guidées pour les débutants, c’est super chouette.

J’aime les autres. Le fait d’être bienveillante envers moi m’amène naturellement à l’être envers les autres. Pourtant, je ne suis pas ce qu’on appelle «  a people person », loin de là. Mais je ne critique plus à tort et à travers. J’ai arrêté de bitcher, et croyez-moi, c’était pas gagné, c’était une deuxième nature chez moi ! L’autre jour je me suis pris la tête avec mon frère, avant j’aurais appelé ma mère pour lui raconter, cette fois j’ai écouté mon frère, lui ai exposé ma vision des choses, et réussi à régler le malentendu en moins d’une heure avec lui, sans en parler à personne d’autre de la famille. Ma relation avec mon frère est une affaire personnelle, je ne laisse personne s’en mêler. Quand il m’a dit que je l’avais blessé il y a quelques années (il m’a ressorti un vieux dos de ouf), je me suis excusée sincèrement. Parce que c’est important de lui montrer que je ne suis plus cette personne, j’ai évolué, j’ai appris. Et j’apprendrais encore, je suis perfectible !

Il y a aussi un numéro 9 qui concerne le sexe… mais je vous garde ça pour la semaine prochaine ! (Parce que oui le sexe sans alcool c’est mille fois meilleur !)

La rentrée… Quelle rentrée ?

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Je ne me sens pas du tout concernée par la rentrée puisque je ne suis partie nulle part cet été et que je ne rentre nulle part non plus : je ne travaille pas. Pas de rentrée donc pas de stress ! Quant aux vacances, elles arriveront à l’automne, la plus belle saison de l’année !

Je me pose pas mal de questions depuis que j’ai créé ce blog et celle qui revient le plus souvent c’est : « Si je ne suis pas alcoolique, pourquoi ne serais-je pas capable de boire modérément ? ». Cette question m’obsède. Je sais que je ne suis pas dépendante physiquement de l’alcool (quand je ne bois pas je n’ai pas de signes de manque comme les mains qui tremblent par exemple), pourtant j’ai rarement été capable de boire un ou deux verres.

Ces derniers temps, à chaque fois que j’ai eu envie de prendre l’apéro toute seule (j’adorais boire seule, je le confesse), j’ai fait autre chose (ce sera le prochain billet sur le blog, par quelles activités remplacer les moments où l’on buvait). Souvent cette envie de boire était liée à une émotion. La tristesse le plus souvent, parfois la joie (dans l’idée de quelque chose à « fêter »). Aujourd’hui, je serai incapable de boire seule. J’ai arrêté de boire il y a 86 jours mais ce rituel de boire seule en tailleur dans mon canapé me semble si loin ! J’ai changé d’état d’esprit. Je sais mieux gérer mes émotions, c’est sans doute lié à la méditation aussi. Quand je buvais, j’aurais été incapable de commencer la méditation. J’étais le genre de personne à me moquer ouvertement de tout ce qui a un rapport avec l’idée d’être zen. Normal me direz-vous, j’étais à l’opposé de cet état d’esprit, enfermée dans une routine finalement banale, métro, boulot, (apéro), dodo, (gueule de bois).

Puisque je sais gérer mes émotions, est-il envisageable de boire modérément ? Je ne suis pas encore convaincue parce que mon mental est puissant à ce sujet. Si je bois un verre, je vais avoir envie d’en boire d’autres parce que mon mental a été programmé pour ça, en quelque sorte. Pour le moment, je ne crois pas à cette notion de mindful drinking me concernant. Cela étant, je ne veux pas non plus m’empêcher de boire un verre pour une occasion spéciale si j’en ai vraiment envie. Je n’ai pas envie d’être frustrée, ça n’apporte rien, la frustration. Mes interactions sociales sont assez limitées, si je bois un verre dehors, ce sera forcément de l’ordre de l’exceptionnel pour boire quelque chose d’exceptionnel. Comme un cocktail que j’adore et que je suis incapable de reproduire, un Manhattan ou une Margarita par exemple. Je n’ai rien prévu de tel mais je ne veux pas m’enfermer dans un dogme. Je respecte et je comprends tout à fait les personnes qui disent adieu à l’alcool pour toujours. Je pense que ce n’est pas la solution pour moi, voilà tout. J’ai besoin de me prouver que je suis tout à fait capable d’avoir un rapport sain à l’alcool, tout comme je suis capable d’avoir un rapport sain à la nourriture par exemple.

