Le retour des terrasses

Dans une semaine jour pour jour, on nous promet un semblant de retour à ce qu’on appelle désormais « la vie d’avant ». Les restaurants vont rouvrir et avec eux les terrasses. Je me sens un peu seule quand je dis autour de moi que le 19 mai c’est au musée que je vais m’empresser de retourner. Pour la plupart de ceux à qui je pose la question, ce sont les restaurants qui manquent, et boire des verres en terrasse (on m’a aussi dit « me bourrer la gueule !!! »). Depuis le premier confinement l’année dernière, la consommation d’alcool a augmenté de 11% et ce serait encore pire pour le tabac. J’avais pour habitude de boire toute seule à la maison, pourtant je n’ai pas pensé à boire, sans doute parce que j’ai compris pourquoi je buvais. Cela dit, j’ai eu un peu plus de difficultés à gérer mon rapport à la nourriture et au début j’ai détesté faire du sport chez moi, le tapis de course à la salle me manquait tellement ! Aujourd’hui je trouverais idiot de dépenser autant d’argent pour un abonnement en salle de sport, et en même temps, c’est aussi un lieu qui permet de faire des rencontres, à méditer !

Même si ma préférence va aux musées, je dois dire que j’ai moi aussi envie de boire un bon mocktail (cocktail sans alcool) avec le retour des beaux jours, comme beaucoup d’entre nous, j’ai passé une année 2020 épouvantable, je ressens un grand besoin de communiquer et de voir de nouvelles têtes ! A Paris, on a la chance de pouvoir bénéficier d’une offre sans alcool un peu plus étendue qu’en province où le virgin mojito se révèle souvent comme seule option. Mais je n’ai pas envie d’être accompagnée d’amis buveurs parce que je n’ai pas envie de tenter le diable non plus. Il y a un dicton que j’aime beaucoup dans les cercles « sobres », c’est « Tu veux savoir qui sont tes amis ? Deviens sobre ! ». En effet, on se retrouve souvent confronté.e.s à un mur, on se sent seul.e.s, au début. Aujourd’hui, grâce à Sober Grid, l’application qui permet aux personnes sobres de créer du lien, je me sens moins seule, mais à Paris je ne connais personne avec qui boire un verre sans alcool. Sober Grid c’est super mais la plupart des personnes avec qui je communique vivent aux Etats-Unis… D’où l’intérêt de ce post : si toi aussi tu as envie de boire un verre avec quelqu’un qui ne boit plus, contacte-moi sur Insta @adieugueuledebois ou écris un commentaire, j’ai pour projet de réunir des personnes sobres à Paris, parce que l’union fait la force !

Pandora 🎈

L’une des plus belles terrasses de Paris : l’Apicius dans le 8ème

Sobriété et célibat

Aujourd’hui je suis passée devant la couverture de Paris Match et j’ai halluciné. « L’énigme Brad Pitt. L’homme fort de Hollywood a vaincu l’alcool mais reste célibataire ». Je vous laisse apprécier le paysage. Et je précise que lorsque j’ai enregistré cette image dans mon ordinateur, elle s’appelait « brad-pitt-sexy-mais-seul ».

Brad-Pitt-sexy-mais-seul

Cette couv’ est agaçante. Déjà, ça sous-entend que c’est incroyable d’être célibataire quand on est considéré comme beau. Il est apparemment impensable de choisir le célibat quand on est sexy comme Brad Pitt. Comme si la beauté et le succès permettaient forcément de trouver l’amour. Mais le pire ce n’est pas ça. Le pire, c’est que personne n’a pensé à Paris Match que peut-être que justement quand on devient sobre, on n’a pas envie de s’acoquiner avec n’importe qui. Peut-être qu’on a envie de rencontrer une personne qui partage notre sobriété ou qui consomme modérément de l’alcool. Or, à Hollywood, il n’y a que ça, des gens qui boivent et qui font la fête, Brad Pitt a sans doute raison d’être seul, de se concentrer sur sa santé plutôt que de se mettre en couple avec n’importe qui juste pour ne pas être seul…

Quand on choisit la sobriété totale ou la modération, tout change dans les rapports de séduction. Lors d’un premier rencard, on boit souvent un verre de vin ou autre, pour se détendre, pour partager un moment convivial, pour se rapprocher, aussi. Quand on ne boit pas, c’est assez désagréable de sentir l’autre être grisé par le vin alors que toi tu es sobre, avec les idées claires (et le trac, parfois!). Sans alcool, on est soi-même et on voit les autres tels qu’ils sont. C’est un bon baromètre je trouve, quand un homme me dit « Tu ne bois pas ? T’es vegan et tu ne bois pas, d’accord, je vois le genre… » (le genre qui tient à sa santé et à la santé de la planète, connard!), je sais que je n’ai plus qu’à fuir au premier prétexte. Je vois tout de suite les hommes qui sont intéressés par la sobriété, ceux qui questionnent leur rapport à l’alcool, ceux qui sont admiratifs, parce que oui, c’est admirable d’être sobre dans une société qui nous encourage à consommer chaque jour davantage (pas que de l’alcool, par ailleurs).

Je suis célibataire et j’aimerais rencontrer quelqu’un qui consomme modérément de l’alcool comme moi. Ou quelqu’un de sobre à 100%. Je n’envisage pas du tout de me mettre en couple avec un mec qui a besoin d’évacuer le stress de la semaine en picolant comme un connard tous les week-ends, ou quelqu’un qui prend un verre à chaque repas, ça non plus, ça ne m’intéresserait pas du tout. Globalement, je dirais que j’aimerais rencontrer quelqu’un de sain d’esprit et de corps. Parce que je fais du sport alors un mec avec un bide de bière, bof. Ce n’est pas si facile de trouver une personne qui partage ton mode de vie et tes valeurs. Et je ne suis qu’une femme lambda, alors imaginez Brad Pitt qui est sous le feu des projecteurs…Je ne sais même pas pourquoi je me plains !

Déjà quatre mois sans alcool !

