From dawn to dusk

Ce matin, je me suis levée à 7h, surexcitée, impossible de me rendormir. Alors, je me suis levée et je me suis dit que ce serait peut-être l’occasion de me faire un vrai chocolat chaud avec du pain et du beurre (végétal of course). Petit-déjeuner très français. Mais je n’avais pas de chocolat ni de lait de noisette (le meilleur pour faire un chocolat chaud intense). Le supermarché à côté de chez moi ouvre à 8h30, je me suis surprise à attendre l’ouverture comme un enfant le matin de Noël et… je n’étais pas seule. Autour de moi, uniquement des hommes. Ils n’avaient pas tous le même âge, le premier devait avoir la cinquantaine mais rien n’est moins sûr, l’alcoolisme, ça abîme tellement que si ça se trouve il n’avait que quarante ans, peut-être moins. Ils étaient quatre à attendre comme moi, l’un regardait le sol en faisant les cent pas, l’autre essayait de communiquer avec le troisième et le quatrième tremblait littéralement. Ils étaient tous en manque et moi j’étais là, un grand sourire sur les lèvres avec mon manteau en fausse fourrure et mes petites bottines chic, la scène avait quelque chose de cocasse.

Une fois à l’intérieur, j’ai pris les produits que je cherchais et arrivée à la caisse, j’ai complimenté la caissière qui avait un rouge à lèvres rouge vermillon qui convenait parfaitement à son teint de porcelaine (il faut toujours se complimenter entre femmes, on en a besoin!), elle s’est mise à rougir alors pour casser l’ambiance je lui ai dit à voix basse, en parlant de l’un des hommes qui passait à une caisse plus loin avec deux cannettes de 8.6 « Ils viennent tous les matins ?… ». Elle m’a expliqué que les mêmes hommes venaient tous les matins, elle a ajouté « parfois il y a des femmes aussi ». Elle disait que c’étaient toujours les mêmes, les habitués, ceux qui faisaient tourner le supermarché. J’ai demandé si elle n’exagérait pas un peu, tout de même. Elle a conclu par « Si nous ne vendions pas d’alcool, nous ferions faillite ! ». Elle était très sérieuse !

De retour à la maison, alors que les carrés de chocolat noir fondaient au fond de la casserole, je me suis demandée comment on pouvait en arriver à boire dès le matin. J’ai ajouté le lait de noisette et une pincée de cannelle parce que la cannelle c’est la vie et je me suis félicité de n’avoir jamais bu à ce point, puis en versant mon chocolat chaud dans une tasse à mon prénom, je me suis demandé ce qu’on pouvait faire pour ces gens. Puis j’ai pensé « On ne peut pas sauver tout le monde, seulement soi-même ! ». J’ai trempé ma tartine de pain grillé dans ma tasse de chocolat et j’ai dit à voix haute « Le chocolat, c’est quand même une drogue moins dangereuse ! » (facile à dire quand on n’a pas de problème d’obésité, tu me diras…).

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J’ai bu une Despé (tu as bien lu)

Je suis entrée l’été dernier dans le merveilleux monde de la sobriété très enthousiaste, et il y a de quoi ! C’est libérateur de se poser les bonnes questions, pourquoi je bois alors que je n’ai jamais aimé le goût de l’alcool? Je cherche à fuir quoi ? Suis-je dépendante psychologiquement de la bouteille de gin ? Chaque dimanche sans gueule de bois est une victoire, je ne me suis jamais trouvée aussi belle que depuis que je ne bois plus, adieu les cernes, le teint brouillé, les yeux secs. Sans alcool, le dimanche c’est pancakes maison et smoothie et non pas hamburger et frites industriels, j’imagine que ça participe aussi à avoir meilleure mine 🙂 Une nouvelle vie.