Hier, je regardais une story de Dora Moutot que j’aime beaucoup, elle disait qu’elle ne supportait plus qu’on lui dise que telle ou telle chose est impossible, qu’elle n’en pouvait plus de celles et ceux qui te parlent de limites alors que eux le sont, limités, ce qui ne veut pas dire que toi tu l’es. Elle donnait l’exemple suivant : elle n’a jamais eu le bac, pourtant elle a donné des cours à la Sorbonne. Et ça m’a fait pensé à moi, j’ai été déscolarisée en première, j’ai passé mon bac L en candidat libre et je l’ai eu alors que tout le monde me disait que sans prof de philo, jamais je n’aurai mon bac (j’ai eu 14 en philo…). Pour l’alcool, c’est pareil, on peut me dire que c’est impossible de boire modérément avec mon tempérament excessif et de sales habitudes prises, au fond de moi je sais que j’ai raison et je n’écoute personne. Je me dirige vers une vie quasiment sans alcool pour ma santé mais si un jour je suis en vacances en Grèce et qu’on m’offre un verre d’ouzo en guise de bienvenue, je ne cracherais pas dessus. Parce qu’il faut aussi profiter de la vie, merde !

De Tinder et de la sobriété (il y a un rapport, je le jure)

L’autre jour je regardais une vidéo d’un mec sur Instagram, il expliquait pourquoi on ne devrait pas utiliser les apps de rencontres (Tinder, on pense fort à toi). Son propos était simple : sur ces apps des êtres humains sont présentés comme des produits dans un catalogue, une photo et une phrase de description, pareil que pour une boîte de céréales ou une scie sauteuse (je ne sais pas où je suis allée chercher ça…). Ce qui nous force à traiter des hommes et des femmes comme s’ils étaient des objets ; en un coup d’œil on décide de leur sort : si je vois un intérêt à côtoyer cette personne, je swipe à droite, si je n’en vois aucun, je swipe à gauche. Inconsciemment, je me propose comme un objet de consommation et je considère les autres comme tels. C’est un comportement malsain qui finit par changer notre perception des autres, nous faire déprimer et renforcer notre sentiment de solitude. Normal, qui aimerait être traité comme un objet ? Qui a envie d’être résumé à trois ou quatre photos et une description souvent « humoristique » (la mienne c’était « Probablement la seule meuf de France qui n’aime pas les bruns barbus », le pire c’est que c’est vrai, même pas drôle…).

Quel est le rapport avec l’alcool me diras-tu ? Il y a deux mois j’ai arrêté Tinder, fatiguée d’envoyer le premier message à des mecs qui ne répondent jamais, fatiguée de voir tous ces profils qui sont là à végéter, fatiguée du manque de personnalité et/ou de culture, du manque d’originalité, bref, fatiguée. Au début c’était excitant, j’étais nouvelle sur le marché du célibat, j’avais des super likes et je me sentais comme Miss Monde (il m’en faut peu, vous remarquerez), puis tu te rends compte que certains mecs like toutes les filles puis unmatch ensuite, c’est super violent comme pratique, surtout quand comme moi tu like un mec sur quatre-vingt en moyenne…