Quand j’avais la petite vingtaine, je sortais avec un musicien qui était assez taiseux. Je savais qu’il y avait quelque chose qui l’avait traumatisé pendant son enfance et j’imaginais des tas de trucs sordides jusqu’au jour où il m’a dit que son père était alcoolique. Qu’il avait passé des week-ends entiers à « baby-sitter » son père parce que sa mère était infirmière et donc souvent absente. Ce n’est pas quelque chose que j’étais capable d’imaginer. Je ne comprenais pas à quel point son enfance avait été brisée par ce père qui racontait n’importe quoi et vomissait à même le sol…L’ironie c’est que j’ai dû le porter et le mettre au lit un nombre important de fois parce qu’il avait bu de manière plus qu’excessive…Comme son père.

Dans ma famille, l’alcool est un non-sujet, ma mère est du genre à garder le contrôle en toutes circonstances et à en être fière (et à juger ceux qui ne sont pas capables de faire comme elle!), elle boit une coupette à Noël et c’est tout, mon père est le genre à se restreindre parce qu’il sait qu’il aime bien le rhum mais que ce n’est pas une bonne idée d’en boire, une bouteille lui dure des mois…Je suis leur digne fille, si je ne serai jamais aussi raisonnable que ma mère, je sais que je peux arriver à la modération comme mon père. J’ai arrêté de fumer il y a trois ans et il m’arrive de temps à autre de fumer une ou deux cigarettes quand je suis en joie (pas un paquet comme avant, juste une ou deux). Je me considère comme fumeuse abstinente, pas comme non-fumeuse. Je ne serai jamais non-fumeuse, il aurait fallu que je ne commence pas !

Nous ne sommes pas tous égaux face à l’alcool, je le comprends de plus en plus en parlant avec des alcooliques qui sont sous médicaments pour supporter le manque et pouvoir faire face aux idées noires. J’ai la chance de ne pas être en manque, mais surtout j’ai la chance de ne pas avoir des moments de déprime, de découragement ou de penser à l’alcool en permanence. Je parle toutes les semaines à un anglais qui est obsédé par l’alcool du matin au soir depuis deux mois. Il va bientôt partir en cure trois semaines pour être encadré par des psys et autres thérapeutes. Sa propre mère était alcoolique. Quand il me demande comment moi je vais, j’ai l’impression de ne pas livrer la même bataille. Je ne livre aucune bataille tout court. Je ne suis pas en conflit avec moi-même face à l’alcool, juste … je ne bois plus, en fait. Je n’y pense pas parce que c’est devenu ma réalité. Il me fallait juste prendre cette décision je crois. Je ne me sens pas non plus illégitime face à lui, moi aussi je buvais trop ! Mais il n’y a pas un seul alcoolisme, il y en a plein, c’est ça que je veux dire. J’étais dépendante psychologiquement, pas physiquement (ce qui n’est pas mieux). Une fois que j’ai compris pourquoi je buvais, arrêter m’a semblé facile. Je ne m’étais jamais penchée sur les raisons qui me poussaient à boire…

J’ai aussi la chance de ne pas avoir commencé à trop boire pour éviter de régler un traumatisme. Je n’ai pas eu une enfance difficile, à l’âge adulte, on ne peut pas dire non plus que ma vie a été difficile, certes j’ai été importunée sur mon lieu de travail à deux reprises mais j’ai pris la bonne décision : j’ai à chaque fois quitté mon poste et surtout j’ai parlé à mon entourage et même à des professionnels. Comme beaucoup, je buvais après une semaine difficile, pour me défouler (j’adorais boire seule le vendredi soir et faire un karaoke… avec moi-même). Je buvais pas mal par ennui, par habitude, le fameux effet « c’est le week-end, je me bourre la gueule » ! Je buvais quand j’étais triste, je buvais quand j’avais une promotion, toute excuse était bonne pour être ivre parce que oui l’ivresse est séduisante. La gueule de bois pas du tout, nous sommes bien d’accord. Et puis, au risque de me répéter, j’aimais faire l’amour ivre, c’est ivre que j’ai osé explorer ma sexualité, je suis toujours étonnée de constater à quel point c’est tabou d’en parler par ailleurs… Je ne parle pas des baises tu t’endors tellement tu n’es plus capable de tenir debout mais des autres, celles qui sont passionnées, puissantes et … orgasmiques ! Mes premiers orgasmes ont été vécus sous l’emprise de l’alcool pour une raison très simple : l’alcool désinhibe. Pendant des années j’ai pensé que sans alcool je serais incapable d’avoir une sexualité épanouie ou en tout cas aussi intéressante. Il m’arrivait de faire l’amour sobre bien sûr mais j’avais l’idée tenace que sous alcool la fête est plus folle (Pandora… out !). Quelle erreur… Heureusement on peut aussi avoir une sexualité de qualité sans alcool, imaginez un monde seuls les alcooliques jouissent ! (Humour). La sexualité sobre est une affirmation de soi, c’est se mettre à nu.e dans tous les sens du terme, c’est pour moi une révélation : je n’ai pas non plus besoin d’alcool pour vivre ma sexualité, encore une idée de merde, un « programme » que je m’étais foutu dans la tête. Il y a des moments de honte terribles quand on ne sait pas boire, c’est vrai. Mais il y a aussi des moments fabuleux, des souvenirs liés à l’alcool qui sont des souvenirs heureux. C’est comme tout, ce n’est jamais ni noir ou blanc.

