« Mais tu dois te faire chier sans alcool ! »

Paris, mercredi soir, confirmation que j’aie pris la bonne décision. Je suis confrontée à une parisienne qui pourrait être moi, j’aurais pu devenir comme elle (la vulgarité en moins).

Lorsqu’elle apprend que je ne bois plus d’alcool, elle commence par se moquer. C’est la première fois que je la vois mais elle n’hésite pas à me lancer que je ne tiendrais même pas trois jours. Elle parle d’elle-même, pas de moi, je le comprends, je ne réponds rien. Je la laisse déblatérer son venin en buvant ce verre de vin rouge qui se remplit et se vide à un rythme soutenu. Apprécie-t-elle vraiment ce qu’elle boit ?

Elle continue. « Mais tu dois te faire chier sans boire, quelle idée de merde d’arrêter l’alcool, j’espère que tu baises au moins ? ». Je lui réponds que non, je ne baise pas non plus, et encore elle ne sait pas tout, je mange végétalien et j’adore prendre ma petite tisane tous les soirs, un mélange pomme-réglisse-gingembre, je suis une vraie connasse healthy, n’est-ce-pas? Je ris, elle lève les yeux au ciel, elle n’a même plus de mots, la pauvre. Aurais-je réussi à la faire taire ?

Vers la fin de l’apéro, sans doute radoucie par l’alcool englouti, elle vient vers moi et me demande pourquoi j’ai arrêté l’alcool, est-ce que je suis alcoolique ? Je réponds que je ne suis pas alcoolique mais je ne sais pas boire, je n’aime pas l’alcool, le goût de l’alcool, ce que j’aime c’est l’ivresse, perdre le contrôle, or je ne veux plus me réveiller le dimanche midi avec l’haleine fétide, la peau déshydratée, les idées noires, je refuse de me réveiller une fois de plus sans me souvenir de ce que j’ai dit la veille, de ce que j’ai fait et avec qui, tous mes souvenirs de honte sont liés à l’alcool, je n’ai plus envie d’avoir honte. C’est le seul moment de la soirée où elle se tait enfin.

Alors que je suis sur le départ, je la cherche pour lui dire au revoir mais elle ne marche plus droit, elle parle encore plus fort, il n’y a plus de vin, elle s’en plaint, il est presque minuit, elle travaille demain mais tant pis, elle veut encore boire. Je fuis en catimini. Dans le métro je me félicite de ne pas être elle. Je n’ai jamais été aussi heureuse d’être moi.

meuf ivre

Premier week-end sans alcool

J’ai décidé d’arrêter de boire de l’alcool un jeudi, autrement dit la veille de l’arrivée d’un pote pour le week-end. Je n’ai pas eu le temps de le prévenir de ma décision, je prends quasiment toutes les décisions les plus importantes de ma vie sur un coup de tête…(et je me trompe rarement, je le jure).

Quand je lui ai annoncé ma décision d’arrêter de boire, sa réaction a été amicale, il faut dire qu’il m’a déjà vue ivre morte chanter Hero de Mariah Carey la bouteille de Bombay Sapphire en guise de micro puis insulter les voisins qui, lassés d’entendre une personne ivre chanter faux à 4h du mat’, frappaient à la porte en menaçant d’appeler la police. Il a bien compris que non je ne suis pas alcoolique mais oui quand je bois je n’ai aucune limite, enfin… quand la bouteille est vide et que l’épicerie de nuit est fermée j’arrête mais pas avant. Ce week-end on s’est remémoré la fois où j’ai vomi dans le hall d’entrée d’amis d’amis, une entrée très remarquée, je ne sais même pas qui a nettoyé mon vomi, quelle horreur. L’alcool c’est ça : que des souvenirs honteux, très peu de bons souvenirs. Parfois des souvenirs drôles mais toujours honteux, mélange déconcertant…

Nous sommes allés acheter de la Tourtel Twist ensemble, il a même goûté cette bière sans alcool qui se vend en supermarché et il a bien aimé, il faut dire qu’il faisait chaud et que ce petit goût de citron est bien rafraîchissant ! Je songe à créer une rubrique où je teste des boissons sans alcool, je me rends compte qu’il y a tout un monde qui m’est totalement inconnu, moi qui aime découvrir à peu près tout et n’importe quoi, je m’en réjouis !

Quel bonheur de se réveiller le dimanche sans gueule de bois, le teint et l’haleine fraîche, et l’énergie de cuisiner des petits muffins au chocolat au beurre de cacahuète parce que le dimanche c’est miam miam et netflix en pyjama toute la journée, la vraie vie !

Depuis qu’il est parti, j’ai lu l’article du New York Times qui évoque ces nouveaux abstinents qui sont de plus en plus nombreux, bien différents des alcooliques anonymes puisque cette nouvelle génération arrête de boire pour d’autres raisons, ce ne sont pas des malades incapables de se passer de la bouteille, ce sont des personnes qui veulent s’amuser autrement, qui prennent soin de leur santé.La sobriété ce n’est pas juste arrêter de boire, c’est en quelque sorte retirer les artifices de sa vie, aller à l’essentiel. En gros avec cet article j’apprends que je refuse de boire de l’alcool pile au moment où ça devient à la mode aux États-Unis, ce qui veut dire que dans trois ou quatre ans, le sober movement aura fait du chemin en France (enfin… à Paris), et j’espère que ce modeste blog aurait aidé à le faire connaître…