Le témoignage de Julia, sobre depuis 287 jours

Quatrième témoignage sur le blog, Julia est sobre depuis le 30 décembre 2020, elle vit entre le Sud de la France et la Suède, elle aime les imprimés à pois et la cuisine, entre autres passions. Vous pouvez la retrouver sur son Instagram : Sober as birds.

J’ai une excellente mémoire et un corps bienveillant.

Mes souvenirs ont effacé inconsciemment tous les moments de violence que j’ai vécu enfant. Non pas de la violence sur moi, mais les engueulades violentes entre mes parents, les moments seule avec mon père ivre mort et toute la violence qu’il s’infligeait à lui même. Je ne me souviens de rien.

Je me souviens d’une enfance heureuse, joyeuse, avec beaucoup de câlins, d’affection, de la musique, et ses clopes qu’il allumait au réveil.

Quand il est parti, j’avais 7 ans, tout s’est effondré. Mon amour ne suffisait plus. L’aimais-je assez ? Pourquoi choisissait-il de partir plutôt que de rester à mes cotés, on avait toute une vie à tricoter ensemble. Je me suis sentie abandonnée. Ce sentiment ne me quittera jamais.

Il paraît que j’ai beaucoup roulé dans la bagnole de mon père saoul, car il m’emmenait partout. J’ai une passion pour les voitures, j’adore la mécanique et rouler… J’ai pris beaucoup de risque, eu quelques accidents et je me suis rangée …des bagnoles, depuis.

Ce sentiment de sécurité que me procure la voiture, je ne l’explique pas. c’est l’empreinte du souvenir.

Mon père mentait souvent pour cacher sa consommation de là naissaient d’autres mensonges, et puis, une vie totalement brodée à l’anisé, aux gitanes sans filtres & aux multiples vies dont il aurait rêvé. Il m’a beaucoup menti. Ma mère s’est arrangée avec la réalité, pour faciliter sa vie qui était déjà dure. Je ne lui en veux pas. Mais j’ai été élevée par deux menteurs. Alors aujourd’hui, si on me parle d’un sandwich au saumon alors qu’il est au jambon, ça ne passe pas. La recherche de la vérité est mon guide de survie. Dans quelle vie suis je? Avec qui? 

J’ai compris tôt que « l’alcoolisme est une maladie comme les autres », alors j’ai voulu soigner mon père. J’ai cru que j’étais capable de le sauver. J’ai dépensé dans mon adolescence trop d’énergie devenue des désillusions, des rendez-vous à 800km de chez moi où il ne venait pas, des week-end de ménage pour nettoyer son appartement insalubre. J’ai usé mes premières années d’adultes pour le maintenir en vie, appeler le PMU du quartier pour savoir s’il l’avait vu debout, trop souvent tétanisée par des crises d’angoisses l’hiver, à cause des risques de chutes liées au verglas ;  j’avais peur du téléphone à une époque, de la terrible nouvelle. Puis, il y a eu les démarches administratives pour une mise sous tutelle jusqu’à l’extinction de voix devant la juge. Il ne voulait pas s’en sortir. J’ai mis beaucoup de temps à accepter devoir renoncer.

Aujourd’hui encore, c’est tout frais.

En me soignant moi, je soigne mon père, je romps cette chaîne de l’alcoolisme.

Il s’en est allé, a retrouvé sa liberté quand ma première fille avait 3 semaines, la vie m’a montrée qu’il fallait que je construise ma propre famille désormais. J’abandonnais l’enfant que j’étais car je devenais maman.


Aujourd’hui, je me rends compte de l’importance de regarder devant et non derrière, sinon tu n’avances pas car tu es cloué par les souffrances de tes parents.


Depuis que je ne bois plus, je ne lui en veux plus. Il a fait ce qu’il a pu. Ma mère aussi, je suis si admirative. Je regarde mes parents et je suis reconnaissante de la force qu’ils m’ont transmis. 

Merci Julia ❤

Deux ans sans gueule de bois !