Je ne pense pas aux années où je buvais trop le week-end (plus rarement en semaine) en dehors des fois où j’écris pour le blog. Je ne suis donc pas nostalgique mais spectatrice : ces années font partie de ma vie mais c’est à peu près tout. Elles ne définissent pas la personne que je suis (qui par ailleurs est en perpétuelle évolution). Pour me défouler, je fais du sport, je n’ai pas besoin de boire. Pour me détendre, je mets de la musique et je ferme les yeux allongée sur mon canapé ou je médite. Quand je suis triste, j’accepte cette tristesse et j’attends qu’elle passe (et elle passe toujours parce que j’ai appris à être pleine de gratitude). Je ne fais plus l’amour ivre, je fais l’amour en pleine conscience. L’arrêt de l’alcool a des répercussions sur tous les domaines de ma vie, je n’aurais jamais pensé que ce changement serait aussi drastique. Aujourd’hui je fête mes quatre mois sans alcool. Déjà 120 jours, un tiers de l’année. Je n’ai jamais eu besoin de l’alcool dans ma vie. Je traîne quelques casseroles dont je n’ai plus honte aujourd’hui, je me suis pardonnée mes excès. Je les accepte. Je reste quelqu’un d’excessif, je ne pourrais pas changer ma personnalité. J’accepte d’avoir beaucoup d’énergie et plein d’émotions et d’idées mais je n’essaie plus de me canaliser avec l’alcool, je suis comme je suis, point. Je n’aimais pas boire, j’aimais être une personne sûre d’elle. Je ne le savais pas mais je suis sûre de moi sans alcool aussi ! Ne plus boire m’aura appris à être moi-même. Et je continue d’apprendre, jour après jour…

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Le témoignage de Jean-Loup, sobre depuis 378 jours

Aujourd’hui je reviens avec un nouveau témoignage sur le blog. Jean-Loup est la première personne à s’être inscrite à mon Insta (quoi ? Tu ne m’as pas ajouté ? @adieugueuledebois), nous avons échangé par mails et il m’a beaucoup aidé à me sentir moins seule il y a trois mois, ses encouragements m’ont été précieux, merci à toi ! C’était légitime de parler de lui ici. Jean-Loup vit à Perpignan, il a deux chats, il a aussi un blog et c’est un passionné.

Et à gauche c'est Tolkien ;)
Et à gauche c’est Tolkien !

Quand t’es-tu rendu compte que tu avais un problème avec l’alcool ? As-tu réussi à arrêter dès la première tentative ?

Ça faisait longtemps que je me disais que j’avais un problème mais je l’ai accepté il y a un an quand j’ai décidé d’arrêter l’alcool pour de bon. Avant ça, j’avais déjà fait des pauses de quelques semaines sans rien boire du tout et je reprenais en espérant ne pas retomber dans les mêmes travers, dans le fameux cycle d’autodestruction… Même quand j’arrivais à arrêter un temps, je refaisais les mêmes erreurs à picoler n’importe comment. J’ai décidé d’arrêter pour de bon il y a un an, ça a été la bonne et depuis je n’ai pas repris.

Tu parles de « fameux cycle d’autodestruction », tu peux nous en parler ?

Ces dernières années quand il m’arrivait de boire trop, j’arrivais à faire une pause de plusieurs semaines puis je recommençais à boire en pensant gérer jusqu’au moment où je retombais à nouveau dans l’excès et ainsi de suite… Je buvais des bières jusqu’à être détendu, sans penser à mes problèmes, puis je continuais pour me sentir encore mieux sauf que c’est l’effet inverse qui se produisait…Je parle d’autodestruction parce que j’ai fini par comprendre que l’excès d’alcool était devenu le seul moyen de soulager mon mal-être.

Comment tu gères tes émotions depuis que tu es sobre ?

Quand ça ne va pas, je n’hésite pas à en parler à mes proches, j’essaie de me changer les idées. Dès que je sens qu’il se passe des choses difficiles, je fais appel à des pros, par exemple je vais voir une psy et j’ai commencé des séances avec une énergéticienne aussi. Ce sont deux choses qui me font du bien parce que c’est important de pouvoir parler à des personnes extérieures mais aussi des professionnels qui sont là pour t’aider à avancer. Ce qui a été décisif depuis que j’ai arrêté de boire c’est d’accepter la souffrance même quand elle paraît dérisoire. En fait toute souffrance n’est jamais dérisoire ! Depuis un an, quand j’ai un problème ou que je suis en souffrance et que je n’y arrive plus, j’active mon réseau de soutien dont je parlais plus haut, les amis, la famille et les pros pour avancer. Ce qui m’aide énormément aussi c’est la musique.

Comment as-tu gérer ta vie sociale quand tu as arrêté l’alcool ? Quand tu vas dans un bar, tu commandes quoi maintenant ?

Arrêter de boire n’a pas tellement eu d’impact sur ma vie sociale, je continue de temps en temps de sortir dans des bars parce que j’aime ce genre d’ambiance et c’est aussi l’occasion de croiser des gens et des potes que je ne vois pas forcément souvent. J’ai gardé des contacts avec des gens que j’ai connu pendant mes années de débauche, certains sont devenus de très bons amis A partir du moment où j’ai expliqué à mon entourage proche pourquoi j’arrêtais de boire, tout le monde a respecté. Quand je sors c’est Coca, Perrier, bière sans alcool ou Cacolac s’il y en a.

On partage un amour sans faille pour Trent Reznor, je sais que sa sobriété t’a inspirée, peux-tu nous en parler et es-tu inspiré par d’autres artistes ?

Le parcours de Trent Reznor m’a énormément inspiré et aidé quand j’ai décidé d’arrêter de boire. C’est marrant parce que j’ai découvert Nine Inch Nails pendant mes années de débauche quand je faisais le con. Ça m’a accompagné toutes ces années et au fur et à mesure que je me suis intéressée à sa vie, j’ai appris tous ces déboires, tout ce qu’il a traversé, non seulement avec l’alcool mais aussi la drogue, c’était une autodestruction bien plus radicale que la mienne (voir le billet qu’il a écrit sur son blog à ce sujet). Je me suis reconnu dans les mots de Trent Reznor, pourquoi je buvais, pourquoi je me complaisais là-dedans, pour moi c’est un super exemple… ça montre que tu peux être au fond du trou et te relever même si comme il le dit ça reste une bataille au quotidien. En bon geek que je suis, un autre parcours qui me touche aussi, c’est celui de Robert Downey Jr, d’autant que dans son personnage d’Iron Man on retrouve un peu les mêmes problèmes par rapport à l’alcool même si dans les films c’est moins prononcé que dans les comics. Lui aussi c’est quelqu’un qui passe de la débauche et la défonce au retour en grâce. Dans les mêmes années que Trent Reznor… Quand on voit ce que les deux sont devenus, c’est super inspirant.