Au départ, j’avais vraiment dans l’idée de ne plus jamais boire. Je suis assez radicale comme fille. La demi-mesure, très peu pour moi. Puis, j’ai commencé à être agacée par les blogueuses sobres qui expliquaient qu’il ne fallait plus jamais boire une goutte d’alcool, parce que l’alcool c’est le diable, l’une d’elles disait même que les challenges un mois sans alcool de type 1000 hours dry ou Dry january ne servaient à rien. Je trouvais ce discours vraiment intolérant, comme ces vegans (je suis moi-même vegan, rappelons-le) qui refusent de s’attabler avec des mangeurs de viande… Je comprends qu’on refuse l’alcool à tout jamais mais c’est personnel comme démarche, ce n’est pas parce que toi tu ne bois plus que tout le monde doit t’imiter. Je sais bien que certains alcooliques ne peuvent et ne doivent surtout pas reboire une goutte d’alcool, j’ai déjà parlé de mon copain virtuel anglais qui est en cure, actuellement sous médicaments et suivi par un thérapeute, dans son cas, il est évident que reboire une goutte d’alcool c’est signer pour un retour au n’importe quoi, aux excès, aux gueules de bois hebdomadaires. Mais je savais que moi, Pandora, je pouvais reboire un verre de temps en temps. Je cherchais juste l’occasion de le faire. J’étais curieuse de voir l’effet que produirait l’alcool sur mon organisme, je voulais aussi me rassurer : étais-je bien capable de boire un seul verre ? Ou … était-ce possible que je sois dans le déni ?

J’en ai parlé à mon pote K. qui m’a dit « C’est peut-être mieux si tu bois une bière, non ? ». Moi je voulais boire un cocktail stylé genre Manhattan ou Sex on the beach. Mais il avait raison ce petit con. Il s’avère que le mec que je vois en ce moment a apporté une canette de Despé chez moi, c’était le bon moment. La première gorgée ne m’a rien fait, aucune émotion, aucune sensation, j’étais presque déçue. J’aime bien le goût de la Despé mais rapidement j’ai eu mal au ventre, je ne bois jamais de bulles… Je n’ai jamais bu aussi lentement de ma vie, moi qui buvais deux gin tonic à la demi heure… J’ai mis deux heures à finir cette bière. J’ai eu du mal à la finir, je l’ai fait par automatisme. Et j’ai compris les blogueuses sobres qui me fatiguent. Je savais déjà que je n’avais plus besoin de boire. Ce que je ne savais pas, c’est que je n’avais plus envie de boire non plus. Pourquoi se forcer à boire un verre pour faire comme tout le monde alors qu’on pourrait rester à l’eau minérale ? Je vois bien pourquoi je voulais absolument me prouver que je pouvais boire avec modération mais… je n’ai plus envie d’alcool. Je n’ai pas aimé avoir la tête qui tourne avec la Despé, je n’ai pas aimé avoir mal au ventre, les premières gorgées ça allait mais au bout d’un moment ça m’a dégoûtée. L’alcool et moi, je crois que c’est vraiment fini (mais je n’ai jamais de certitudes).

Contrairement aux blogueuses sobres anglo saxonnes, je pense que c’est très utile de participer à des challenges sans alcool. Parce qu’après un mois sans alcool, tu te rends compte que tu n’as plus besoin de ça dans ta vie. La première gorgée après un mois sobre te fait tourner la tête, rapidement tu constates que ce n’est pas bon pour ton corps, tout simplement. C’est l’effet que m’a fait cette Despé : ça n’apporte rien de positif à mon corps. Il faut croire que je suis moins atteinte psychologiquement que ce que je pensais. Je sais que l’alcool m’a apporté de bons souvenirs mais c’est du passé. Je suis grande, maintenant, je peux et je sais m’amuser autrement. Enchaîner les verres comme je le faisais me paraît absurde aujourd’hui. Je ne suis plus la même personne. La vie sans gueule de bois est une vie paisible. On peut avoir une vie paisible sans se faire chier, c’est ce que je découvre. Mais je n’oublie pas que c’est mon chemin à moi, c’est personnel, et je ne force personne à me suivre. Je partage mon expérience, voilà tout. Un peu de tolérance dans ce monde de putes. Nous en avons cruellement besoin !