Le 13 juin 2019, après une soirée débauche (je vous passe les détails), je me suis réveillée avec un mal de crâne infernal et j’ai pris une décision : plus jamais je n’aurai une seule gueule de bois, stop, la fête est finie. Au-delà de 30 ans, la gueule de bois n’est tout simplement pas gérable, et c’est pire à 40 (et sans doute encore pire à 50 mais je ne le saurais jamais). J’avais commencé le sport quatre ans auparavant lorsque j’avais arrêté de fumer, il était temps d’être cohérente. Quel est l’intérêt de faire du sport si tu bois comme un trou tous les week-ends ?

Bien sûr, on ne devrait jamais commencer à boire mais d’une part la société nous y pousse dès le plus jeune âge, les industriels de l’alcool dépensent des sommes astronomiques pour rendre les jeunes accro (en Suisse c’est l’équivalent de 38 millions d’euros chaque année), d’autre part quand on est introvertie comme moi, l’alcool est une aubaine, il permet de supporter les autres, d’avoir une vie sociale, d’être acceptée par le groupe, de se sentir « normale ». Je n’ai jamais aimé le goût de l’alcool, j’aimais pouvoir parler sans rougir, j’aimais pouvoir être drôle, avoir de la répartie, oser aller vers les garçons, je crois que j’aimais être quelqu’un d’autre. Comme beaucoup de personnes sobres, j’ai craint les rencontres, je me sentais incapable d’avoir un rendez-vous avec un homme et en même temps j’avais envie de me faire peur. Au début ça a été catastrophique, je n’osais pas trop m’affirmer, je prenais un panaché ou deux, prétextant que je ne buvais pas trop, je voulais sans doute m’épargner des réflexions. Je me souviens qu’en septembre 2020 j’ai bu des verres de cidre face à la mer avec un charmant garçon, je suis rentrée à moitié ivre mais sans la gueule de bois le lendemain. Je n’ai pas été sobre à 100% pendant deux ans mais je n’ai jamais eu de gueule de bois, j’ai rempli le contrat que j’avais signé avec moi-même.

Je dirai qu’en deux ans, j’ai bu quelques panachés, quelques cidres, quelques bières légères, deux margaritas quand j’étais à New York, mais le 26 mars j’ai passé une journée difficile et j’ai eu envie de boire et je me suis dit « Assume mais fais les choses bien ». Il fallait limiter les dégâts, j’ai acheté une flask de vodka bas-de-gamme (je n’avais pas le choix) et du jus de cranberry (et une glace pour me réconforter après). Avant, je faisais beaucoup ça le vendredi soir mais avec une bouteille de 70cl et quand je n’avais plus de soft je pressais des oranges à 2h du mat’ pour finir la vodka, c’était pathétique… Je n’ai pas bu les 20cl de la flask puisque j’ai jeté mon dernier verre plein dans l’évier, j’ai dansé comme une folle et chanté trop fort (mais les voisins n’ont rien dit, je ne chante pas si faux semble t-il), j’ai appelé mon frère pour lui dire que ça n’allait pas, je me suis réveillée le lendemain sans gueule de bois mais pas en grande forme non plus.

J’ai compris un truc que j’aurais dû comprendre des années auparavant : quand je suis triste, il faut que je bouge pour évacuer. Et faire du fitness ne sert à rien, il faut que je danse et que je chante en même temps, c’est ça mon exutoire, faire la choré de Oops I did it again en m’imaginant dans une combi rouge en latex ! Mon remède à la tristesse c’est me prendre pour Britney Spears dans à peu près n’importe laquelle de ces vidéos (mais je ne connais pas toutes les chorés). Je crois qu’à force d’avoir été bercée aux comédies romantiques où l’héroïne finit toujours par être triste en buvant trop d’alcool et en mangeant n’importe quoi, j’ai fini par être endoctrinée. Si toutes ces scènes de femmes qui boivent à cause d’un homme n’existaient pas, aurais-je l’idée de picoler seule dans mon lit ? Je ne pense pas. C’est bien de l’endoctrinement. Les comédies romantiques nous font aussi croire que le Prince Charmant et la fidélité ça existe alors que statistiquement… c’est très rare, surtout en France (lire l’étude édifiante à ce sujet, la femme Sagittaire trompe plus que les autres, sachez-le).