Un dernier mot ?

A partir du moment où on pense avoir un problème avec l’alcool, c’est qu’on en a un. Un vrai. Ne faites pas comme moi qui le pensais depuis très longtemps et qui ne faisait rien pour le régler. C’est important de voir la vérité en face… L’alcool peut faire vivre des moments incroyables mais ça peut faire faire tant de choses qu’on regrette. Quand l’alcool devient indispensable à tout moment de la vie, que ce soit pour se lâcher ou supporter une situation, c’est le moment de faire un travail sur soi. On peut être soi sans alcool, je sais bien que ce n’est pas facile mais c’est possible, j’en suis la preuve;)

Tu veux témoigner sur le blog ? Envoie-moi un mail ! pandorablack111@gmail.com 🙂

Que faire maintenant que j’ai décidé d’arrêter de boire ?

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Quand on prend enfin la décision d’arrêter l’alcool,  on se retrouve souvent dans une situation où on ne sait tout simplement pas quoi faire. Avant, l’alcool était la solution à tous nos problèmes… On s’ennuie ? Allez, un petit verre de vin ! On a passé une semaine de merde ? Il reste pas de la bière dans le frigo ? On apprend une bonne nouvelle ? Champagne ! On apprend une mauvaise nouvelle ? Whisky…

Vous l’aurez compris, quand on arrête de boire, on est face à ses émotions et on se sent un peu seul.e. Rien ne nous empêche de céder à une 1664 sans alcool, mais… Pour éviter de tomber dans une déprime qui peut s’installer, il faut agir, il faut s’organiser. Pour ça, rien de mieux que de faire des listes ! J’adore les listes ! C’est ludique et ça permet d’y voir plus clair. Dans notre cas, établissez une liste de toutes les activités que vous voulez faire sans jamais commencer… Vous avez toujours rêvé de faire de la poterie ? C’est le moment de vous inscrire, en plus, c’est la rentrée, aucune excuse ! La poterie c’est pour les nuls ? Pas de problème, apprenez donc le self défense pour éclater la gueule de l’énième fdp qui vous dira « Charmante Mademoiselle, on discute un peu tous les deux ? ». Et là, BIIIIM, mode Bruce Lee activé ! (ça sent le vécu, ah bon?).

J’avais tendance à boire tous les vendredis soir, j’ai remplacé ce rituel merdique par d’autres activités, jamais les mêmes.. Je me suis remise au fitness au chaud dans mon salon, je suis les vidéos de Fitness Blender et de Blogilates (même si sa voix m’agace), et j’ai découvert Chloe Ting qui propose des genres de Top Body Challenge (oui, comme Sonia Tlev) mais c’est GRATUIT ! Il y a des programmes spécial ventre plat ou cuisses fuselées etc Cette sensation de réussir un défi… c’est le bonheur ! En gros, la première catégorie c’est « bouger ». Pratiquer un sport, parcourir la ville pour prendre de jolies photos, ramasser les déchets, nourrir les chats errants de votre quartier. Prendre la voiture et se perdre, improviser une randonnée en forêt (je dis ça alors que jamais de la vie je vais en forêt, j’ai trop peur de la maladie de Lyme). Reprendre la danse, faire du krav maga, s’inscrire à la salle, que sais-je ? Il y a forcément une activité qui vous convient, ça reste personnel.

Chloe Ting, fitness girl made in LA
Chloe Ting, fitness girl made in LA

La deuxième catégorie c’est « apprendre ». J’adore les documentaires, la série Diagnosis sur Netflix est vraiment fascinante, on suit des patients atteints de maladies rares en quête d’un diagnostic, ça permet de relativiser ses petits problèmes (souvent inexistants par ailleurs). Vous voulez comprendre ce qu’il y a dans votre assiette ? Netflix propose des tas de docus sur l’alimentation, ou comment devenir végétarien en quelques leçons ! Mais Netflix c’est payant, or l’app d’Arte est gratuite. Cette semaine j’ai appris qu’avant d’être l’homme le plus craint d’Amérique, Charles Manson était un musicien en quête de gloire, « La vérité sur le mensonge » m’a appris que quelqu’un qui se perd dans des détails lorsqu’il raconte une histoire est probablement un fieffé menteur, puis j’ai admiré les toits de Tokyo et suivi les animaux dans la lutte pour leur survie au Namib,  le plus vieux désert du monde… Tout ça sur mon Iphone sans sortir du lit ! J’ai repris la lecture, en ce moment (mille ans après tout le monde), c’est « Le pouvoir du moment présent » de Eckhart Tolle, j’ai retrouvé « La puissance d’exister » de Michel Onfray au fond de ma bibliothèque et je songe à relire Jane Eyre (parce que quand on aime, on ne compte pas). Apprendre c’est aussi aller au musée, à la bibliothèque, c’est aller vers la culture. On se sent beaucoup plus nourri le dimanche soir après avoir vu trois docus et deux expos que d’avoir bu 75cl de Smirnoff, vous pouvez me croire sur parole…

Ah...les recettes de Gaz Oakley...
Ah…les recettes de Gaz Oakley…

La troisième catégorie c’est « faire ». J’adore cuisiner, j’ai la chance d’avoir du temps pour moi, je cuisine tous les jours. Je suis complètement fan de La cuisine de Jean-Philippe qui propose des plats super simples et délicieux, en plus il est québecois alors son accent me fait voyager direct (même si parfois je ne comprends pas tout héhé). Pour les desserts, je m’intéresse énormément à la cuisine crue, je trouve fascinant de pouvoir faire un cheesecake sans fromage et sans cuisson, si vous êtes novice, je conseille la recette de la Belge Audrey, hyper facile et succès garanti. Ma chaîne de cuisine préférée au monde c’est celle de Gaz Oakley, un anglais cute avec un accent anglais encore plus cute, je fais régulièrement ses Salted Caramel Chocolate Bars, des genres de Snickers version crue, c’est tellement bon que je bave en ce moment même sur mon clavier en y repensant…

Faire c’est aussi créer, et là je ne parle pas de bouffe mais d’art. Depuis trois ans je pratique le collage, c’est une activité qui me calme, ce que je fais n’est pas toujours réussi mais je progresse malgré tout ! J’aime bien les Insta de Sacrée Frangine et Collage Wave. Créer ça peut être se remettre au dessin, à la peinture, la fameuse poterie dont je parlais plus haut, bref, se sentir l’âme d’artiste ! Et si vraiment ça ne vous dit rien, on peut revenir au bon vieux coloriage, ça fait un bien fou, il y a des tas d’ouvrages pour les adultes désormais:)

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Au secours, j’ai envie de boire un verre, je fais comment ?