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Boire ou fumer (ou arrêter les deux)

Pendant longtemps j’ai fumé des cigarettes, pas n’importe lesquelles, c’étaient des Camel. Le simple fait de sentir une cigarette de cette marque me replonge dans mes années enfumées… ahhh comme j’aimais ce geste, ce rituel, cet objet de plaisir ! Lorsque j’ai arrêté il y a trois ans, tout le monde m’a félicitée. On vantait mon courage et ma volonté, ma persévérance (c’était genre la sixième fois que je tentais d’arrêter…) ; je faisais l’unanimité.

Quand j’ai décidé d’arrêter de boire de l’alcool, personne ne m’a félicitée. On m’a posé plein de questions :

Ma mère « Mais je ne comprends, tu es alcoolique ? »

Mon (enfoiré de) frère : « Mais lol t’avais déjà dit ça l’année dernière, non ? »

Une pote « Attends Pandora faut pas exagérer t’as rien d’une alcoolique, tu bois même pas toutes les semaines ! »

Un plan cul « T’es en train de me dire qu’on se fera plus de soirée Poliakov-sexe ? Sérieux ? »

Une inconnue « T’as pas peur de te faire chier sans alcool ? »

Pardon, mon père m’a félicitée sans me poser de questions. C’est bien le seul…

Pourquoi tant de haine envers celles et ceux qui ne souhaitent plus boire ? Parce que l’alcool est synonyme de moments festifs, de célébrations en tous genres, mariage, enterrement de vie de jeune fille, anniversaires, promotions, Noël et j’en passe. L’alcool c’est sympa, l’alcool c’est convivial, ça rapproche les gens, ça rend moins coincé, plus ouvert, plus fun. Pourtant nous sommes nombreux à avoir un vrai problème avec l’alcool, je sais que je ne suis pas la seule, je l’ai vu, je le vois. J’ai un pote qui a arrêté de boire il y a un an et moi aussi je lui ai dit alors qu’on prenait un verre à la Butte aux Cailles « Tu peux quand même boire une bière avec moi, juste une ! Qui boit du jus de tomate à 17h ? ». Le fait qu’il refuse de boire et qu’il s’y tienne c’était un miroir tendu, or je ne voulais surtout pas voir la réalité en face. Comme moi il buvait « mal », c’est-à-dire avec excès, comme moi ses pires souvenirs honteux sont liés à l’alcool… Je ne lui ai pas encore dit que j’avais arrêté aussi…

Le tabac et l’alcool sont les drogues légales qui tuent le plus en France. Le tabac c’est 78000 décès par an contre 49000 pour l’alcool.

Dans mon cas, la cigarette était une addiction, je fumais tous les jours, parfois deux paquets. Je fumais quand j’étais malade, je fumais tout le temps, persuadée que la chose me permettait d’affronter mes journées sans stress (alors que c’est prouvé que fumer augmente le stress mais là n’est pas le sujet…). Concernant l’alcool, c’est différent. Même si je ne suis pas alcoolique, le simple fait de me demander si je l’étais prouve qu’il y avait un problème. Pour arrêter de consommer de l’alcool alors qu’on n’est pas malade, faut-il être fou ? Je pense qu’au contraire il faut être clairvoyant, il vaut mieux arrêter AVANT de sombrer dans l’alcoolisme. Pour arrêter de boire en société, il faut impérativement se foutre de l’opinion des autres. Je dirais même qu’il faut aimer dire « non, merci », chez moi il y a une espèce de forme de rébellion adolescente, le fait d’être à contre-courant me plaît pas mal, je revendique haut et fort mon choix de ne pas boire. Je respecte ceux qui boivent bien entendu mais je ne me cache pas, voilà. Qui sait ? Peut-être qu’en France aussi ce sera trendy de boire des virgin mojitos dans les bars ? Rien ne me ferait plus plaisir:)

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