Je n’ai jamais été dépendante physiquement de l’alcool, je n’ai jamais été en manque par exemple. Je ne suis pas malade. Pour autant, je n’allais pas bien et mon but était clairement de m’anesthésier pour éviter de penser à des sujets fâcheux comme le harcèlement sexuel que j’ai subi au travail, je n’arrivais pas à en parler. Alors je buvais jusqu’à m’endormir comme une masse. Au lieu de boire comme un trou, j’ai changé de vie, j’ai quitté mon taf, mon mec, et même Paris pour aller vivre à la mer (j’ai retrouvé la raison depuis et je suis rentrée à Paris^^), j’ai pris le temps de réaliser un rêve de gosse, j’ai voyagé, et surtout j’ai vu des psys puis j’ai arrêté une fois que j’ai compris ce qui n’allait pas. Au lieu de me prendre pour Wonder woman à faire la psy gratuite avec tout mon entourage, il fallait que je m’occupe de moi et que je n’hésite pas à demander de l’aide. C’était simple, finalement !

En revanche, j’ai été addict aux Xanax et aux somnifères pendant un an et je me suis sevrée en « oubliant » mes comprimés avant de partir au Népal, ce fut horrible, cauchemars, délires, hurlements, sueurs froides puis chaudes… mais efficace (ne faites pas comme moi, on peut en crever, j’ai eu de la chance). Aujourd’hui je ne prends jamais de médicaments, même pas de l’aspirine, je préfère souffrir, parce que je me connais et je sais que c’est un danger, pour moi le Xanax c’est des Smarties… L’été dernier j’ai été opérée de l’appendicite, on m’a mise sous Tramadol, j’étais aux anges (soupirs). De retour chez moi j’ai eu mal mais j’ai pris un seul comprimé d’aspirine par jour pendant trois jours et j’ai donné les autres à une asso. Pour l’alcool, je sais que je pourrais consommer avec modération mais ce n’est pas ce que je souhaite non plus. Puisque je n’aime pas le goût de l’alcool, quel est l’intérêt de la modération ? Il n’y en a pas. Je préfère m’abstenir, mon choix est de ne pas boire une seule goutte, pour ma santé, pour être en cohérence avec mes autres choix de vie. Peut-être serais-je tentée de boire un Bellini à Venise avec ma mère (c’était notre truc avant le Covid), je ne sais pas si je le ferais, j’essaierai toujours de demander une version sans alcool. D’autant que pour prendre l’exemple du Bellini, ce que j’aime c’est le nectar de pêches blanches, et je peux remplacer le champagne par sa version sans alcool, ça ne m’enlève rien, au contraire, j’y gagne ! Mais si je buvais un verre, je ne considérerais pas ça comme un échec non plus, je peux me permettre d’être souple, j’ai cette chance.

L’ivresse me manque parfois, je le confesse, mais il y a tant d’autres façons d’être ivre, un très beau film peut me faire le même effet, une chanson émouvante, le regard rempli d’amour de mes chats, un magnifique coucher de soleil, une partie de jambes en l’air exaltante, un succès professionnel, une bonne nouvelle. Tout est là, à notre portée, je crois que plus que l’abstinence, ce qu’il faut changer quand on arrête de boire de l’alcool, c’est le regard qu’on a sur le monde. Ne plus boire c’est avoir le courage de vivre sans artifices, sans excuses quand on fait des erreurs, ne plus boire d’alcool c’est avoir l’audace d’être pleinement soi. C’est prendre la responsabilité de sa vie, ne plus se cacher, c’est peut-être l’un des plus beaux cadeaux qu’on peut se faire. Par ailleurs, j’ai remarqué que s’il y a deux ans on me demandait pourquoi je ne buvais pas, aujourd’hui on me dit « Je suis impressionné, j’aimerais pouvoir faire comme toi ». Les mentalités changent doucement, je reste persuadée que dans dix ans boire de l’alcool sera considéré comme un truc de gros beauf !