L’autre jour, une lectrice me demandait des conseils quand elle se retrouve dans la fâcheuse situation où elle a envie de boire. Quand on se sert de l’alcool comme « tampon émotionnel », il est difficile d’être confronté aux premières fois où on ressent les choses pour de vrai, sans pouvoir les masquer…

Toutes les occasions étaient bonnes pour se servir un petit verre : après une journée difficile au travail, quand on vient d’apprendre une mauvaise nouvelle, quand on s’ennuie, quand on est dans l’attente, la liste est très longue. Il faut pouvoir remédier à ça sans alcool et c’est bien le plus dur !

J’ai lu ici et là des conseils pour éradiquer une crise, boire un thé au citron, prendre un bain chaud ou sortir faire un tour. Cela ne fonctionne pas avec moi. Quand j’ai envie de boire, je n’ai pas du tout envie d’un thé, encore moins au citron, ce que je veux c’est un gin tonic, et tout de suite ! Le bain chaud, le temps de le faire couler, j’ai le temps de réfléchir au fait que j’ai envie d’un gin tonic, mauvais plan. Quant à sortir faire un tour… un Carrefour City est à deux pas de chez moi, c’est là encore une idée pourrie, je pourrais malencontreusement acheter une bouteille de vodka, juste pour voir…

Les conseils que je vais vous donner ne fonctionneront peut-être pas pour vous, ou peut-être que si. En ce qui me concerne, quand je suis en état de crise, il faut que j’agisse très vite, il faut que je n’ai même pas le temps de réfléchir au fait que j’aimerais boire un verre que le problème n’existe déjà plus. C’est une urgence. Ni plus ni moins. Même si je ne suis pas alcoolique ou malade, mon cerveau est très puissant et l’idée c’est de lui dire de fermer sa grande gueule, merci bien. Il faut pouvoir le faire n’importe où, n’importe quand…

Premier conseil : respirez ! Quand on est en état de crise émotionnelle, on a le cœur qui bat la chamade, on est anxieux, stressé. Il faut vite reprendre le contrôle de notre souffle. Pour ça, c’est très simple, on s’isole où on peut (perso si je suis chez moi, je fais ça allongée dans mon lit en fermant les yeux), on inspire fort par le nez, on bloque sa respiration deux ou trois secondes, puis on expire par la bouche très fort. Il faut que ce soit exagéré. On fait ça deux ou trois fois, en général ça suffit pour reprendre le contrôle, relâcher la tension, être dans le moment présent, se sentir vivant et apaisé.

Si cette technique marche sur vous, je vous conseille vivement la méditation au quotidien, et si vous ne savez pas comment faire, il y a des apps pour ça. Petit Bambou est très bien pour commencer, je suis très fan de Aura aussi (en anglais). Même si la méditation vous paraît une activité lente ou inutile ou impossible pour vous, je vous jure que vous n’en retirerez que des bénéfices. Le premier étant d’être ancré dans l’instant présent. Méditer c’est entrer en soi maintenant sans penser au passé ou au futur, c’est sentir son corps vivant, lui accorder un moment de repos, le remercier. C’est lâcher prise ! Tout le monde peut le faire et c’est gratuit 🙂

Deuxième conseil : avoir toujours sur soi un flacon d’huile d’essentielle de Camomille Romaine. C’est petit, ça ne prend pas de place, on peut l’emporter partout avec soi, il suffit d’inhaler trois ou quatre fois à fond au-dessus du flacon et voilà, magique ! Pourquoi la Camomille Romaine ? Vous vous souvenez des tisanes à la camomille chez mamie ? C’est pareil mais en beaucoup plus concentré ! Cette HE vous permettra de calmer vos angoisses et même de trouver le sommeil (je l’utilise comme somnifère naturel, c’est génial!). On peut même en donner aux enfants qui font des crises de nerf, en cas de crise d’urticaire ou de choc émotionnel, c’est une HE un peu onéreuse mais elle vous sauvera la vie (je recommande fortement la Compagnie des Sens qui font des HE de qualité et bio de surcroît, dont l’éthique n’est plus à prouver, je ne suis pas sponsorisée du tout, quand j’aime, je le crie haut et fort, voilà tout!). Pour acheter le flacon de 2,5 ml à 14,90€, cliquez ici 🙂

Troisième conseil : faire une liste de gratitude. Pas par écrit. En période de crise, on n’a pas le temps de se poser pour écrire. On remercie à voix haute toutes les choses positives dans notre vie pour focaliser son attention sur autre chose que ce foutu gin tonic. Chez moi, cette liste donne ( par exemple) « Je suis heureuse d’être en bonne santé, je remercie le toît au-dessus de ma tête pour la sécurité qu’il m’apporte, je remercie les pâtes al dente de ce midi, la caissière pour son sourire chez Leclerc, le coucher de soleil d’être si beau, la mer qui apaise mes angoisses, mon lit de me permettre de me reposer, mes chats d’exister, merci à mes pieds de me porter tous les jours, merci à la glace Magnum vegan aux amandes, à mes amis qui m’acceptent telle que je suis, merci à la vie, ma vie, parce que la chance que j’avais d’exister telle que je suis, moi, Pandora, était d’une sur quatre milliards, je suis un miracle, merci d’être un miracle».

J’espère vous avoir aidé avec ces trois conseils (cumulables, évidemment!). N ‘hésitez pas à mettre un petit commentaire si ça vous a aidé (ou si vous avez d’autres astuces ^^)

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Comment vaincre les idées reçues sur le mode de vie sans alcool ?