Je jure qu’il y a un rapport avec l’alcool. A chaque fois que j’ai pris un verre avec un mec rencontré via une app, on commençait par boire une bière, histoire de se détendre. Souvent, quand le mec me plaisait IRL (une fois sur deux on va dire parce que les photos mytho c’est courant aussi chez les mecs), on terminait la soirée chez lui ou chez moi à boire, boire et encore boire. En gros j’avais besoin d’alcool pour supporter le fait que je rencontrais un quasi inconnu que j’avais choisi en premier lieu pour son physique. Et je ne vais pas mentir, parfois c’était très bon d’être traitée comme un objet parce que c’est ce que je voulais, parce qu’en face j’avais un charmant jeune homme qui était prêt à jouer le rôle de mon sextoy. Mais le lendemain quand tu te réveilles avec un horrible mal au crâne et la bouche pâteuse, c’est la débandade (huhuhu). La seule chose que le mec qui est à côté de toi t’inspire c’est « Putain il faut que je me tire d’ici et vite ! ». La dernière fois que j’ai rencontré un mec via Tinder, le lendemain matin il m’a fait un câlin dont je me suis extirpée sans aucune grâce. Pour éviter d’être un robot, j’ai arrêté Tinder et pour éviter de côtoyer des mecs qui ne me plaisent que physiquement mais que je trouve inconsistants, j’ai arrêté l’alcool.

Sobre, je peux donner sa chance à un mec drôle et intelligent qui n’est pas « mon genre ». Bon… si je peux avoir le cerveau et le physique, je ne vais pas cracher dessus !:) Sobre, je peux prendre mon temps, apprendre à connaître quelqu’un… Sobre, je peux être moi-même… or quitte à rencontrer quelqu’un, autant qu’il sache qui je suis vraiment. Je ne suis pas un objet de consommation. Je ne veux pas considérer un autre être humain comme un objet de consommation. Je veux une vraie belle rencontre avec une vraie belle personne. C’est ce que je mérite. Pas juste moi, tout le monde le mérite. Je n’aurais pas à me demander s’il ressemble à ses photos puisque je le verrai en vrai devant moi au détour d’une rue, chez des amis d’amis, dans un aéroport, au supermarché ? Je n’en sais rien, c’est ce qui est magique ! Je sais que la vie va me surprendre alors je ne provoque plus le destin, j’ai confiance. Je ne suis pas pressée, je me réveille tous les matins avec le sourire parce qu’au lieu de voir ce qui manque à ma vie, je vois ce qu’il y a dedans. Et dedans il y a beaucoup de joie et d’amour (et de pizzas) 🙂

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Un fantôme

Je marchais dans la rue en direction du supermarché, je me faisais la liste des courses dans la tête, pour ne rien oublier. Surtout penser à acheter la pâtée pour les chats. Le soleil brillait, je portais mes lunettes de luxe et je me la jouais fashion week, ok, je l’avoue, je roulais un peu du cul. Parce que je ne fais même pas 1.60 m (presque!) mais moi aussi j’ai le droit de me la péter, moi aussi je veux défiler et le bitume est mon catwalk, pourquoi pas ? Bref, j’étais heureuse de vivre.

C’est à cet instant que j’ai croisé un fantôme. J’ai vu un petit blond aux yeux bleus un peu bouffi qui me rappelait quelqu’un et j’ai compris : c’était lui. Malgré les quinze kilos de plus, j’arrivais encore à le reconnaître. Un ex, appelons-le Eric, Rico pour les intimes. Triste vision que ce Rico dans un t-shirt couleur corail mais pas le corail qui est revenu à la mode, plutôt un corail Décathlon, c’est-à-dire légèrement fluo. Avec un short qui se passe de commentaire. Mais le pire ce n’était pas sa tenue, c’était son visage, il était complètement bouffi, boursouflé, comme si une guêpe l’avait piqué sur la totalité du visage. Il était rouge, il avait des rides maintenant, pas juste aux coins des yeux, et j’ai cru percevoir qu’il commençait à perdre ses cheveux. Il avait le visage d’un type qui a bu toute sa vie.