Amour sans alcool

Les Alcooliques Anonymes préconisent de ne pas avoir de relations (ni sexuelle, ni sentimentale) la première année de sobriété. Si le conseil peut sembler un peu difficile à avaler, je crois qu’il n’est pas anodin. Il est rare d’avoir une seule addiction… L’abus d’alcool va souvent de pair avec un mauvais choix dans le reste de sa vie et les relations en font bien souvent partie, combien de personnes alcooliques sont aussi dépendantes affectives et/ou sexuelles ? Je n’ai pas les chiffres mais je sais que les deux sont liés. Il est conseillé d’attendre d’être vraiment guéri pour commencer à « relationner », l’abstinence peut permettre de faire un état des lieux de sa vie sentimentale/sexuelle. Ces dernières années j’ai pratiqué l’abstinence au moins la moitié de l’année et j’en ai toujours retiré beaucoup de bénéfices (rétrospectivement).

Quand j’ai décidé de ne plus jamais avoir de gueule de bois, je voulais aussi ne plus jamais avoir de plan cul. Comme je l’ai déjà écrit sur ce blog maintes et maintes fois, ivre j’étais cette fille libérée convaincue que le sexe sans lendemain était un choix, une façon de s’empower ou je ne sais quelle connerie alors qu’en fait j’étais juste en manque d’affection. J’ai tenu quelques mois sans sexe puis j’ai choisi un mec sur Tinder en lui expliquant en toute transparence ma situation, j’en ai parlé ici. Puis j’ai eu des amants à qui j’expliquais que je ne buvais plus, j’ai été tentée par l’un deux qui avait apporté une bouteille de champagne, j’avais bu deux verres, trouvé ça dégueulasse, ça m’a rappelé pourquoi je ne buvais plus en quelque sorte. Sobre, j’ai découvert que je pouvais avoir une sexualité encore plus intense puisque je savais ce que je faisais (ça paraît bête haha). Je ne sais pas trop comment je faisais pour boire autant et avoir une vie sexuelle, j’ai envie de prendre dans mes bras cette fille que j’ai été et lui dire que ça va s’arranger. Je ne comprends pas pourquoi c’est normalisé à ce point de boire de l’alcool à un premier rendez-vous, comme si on ne pouvait pas faire quelque chose de plus intéressant ? Je ne sais pas moi, se promener dans un bois, aller voir une expo, se faire un tea time avec des scones, participer à un cours de cuisine ? C’est sans doute parce que le dating game s’est américanisé, il y a dix ans lorsque tu rencontrais un homme sur un site de rencontre, ça voulait dire que tu essayais d’avoir une histoire, aujourd’hui, tant que tu n’as pas eu la « conversation », personne n’est vraiment en couple, chacun est libre.

J’ai rencontré quelqu’un il y a peu de temps et je ne suis pas tentée du tout lorsqu’il boit un verre de vin pendant le repas (bon, il faut dire que moi j’étais plus « gin tonic » que « vin rouge »), il respecte le fait que je refuse de boire, il m’admire pour ça ! Évidemment je préférerais être avec quelqu’un qui ne boit pas d’alcool, qui est vegan aussi etc mais tant qu’il est bienveillant et respectueux, le reste je crois que ce n’est pas si grave. Et puis je dois dire que je m’interroge sur celles et ceux qui décident d’arrêter l’alcool alors qu’ils sont déjà en couple, ça ne doit pas être facile non plus à gérer. Un ami me disait qu’il s’était rendu compte que son divorce lui avait permis d’être sobre alors qu’avant il replongeait tout le temps, notamment parce que sa femme lui disait « Si tu m’aimais, tu ne boirais pas », il se sentait coupable, bref c’était un cercle vicieux. En rompant ce cercle vicieux il est arrivé à deux ans d’abstinence pour la première fois de sa vie, après avoir bu de ses 12 ans à ses 40 ans. Je crois que l’arrêt de l’alcool peut finalement être la chance de quitter quelqu’un qui n’est pas bon pour soi, le « méchant » n’est pas toujours celui qu’on croit ! Finalement, ne plus boire c’est se recentrer sur soi, sur ses besoins, sur ces rêves qu’on avait et qui ont été enfouis à cause de l’alcool. Et si le but n’est pas l’abstinence totale pour tout le monde, je crois que se poser les bonnes questions sur sa consommation ne peut faire de mal à personne, surtout en cette période de réouverture des terrasses…