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Lorsqu’on décide d’arrêter de boire de l’alcool, l’entourage n’est pas toujours très bienveillant. Ils ne nous prennent pas toujours au sérieux non plus. L’idée de sobriété est encore liée à l’alcoolisme (une maladie, donc)… En France, peu de gens savent qu’on peut décider de se passer d’alcool pour sa santé (qu’elle soit physique ou mentale, voire les deux).

Bientôt, ce mouvement sera entendu, pour le moment, il faut le défendre, expliquer que c’est un acte courageux dans une société qui prône l’usage de l’alcool, que oui ça vaut le coup pour sa santé, que c’est souvent le début d’une réflexion plus profonde sur sa vie et ce qu’on souhaite atteindre comme objectifs, et surtout, surtout, que non, ce n’est pas chiant, c’est tout l’inverse ! Reprendre le contrôle sur soi, retrouver l’amour propre, la joie de vivre, c’est inspirant, c’est nouveau, c’est excitant:)

Voici ce qu’on entend le plus souvent quand on fait son sober coming out et mes idées pour y répondre (c’est donc personnel, en aucun cas une réponse universelle) :

« Ça va, t’es pas alcoolique non plus ! » : pour commencer, ce n’est pas à autrui de décider si on est alcoolique ou pas… C’est à nous de nous poser la question. Comme je ne cesse de le répéter sur ce blog, le simple fait de se poser la question montre qu’il y a bien un problème…

Pour y répondre, il suffit d’expliquer qu’il existe un mouvement répandu dans les pays anglo-saxons qui propose d’arrêter l’alcool pour avoir une meilleure santé. On peut expliquer qu’on est dans une démarche healthy mais finalement à quoi ça sert de boire des smoothies et faire du yoga si on se boit deux verres de rosé tous les soirs ? Les informations passent toujours mieux avec de l’humour, si on s’adapte à la personne qui nous parle, aucun problème de compréhension. On ne va pas emmerder les gens avec des statistiques, tout le monde sait que boire = problèmes cardio-vasculaires. L’humour c’est quand même plus sympa que les statistiques…

On peut aussi expliquer qu’on n’est pas obligé d’être alcoolique pour choisir de se passer d’alcool, que les gueules de bois, on n’en peut plus, qu’il y a un temps pour tout et qu’on a bien envie d’essayer pour voir si on peut le faire. On peut entraîner nos amis avec nous et les mettre au défi du 1000 hours dry, soit 42 jours sans alcool;)

La réponse que je donne c’est « Je mets trois jours à me remettre d’une gueule de bois, j’ai plus envie de ça, la peau tirée le lendemain, la léthargie, les idées noires, tu vois les vieilles ridées qui fument et picolent ? Bah j’ai pas envie de ressembler à ça, j’ai envie d’être une fabuleuse vieille. Et d’arriver jusqu’à la vieillesse, en fait ».

« Toi alors t’es toujours extrême ! » : un grand classique. Arrêter de boire peut paraître extrême dans une société où boire est encouragé au quotidien et synonyme d’une personne qui profite de la vie. On peut faire de l’humour et dire que ce qui est extrême c’est continuer à se taper des gueules de bois parce qu’on est incapable de s’en tenir à deux verres. Expliquer qu’on a essayé de boire modérément mais nous on n’y arrive pas alors cette fois on tente de se passer totalement d’alcool et on va voir. Ce n’est peut-être pas définitif, mais on se met au défi d’arrêter pour voir si on en est capables. En général quand on dit ça les gens sont compréhensifs…

La réponse que je donne c’est « Tu me connais, je suis déjà vegan alors je me suis dit et si je continuais à casser les couilles en arrêtant de boire ? »:)

« Tu peux même pas boire un tout petit verre avec nous ? » : autre grand classique. Il faut être ferme sur ce point. On a besoin du soutien de notre entourage, pas d’être encouragé dans un comportement qu’on n’a plus envie d’adopter. On n’a plus envie de boire de l’alcool mais ça ne change rien pour eux, nous on prendra un Perrier, un jus de fruit, par chance un mocktail si le bar en propose (cocktail sans alcool qu’il suffira de demander au barman s’il n’y en a pas sur la carte). On veut continuer à avoir une vie sociale, ce qu’on refuse c’est l’alcool, pas le fun des soirées entre potes, il faut bien les rassurer sur ce point (incroyable de penser qu’il faut rassurer son entourage quand on sait toutes les maladies provoquées par l’excès d’alcool, ils devraient se réjouir de cette nouvelle mais bon…je m’égare sans doute!).

La réponse que je donne : « Si je savais que je pouvais boire un seul verre, je le ferais. Mais tu sais comme moi que si j’en bois un j’en bois deux puis trois et je vais finir par avoir une gueule de bois le lendemain. Donc non, je ne vais pas boire un tout petit verre d’alcool mais un gros virgin mojito ! ».

« Ah merde, je suis vraiment désolé pour toi… » : heu…mais ne sois pas désolé, sois heureux pour moi, ce que je t’annonce c’est une bonne nouvelle, pas un faire-part de décès ! Ce qui était désolant c’est toutes les fois où j’ai vomi et où tu m’as tenu les cheveux pour pas qu’ils tombent dans la cuvette, ça oui, c’était désolant (rigolo à 17 ans, moins à 30). Je ne perds rien à arrêter l’alcool, je gagne une meilleure santé, une plus belle peau, un sommeil plus profond, un sentiment de bien être lié au fait que je suis en accord avec moi-même.