Lorsque j’ai rencontré Rico j’étais jeune et naïve, je n’avais aucune expérience et je me prenais pour Mère Teresa. Je crois que je me sentais coupable d’avoir eu une enfance idéale, une famille aimante ; j’avais besoin de rendre un peu ce qui m’avait été donné, je perdais une énergie folle à vouloir sauver des types comme Rico. Son père était alcoolique, sa mère aussi, c’était dans leur ADN. La précarité aussi, jamais de vacances, aucun loisir, son enfance n’avait pas été rose. J’étais restée un an avec lui, il m’en avait fait voir de toutes les couleurs, très peu de rose, plutôt du noir, plus noir que noir est-ce une couleur ? Il frappait chez moi complètement ivre en pleine nuit, il me trompait avec des filles moches, il racontait n’importe quoi, il me faisait honte….Une fois il était monté sur le toit, je me souviens avoir eu une pulsion, je m’étais vue le pousser dans le vide, c’est dire à quel point Rico me foutait la rage. Je ne pensais jamais le revoir…

Je ne crois pas au hasard. Je décide d’arrêter de boire pour avoir une vie meilleure, pour bien vieillir, pour être en accord avec mon idéal, et je croise ce fantôme qui continue d’être sur une pente glissante, il a grossi, il est en mauvaise santé, il porte un t-shirt corail fluo (il a toujours eu un look de merde en fait), il n’a pas changé. Moi oui, mais mentalement. Par politesse j’ai pris son numéro de téléphone, il voulait prendre un verre ce soir, j’ai décliné poliment et il m’a dit « Oh mais je sais que tu ne m’appelleras pas ! ». Nous sommes en 2019, les gens ne s’appellent plus, mais ce n’est pas le problème. J’ai effacé son numéro en rentrant chez moi parce que je sais poser des limites maintenant. Le passé est très bien là où il est : hors de ma vie actuelle.

Autrement dit : thank you, next !

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« Mais tu dois te faire chier sans alcool ! »

Paris, mercredi soir, confirmation que j’aie pris la bonne décision. Je suis confrontée à une parisienne qui pourrait être moi, j’aurais pu devenir comme elle (la vulgarité en moins).

Lorsqu’elle apprend que je ne bois plus d’alcool, elle commence par se moquer. C’est la première fois que je la vois mais elle n’hésite pas à me lancer que je ne tiendrais même pas trois jours. Elle parle d’elle-même, pas de moi, je le comprends, je ne réponds rien. Je la laisse déblatérer son venin en buvant ce verre de vin rouge qui se remplit et se vide à un rythme soutenu. Apprécie-t-elle vraiment ce qu’elle boit ?

Elle continue. « Mais tu dois te faire chier sans boire, quelle idée de merde d’arrêter l’alcool, j’espère que tu baises au moins ? ». Je lui réponds que non, je ne baise pas non plus, et encore elle ne sait pas tout, je mange végétalien et j’adore prendre ma petite tisane tous les soirs, un mélange pomme-réglisse-gingembre, je suis une vraie connasse healthy, n’est-ce-pas? Je ris, elle lève les yeux au ciel, elle n’a même plus de mots, la pauvre. Aurais-je réussi à la faire taire ?

Vers la fin de l’apéro, sans doute radoucie par l’alcool englouti, elle vient vers moi et me demande pourquoi j’ai arrêté l’alcool, est-ce que je suis alcoolique ? Je réponds que je ne suis pas alcoolique mais je ne sais pas boire, je n’aime pas l’alcool, le goût de l’alcool, ce que j’aime c’est l’ivresse, perdre le contrôle, or je ne veux plus me réveiller le dimanche midi avec l’haleine fétide, la peau déshydratée, les idées noires, je refuse de me réveiller une fois de plus sans me souvenir de ce que j’ai dit la veille, de ce que j’ai fait et avec qui, tous mes souvenirs de honte sont liés à l’alcool, je n’ai plus envie d’avoir honte. C’est le seul moment de la soirée où elle se tait enfin.

Alors que je suis sur le départ, je la cherche pour lui dire au revoir mais elle ne marche plus droit, elle parle encore plus fort, il n’y a plus de vin, elle s’en plaint, il est presque minuit, elle travaille demain mais tant pis, elle veut encore boire. Je fuis en catimini. Dans le métro je me félicite de ne pas être elle. Je n’ai jamais été aussi heureuse d’être moi.

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