p.s : le témoignage (en anglais) d’un homme qui a respecté la règle du 1 an sans relations ici

Un an après…

Je suis si sereine plus d’un an après avoir pris cette belle décision. Arrêter de boire de l’alcool dans une société qui fait tout pour qu’on consomme jour après jour sans jamais se poser de questions. L’alcool, ce fléau pour la santé mentale des femmes, aujourd’hui on le sait, pourtant on n’en parle pas trop… C’est l’image populaire de la mère de famille épuisée qui, après avoir couché les gosses, se sert un petit verre de vin. J’ai une copine qui faisait ça tous les soirs sans se considérer comme alcoolique pour autant, jusqu’au jour où il n’y a plus eu de vin et elle a commencé à paniquer, tout était fermé, comment allait-elle faire ?

Je crois qu’il y a définitivement plusieurs alcoolismes, pas une seule définition, et que tous sont néfastes pour les femmes qui sont déjà les proies des hommes dans l’espace public. L’autre jour je me faisais la réflexion que si je n’avais pas commencé l’alcool, j’aurais subi moins de sifflements, moins d’attouchements dans les bars, que j’aurais subi moins d’emmerdes ! Ivres on ne se rend compte de rien, on laisse faire… Et puis on pense que c’est de notre faute, c’est ce que tout le monde pense de la fille ivre qui a subi un viol, elle n’avait pas à boire ! Comme si boire signifiait qu’on consent à un rapport, c’est absurde mais les clichés sont tenaces… L’alcool nous rend vulnérables alors que nous sommes déjà vulnérables.

Depuis que je ne bois plus, moi qui suis introvertie et hypersensible (la double peine, diront certains), j’ose m’affirmer. Maintenant je dis que je ne bois pas d’alcool, lors d’un date je prends une bière sans alcool, je ne bois plus de panaché, je ne veux plus « faire plaisir », pardonnez ma vulgarité mais j’en ai rien à foutre de ce que pensent les autres, je suis ma ligne de conduite, je ne m’excuse pas d’avoir arrêté de boire, je ne m’excuse plus de rien. J’ai remarqué qu’avec mon attitude super badass, personne ne me demande pourquoi je ne bois plus. Et si on me le demandait, je dirais tout simplement qu’avant je buvais puis j’ai arrêté parce que je suis trop vieille pour les gueules de bois, ce qui n’est pas faux. Je compte être une belle petite vieille en bonne santé !

L’autre jour, j’étais à Etretat, il faisait beau, j’étais en charmante compagnie, j’ai bu une excellente bière sans alcool, la Jupiler 0,0% qui a été élue meilleure bière sans alcool en 2018 (je ne retrouve plus le lien !). J’étais heureuse, bêtement heureuse, un large sourire sur le visage, je savourais chaque gorgée de ce doux breuvage. Avant, je faisais tout vite, maintenant je prends mon temps. C’est ça que l’arrêt de l’alcool a provoqué en moi. J’ai bu lentement, j’ai regardé les mouettes voler, j’ai regardé le ciel bleu et les rayons du soleil qui le traversaient et en silence j’ai pensé que j’étais fière de moi, fière d’être capable d’apprécier la lenteur de ces moments, moi qui dans une ancienne vie était une « femme pressée » (référence à Noir Désir, oui). Quand j’ai des moments down, je me rappelle que j’ai mille raisons d’être fière de moi, la première c’est ma sobriété. Sur Instagram, j’ai lu « I was lost, I found alcohol. I lost alcohol, I found myself ». Je crois que cette phrase résume bien mon parcours. Et sans doute celui de beaucoup de femmes. J’en profite pour remercier celles qui m’écrivent, qui me font part de leur témoignage, qui se livrent à moi comme je le fais ici sur mon blog. Vos messages me prouvent que j’ai bien fait, il y a un peu plus d’un an, d’entamer la conversation sur le sujet. Merci à toutes !