La réponse que je donne c’est : « Je ne suis pas alcoolique si ça peut te rassurer, j’arrête avant de le devenir… Et toi, t’en es où avec l’alcool ? gnark gnark gnaaaaaark »

« Mais on va plus se voir alors si tu bois pas ! » : ne riez pas (jaune), celle-là on l’entend souvent. Pourquoi ? Parce que les gens sont égoïstes, voilà pourquoi (insérer emoji triste). Encore une fois, il faudra rassurer l’entourage, on n’arrête l’alcool, pas les amis, pas les anniversaires, pas Noël, tout va bien, détendez-vous un peu ! Quand je suis invitée j’apporte toujours un pack de bières sans alcool, comme ça je sais que je ne suis pas tentée et en plus je peux faire goûter aux autres (qui diront que c’est dégueulasse, ce à quoi il faudra répondre que dans ce cas ils auraient pu se charger des boissons sans alcool eux-mêmes!). Même si on est tenté de ne plus sortir de chez soi quand on décide d’arrêter, je conseille au contraire de sortir comme avant pour bien montrer aux autres qu’on n’a pas changé, tout va bien. C’est aussi un bon test, les amis qui ne se font pas à l’idée qu’on ne boit pas… ne sont peut-être pas de vrais amis ? Si notre « amitié » dépend de l’alcool, peut-être faut-il commencer à se poser des questions ?

La réponse que je donne « On se verra toujours, j’aurai toujours une bouteille de bière à la main, simplement il n’y aura pas d’alcool dedans, ça change rien pour toi ».

De Tinder et de la sobriété (il y a un rapport, je le jure)

L’autre jour je regardais une vidéo d’un mec sur Instagram, il expliquait pourquoi on ne devrait pas utiliser les apps de rencontres (Tinder, on pense fort à toi). Son propos était simple : sur ces apps des êtres humains sont présentés comme des produits dans un catalogue, une photo et une phrase de description, pareil que pour une boîte de céréales ou une scie sauteuse (je ne sais pas où je suis allée chercher ça…). Ce qui nous force à traiter des hommes et des femmes comme s’ils étaient des objets ; en un coup d’œil on décide de leur sort : si je vois un intérêt à côtoyer cette personne, je swipe à droite, si je n’en vois aucun, je swipe à gauche. Inconsciemment, je me propose comme un objet de consommation et je considère les autres comme tels. C’est un comportement malsain qui finit par changer notre perception des autres, nous faire déprimer et renforcer notre sentiment de solitude. Normal, qui aimerait être traité comme un objet ? Qui a envie d’être résumé à trois ou quatre photos et une description souvent « humoristique » (la mienne c’était « Probablement la seule meuf de France qui n’aime pas les bruns barbus », le pire c’est que c’est vrai, même pas drôle…).

Quel est le rapport avec l’alcool me diras-tu ? Il y a deux mois j’ai arrêté Tinder, fatiguée d’envoyer le premier message à des mecs qui ne répondent jamais, fatiguée de voir tous ces profils qui sont là à végéter, fatiguée du manque de personnalité et/ou de culture, du manque d’originalité, bref, fatiguée. Au début c’était excitant, j’étais nouvelle sur le marché du célibat, j’avais des super likes et je me sentais comme Miss Monde (il m’en faut peu, vous remarquerez), puis tu te rends compte que certains mecs like toutes les filles puis unmatch ensuite, c’est super violent comme pratique, surtout quand comme moi tu like un mec sur quatre-vingt en moyenne…

Je jure qu’il y a un rapport avec l’alcool. A chaque fois que j’ai pris un verre avec un mec rencontré via une app, on commençait par boire une bière, histoire de se détendre. Souvent, quand le mec me plaisait IRL (une fois sur deux on va dire parce que les photos mytho c’est courant aussi chez les mecs), on terminait la soirée chez lui ou chez moi à boire, boire et encore boire. En gros j’avais besoin d’alcool pour supporter le fait que je rencontrais un quasi inconnu que j’avais choisi en premier lieu pour son physique. Et je ne vais pas mentir, parfois c’était très bon d’être traitée comme un objet parce que c’est ce que je voulais, parce qu’en face j’avais un charmant jeune homme qui était prêt à jouer le rôle de mon sextoy. Mais le lendemain quand tu te réveilles avec un horrible mal au crâne et la bouche pâteuse, c’est la débandade (huhuhu). La seule chose que le mec qui est à côté de toi t’inspire c’est « Putain il faut que je me tire d’ici et vite ! ». La dernière fois que j’ai rencontré un mec via Tinder, le lendemain matin il m’a fait un câlin dont je me suis extirpée sans aucune grâce. Pour éviter d’être un robot, j’ai arrêté Tinder et pour éviter de côtoyer des mecs qui ne me plaisent que physiquement mais que je trouve inconsistants, j’ai arrêté l’alcool.

Sobre, je peux donner sa chance à un mec drôle et intelligent qui n’est pas « mon genre ». Bon… si je peux avoir le cerveau et le physique, je ne vais pas cracher dessus !:) Sobre, je peux prendre mon temps, apprendre à connaître quelqu’un… Sobre, je peux être moi-même… or quitte à rencontrer quelqu’un, autant qu’il sache qui je suis vraiment. Je ne suis pas un objet de consommation. Je ne veux pas considérer un autre être humain comme un objet de consommation. Je veux une vraie belle rencontre avec une vraie belle personne. C’est ce que je mérite. Pas juste moi, tout le monde le mérite. Je n’aurais pas à me demander s’il ressemble à ses photos puisque je le verrai en vrai devant moi au détour d’une rue, chez des amis d’amis, dans un aéroport, au supermarché ? Je n’en sais rien, c’est ce qui est magique ! Je sais que la vie va me surprendre alors je ne provoque plus le destin, j’ai confiance. Je ne suis pas pressée, je me réveille tous les matins avec le sourire parce qu’au lieu de voir ce qui manque à ma vie, je vois ce qu’il y a dedans. Et dedans il y a beaucoup de joie et d’amour (et de pizzas) 🙂

youandpizzahavelikedeachother

Un fantôme

Je marchais dans la rue en direction du supermarché, je me faisais la liste des courses dans la tête, pour ne rien oublier. Surtout penser à acheter la pâtée pour les chats. Le soleil brillait, je portais mes lunettes de luxe et je me la jouais fashion week, ok, je l’avoue, je roulais un peu du cul. Parce que je ne fais même pas 1.60 m (presque!) mais moi aussi j’ai le droit de me la péter, moi aussi je veux défiler et le bitume est mon catwalk, pourquoi pas ? Bref, j’étais heureuse de vivre.

