Quand la bouteille de gin te fait de l’œil…

Paris. La bouteille de gin dans le placard et les Grim dans le frigo, c’est ce que j’ai laissé la dernière fois. Le gin est de loin mon alcool préféré, pas n’importe quel gin, ma préférence va au Bombay Sapphire. J’aimais aussi boire du Tanqueray (pour faire comme Amy Winehouse, oui : je sais). J’ouvre la bouteille de Bombay et je suis surprise : ça sent divinement bon, une odeur raffinée, faite de plantes et d’épices, on en mangerait ! Moi qui espérais que ça pue, dommage. Je la referme aussitôt, le Bombay et moi c’est de l’histoire ancienne. C’est vrai que cette bouteille bleue turquoise (et non saphir) est très élégante, pour autant je n’oublie pas notre dernière rencontre qui s’est soldée par du vomi dans le lavabo parce que je n’avais pas réussi à atteindre les toilettes. Puis, vaseuse, j’avais peiné à nettoyer le dit lavabo avec de la javel sous le regard accusateur des chats. La Grim, je la laisse végéter dans le frigo, c’est très bien comme ça, de toute façon je n’ai jamais vraiment aimé la bière. Avant j’aurais bu seule, tranquille, un petit verre pour me féliciter d’avoir survécu à la foule de la gare, puis deux, sans doute trois avant de m’endormir encore habillée dans le canapé… Maintenant ? Je suis allée m’acheter un pot de glace au chocolat et j’ai tout mangé, calmement mais sûrement:)

J’annonce à tout le monde que je ne bois plus, à chaque fois la même stupéfaction, « Mais-enfin-Pandora-t’as-jamais-été-alcoolique ! ». Non, je sais bien, j’ai quand même le droit d’arrêter parce que les gueules de bois j’aime pas ou …. ? Quand tu parles de gueule de bois, tout le monde comprend soudainement. Peu importe ton rapport à l’alcool, la gueule de bois, on sait ce que ça veut dire, on sait à quel point c’est douloureux ; et répétitif, parce qu’on dit « Plus jamais ! » et le week-end suivant on se retrouve dans le même état comateux.

Toujours cette incompréhension, comment j’ai pu quitter Paris, moi la « pure parisienne » ? Heureusement M. me comprend, elle est Normande, elle vit et travaille à Paris parce qu’il y a tout à Paris, pas le choix, elle me dit « Maintenant que je suis célibataire, je me demande pourquoi je reste encore là… ». Comme moi, elle aime la mer, les rues désertes et les gens qui se foutent éperdument de tes fringues et de ton CV. Je remarque que seuls ceux qui ne sont pas nés à Paris comprennent pourquoi je suis partie, les « purs parisiens » comme moi, rien à faire, ils me prennent pour une hérétique.

J’adore être une hérétique. Je ne compte pas arrêter. J’ai hâte de voir la gueule de mon entourage quand je vais sortir le Champomy pour mon anniversaire. Adieu, veuve Clicquot ! Tu coûtais trop cher et ton étiquette orange était moche en plus. Je n’ai même plus de flûtes parce que, l’une de mes passions dans la vie c’est de casser les verres, je passe ma vie à en racheter. La dernière fois, ivre, j’avais renversé les flûtes KONUNGSLIG sur la table, elles avaient poursuivi leur chute inexorable et j’avais bien difficilement balayé les bris de verre sur le sol. Le lendemain j’avais marché sur du verre oublié, il y avait du sang partout, c’était charmant. Et on ose encore me demander pourquoi j’ai arrêté l’alcool…