Boire ou fumer (ou arrêter les deux)

Pendant longtemps j’ai fumé des cigarettes, pas n’importe lesquelles, c’étaient des Camel. Le simple fait de sentir une cigarette de cette marque me replonge dans mes années enfumées… ahhh comme j’aimais ce geste, ce rituel, cet objet de plaisir ! Lorsque j’ai arrêté il y a trois ans, tout le monde m’a félicitée. On vantait mon courage et ma volonté, ma persévérance (c’était genre la sixième fois que je tentais d’arrêter…) ; je faisais l’unanimité.

Quand j’ai décidé d’arrêter de boire de l’alcool, personne ne m’a félicitée. On m’a posé plein de questions :

Ma mère « Mais je ne comprends, tu es alcoolique ? »

Mon (enfoiré de) frère : « Mais lol t’avais déjà dit ça l’année dernière, non ? »

Une pote « Attends Pandora faut pas exagérer t’as rien d’une alcoolique, tu bois même pas toutes les semaines ! »

Un plan cul « T’es en train de me dire qu’on se fera plus de soirée Poliakov-sexe ? Sérieux ? »

Une inconnue « T’as pas peur de te faire chier sans alcool ? »

Pardon, mon père m’a félicitée sans me poser de questions. C’est bien le seul…

Pourquoi tant de haine envers celles et ceux qui ne souhaitent plus boire ? Parce que l’alcool est synonyme de moments festifs, de célébrations en tous genres, mariage, enterrement de vie de jeune fille, anniversaires, promotions, Noël et j’en passe. L’alcool c’est sympa, l’alcool c’est convivial, ça rapproche les gens, ça rend moins coincé, plus ouvert, plus fun. Pourtant nous sommes nombreux à avoir un vrai problème avec l’alcool, je sais que je ne suis pas la seule, je l’ai vu, je le vois. J’ai un pote qui a arrêté de boire il y a un an et moi aussi je lui ai dit alors qu’on prenait un verre à la Butte aux Cailles « Tu peux quand même boire une bière avec moi, juste une ! Qui boit du jus de tomate à 17h ? ». Le fait qu’il refuse de boire et qu’il s’y tienne c’était un miroir tendu, or je ne voulais surtout pas voir la réalité en face. Comme moi il buvait « mal », c’est-à-dire avec excès, comme moi ses pires souvenirs honteux sont liés à l’alcool… Je ne lui ai pas encore dit que j’avais arrêté aussi…

Le tabac et l’alcool sont les drogues légales qui tuent le plus en France. Le tabac c’est 78000 décès par an contre 49000 pour l’alcool.

Dans mon cas, la cigarette était une addiction, je fumais tous les jours, parfois deux paquets. Je fumais quand j’étais malade, je fumais tout le temps, persuadée que la chose me permettait d’affronter mes journées sans stress (alors que c’est prouvé que fumer augmente le stress mais là n’est pas le sujet…). Concernant l’alcool, c’est différent. Même si je ne suis pas alcoolique, le simple fait de me demander si je l’étais prouve qu’il y avait un problème. Pour arrêter de consommer de l’alcool alors qu’on n’est pas malade, faut-il être fou ? Je pense qu’au contraire il faut être clairvoyant, il vaut mieux arrêter AVANT de sombrer dans l’alcoolisme. Pour arrêter de boire en société, il faut impérativement se foutre de l’opinion des autres. Je dirais même qu’il faut aimer dire « non, merci », chez moi il y a une espèce de forme de rébellion adolescente, le fait d’être à contre-courant me plaît pas mal, je revendique haut et fort mon choix de ne pas boire. Je respecte ceux qui boivent bien entendu mais je ne me cache pas, voilà. Qui sait ? Peut-être qu’en France aussi ce sera trendy de boire des virgin mojitos dans les bars ? Rien ne me ferait plus plaisir:)

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