C’est à cet instant que j’ai croisé un fantôme. J’ai vu un petit blond aux yeux bleus un peu bouffi qui me rappelait quelqu’un et j’ai compris : c’était lui. Malgré les quinze kilos de plus, j’arrivais encore à le reconnaître. Un ex, appelons-le Eric, Rico pour les intimes. Triste vision que ce Rico dans un t-shirt couleur corail mais pas le corail qui est revenu à la mode, plutôt un corail Décathlon, c’est-à-dire légèrement fluo. Avec un short qui se passe de commentaire. Mais le pire ce n’était pas sa tenue, c’était son visage, il était complètement bouffi, boursouflé, comme si une guêpe l’avait piqué sur la totalité du visage. Il était rouge, il avait des rides maintenant, pas juste aux coins des yeux, et j’ai cru percevoir qu’il commençait à perdre ses cheveux. Il avait le visage d’un type qui a bu toute sa vie.

Lorsque j’ai rencontré Rico j’étais jeune et naïve, je n’avais aucune expérience et je me prenais pour Mère Teresa. Je crois que je me sentais coupable d’avoir eu une enfance idéale, une famille aimante ; j’avais besoin de rendre un peu ce qui m’avait été donné, je perdais une énergie folle à vouloir sauver des types comme Rico. Son père était alcoolique, sa mère aussi, c’était dans leur ADN. La précarité aussi, jamais de vacances, aucun loisir, son enfance n’avait pas été rose. J’étais restée un an avec lui, il m’en avait fait voir de toutes les couleurs, très peu de rose, plutôt du noir, plus noir que noir est-ce une couleur ? Il frappait chez moi complètement ivre en pleine nuit, il me trompait avec des filles moches, il racontait n’importe quoi, il me faisait honte….Une fois il était monté sur le toit, je me souviens avoir eu une pulsion, je m’étais vue le pousser dans le vide, c’est dire à quel point Rico me foutait la rage. Je ne pensais jamais le revoir…

Je ne crois pas au hasard. Je décide d’arrêter de boire pour avoir une vie meilleure, pour bien vieillir, pour être en accord avec mon idéal, et je croise ce fantôme qui continue d’être sur une pente glissante, il a grossi, il est en mauvaise santé, il porte un t-shirt corail fluo (il a toujours eu un look de merde en fait), il n’a pas changé. Moi oui, mais mentalement. Par politesse j’ai pris son numéro de téléphone, il voulait prendre un verre ce soir, j’ai décliné poliment et il m’a dit « Oh mais je sais que tu ne m’appelleras pas ! ». Nous sommes en 2019, les gens ne s’appellent plus, mais ce n’est pas le problème. J’ai effacé son numéro en rentrant chez moi parce que je sais poser des limites maintenant. Le passé est très bien là où il est : hors de ma vie actuelle.

Autrement dit : thank you, next !

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Les résultats tant attendus

Le médecin m’a demandé mon numéro, c’était 544 (un numéro que je trouvais moche par ailleurs) et c’est le moment qu’a choisi le système informatique pour planter. Ah… l’hôpital public ! J’avais déjà attendu trente minutes dans une salle aux murs blancs sans aucune distraction (mon téléphone n’avait plus de batterie), il fallait maintenant que leur ordinateur merdique plante pile au moment où je tremblais en attendant mes résultats…

La dernière fois que j’ai eu un rapport non protégé, c’était il y a plus de six semaines comme le veut le protocole. Inutile de préciser que j’étais chargée à la vodka redbull (un mélange terrifiant pour n’importe quel estomac), et que c’est précisément sous les effluves de ce cocktail détonnant que j’ai dit à mon amant qui ne bandait plus à cause du préservatif : « C’est bon, enlève-le, on s’en fout ».

Certes, je connais cet amant. Enfin, disons plutôt que ce n’est pas un inconnu, je le côtoie depuis plus d’un an. Mais je sais qu’il a d’autres partenaires (moi aussi). Je sais aussi que comme 70% des hommes, il débande à cause du préservatif (que celui qui ne débande jamais mette un petit commentaire pour expliquer aux autres hommes sa technique, par pitié, l’humanité a besoin de ton témoignage!). J’estime à 70% mais certaines diraient 80%, le pourcentage dépend des femmes, mais c’est un véritable fléau…

Si je n’avais pas bu, jamais je n’aurais accepté un rapport non protégé. Encore une fois, l’alcool m’a fait faire n’importe quoi. Aujourd’hui le sida fait moins peur, en 2016 on estime à 6000 le nombre de personnes contaminées par le VIH (source : VIH.org), les traitements permettent aux malades de vivre pendant de nombreuses années, nous sommes loin des années 80… Mais à titre personnel, je n’ai aucune envie de faire partie des 6000 qui apprendront la mauvaise nouvelle. Je n’ai pas non plus envie de me réveiller avec des symptômes de syphilis, une chlamydiose ou n’importe quelle IST (Infection Sexuellement Transmissible).

Depuis que j’ai arrêté de boire, je n’ai pas eu de rapport sexuel. Je ne sais pas du tout à quoi m’attendre, suis-je encore capable d’affronter la terreur que suscite un date chez moi, sans alcool pour me « rassurer » ? Pour le moment, je n’ai pas été confrontée à ce problème puisque personne ne me plaît dans mon entourage, c’est le désert (ça m’arrange!).

Après de longues minutes et un silence assourdissant, le médecin m’annonce que je peux être rassurée, je n’ai pas le VIH, pas l’hépatite C, pas de syphilis non plus. Pas de chlamydia, pas de gonorrhée, je peux respirer. Je n’avais pas trop peur, à vrai dire. Mais c’est tout de même rassurant de savoir qu’on est clean. Le médecin n’a pas aimé que je demande une copie des résultats, eh oui ça fait quand même deux feuilles blanches, ah… l’hôpital public !

Si toi aussi tu as pris des risques parce que tu as trop bu, tu peux appeler Sida Info Service au 0800 840 800 (appel gratuit), on te dirigera vers un Centre Gratuit d’Information, de Dépistage et de Diagnostic (CeGIDD) près de chez toi:)

Il est mignon, non ? 🙂

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