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Sobriété et célibat

Aujourd’hui je suis passée devant la couverture de Paris Match et j’ai halluciné. « L’énigme Brad Pitt. L’homme fort de Hollywood a vaincu l’alcool mais reste célibataire ». Je vous laisse apprécier le paysage. Et je précise que lorsque j’ai enregistré cette image dans mon ordinateur, elle s’appelait « brad-pitt-sexy-mais-seul ».

Brad-Pitt-sexy-mais-seul

Cette couv’ est agaçante. Déjà, ça sous-entend que c’est incroyable d’être célibataire quand on est considéré comme beau. Il est apparemment impensable de choisir le célibat quand on est sexy comme Brad Pitt. Comme si la beauté et le succès permettaient forcément de trouver l’amour. Mais le pire ce n’est pas ça. Le pire, c’est que personne n’a pensé à Paris Match que peut-être que justement quand on devient sobre, on n’a pas envie de s’acoquiner avec n’importe qui. Peut-être qu’on a envie de rencontrer une personne qui partage notre sobriété ou qui consomme modérément de l’alcool. Or, à Hollywood, il n’y a que ça, des gens qui boivent et qui font la fête, Brad Pitt a sans doute raison d’être seul, de se concentrer sur sa santé plutôt que de se mettre en couple avec n’importe qui juste pour ne pas être seul…

Quand on choisit la sobriété totale ou la modération, tout change dans les rapports de séduction. Lors d’un premier rencard, on boit souvent un verre de vin ou autre, pour se détendre, pour partager un moment convivial, pour se rapprocher, aussi. Quand on ne boit pas, c’est assez désagréable de sentir l’autre être grisé par le vin alors que toi tu es sobre, avec les idées claires (et le trac, parfois!). Sans alcool, on est soi-même et on voit les autres tels qu’ils sont. C’est un bon baromètre je trouve, quand un homme me dit « Tu ne bois pas ? T’es vegan et tu ne bois pas, d’accord, je vois le genre… » (le genre qui tient à sa santé et à la santé de la planète, connard!), je sais que je n’ai plus qu’à fuir au premier prétexte. Je vois tout de suite les hommes qui sont intéressés par la sobriété, ceux qui questionnent leur rapport à l’alcool, ceux qui sont admiratifs, parce que oui, c’est admirable d’être sobre dans une société qui nous encourage à consommer chaque jour davantage (pas que de l’alcool, par ailleurs).

Je suis célibataire et j’aimerais rencontrer quelqu’un qui consomme modérément de l’alcool comme moi. Ou quelqu’un de sobre à 100%. Je n’envisage pas du tout de me mettre en couple avec un mec qui a besoin d’évacuer le stress de la semaine en picolant comme un connard tous les week-ends, ou quelqu’un qui prend un verre à chaque repas, ça non plus, ça ne m’intéresserait pas du tout. Globalement, je dirais que j’aimerais rencontrer quelqu’un de sain d’esprit et de corps. Parce que je fais du sport alors un mec avec un bide de bière, bof. Ce n’est pas si facile de trouver une personne qui partage ton mode de vie et tes valeurs. Et je ne suis qu’une femme lambda, alors imaginez Brad Pitt qui est sous le feu des projecteurs…Je ne sais même pas pourquoi je me plains !

LA mauvaise idée

Vous vous souvenez quand je vous ai dit que je voulais devenir Miss Margarita ? J’étais déterminée à apprendre à fabriquer mon cocktail préféré, j’avais tout ce qu’il faut : de la tequila silver, du triple sec, du citron vert, du sel, un shaker, un robot trop bien pour faire de la glace pilée, la totale ! Un soir de décembre entre le 25 et le 31, je me suis lancée un peu par ennui et par défi, je n’avais pas spécialement envie de boire un verre, je pensais pouvoir réussir ce cocktail et immortaliser le moment pour Instagram (ambitieuse, j’étais).

Dans la réalité, que s’est-il passé ? Eh bien, déjà, j’ai trouvé des dizaines de recettes différentes, j’ai été incapable de choisir et quand j’ai jeté mon dévolu tant bien que mal sur l’une d’elle, je me suis rendue à l’évidence : je n’ai aucune idée de ce que signifie « 3cl ». Il s’avère que j’ai des élements de mesure mais américains parce que je cuisine quasi exclusivement des recettes trouvées sur des sites outre-Atlantique (qui dit « outre-Atlantique » en 2020 à part ton grand-père et moi?). Le shaker n’était d’aucune aide non plus, il n’y avait rien dessus, que dalle. Heureusement j’ai trouvé une recette qui parlait de proportions, si je me souviens bien c’était 7 parts de tequila contre 3 parts de triple sec. Persuadée d’être sortie d’affaire, j’ai sorti une cuillère à soupe pour calculer tout ça mais je me suis retrouvée avec un micro cocktail : il n’y avait rien à boire… Lasse et désormais excitée à l’idée de boire cette hypothétique margarita, j’ai fini par utiliser un verre à shooters mémorable acheté en Pologne (je vous passe les détails du voyage) pour terminer ma besogne. J’ai ajouté le glace pilée dans le shaker, parce que mon ambition était carrément de faire une frozen margarita, oui, oui ! J’étais seule dans la cuisine mais je me la suis racontée de ouf quand j’ai secoué le shaker, comme si j’avais une horde de fans devant moi. Et…je me suis retrouvée avec l’équivalent de deux margaritas et… j’étais seule. J’ai donc appelé voisin A qui boit tous les deux jours au minimum et qui est toujours partant pour passer un moment en charmante compagnie (ce ne sont pas mes mots mais les siens, il ne le sait pas mais avec voisin B on l’appelle « l’apprenti lover »).

C’était la margarita la pire de ma vie. Imbuvable, et il a fallu la finir pour ne pas gâcher. Bon, c’est pas vraiment vrai, j’ai fini parce qu’à chaque gorgée je me disais « Non mais c’est incroyable, ça ne ressemble en rien à ce que j’ai bu dans ce super resto mexican dans l’East Village… ». J’étais sidérée d’être aussi nulle en cocktails. On ne peut pas être bons partout mais tout de même… C’était limite vexant, j’avais le sentiment de boire de l’alcool à 90°, je n’avais pourtant aucune plaie à cicatriser, si ce n’est celle de mon ego mortifié. Je ne sais pas faire de margarita, ouiiiiiiiiiiin. Puis je me suis souvenue que 1 /Je n’ai jamais su faire aucun cocktail, je me suis toujours arrangée pour qu’un charmant jeune homme s’en charge 2 / être barmaid, c’est un métier, en fait. Je peux donc ajouter « barmaid » à la liste des métiers pour lesquels je n’aurais aucun talent…

Conclusion : voisin A a récupéré (décidément) mes bouteilles, et je vais boire une margarita dans un bar spécialisé dans les cocktails mardi soir. Je vous raconterai (ou pas, on verra).

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Parce que la modération est possible

J’ai publié un petit blabla en anglais sur mon Insta pour parler de ces six derniers mois de sobriété. Certes, j’ai bu un peu d’alcool, je n’ai pas été 100% sobre. Mais comme je l’ai expliqué ici et là-bas, j’ai changé en six mois. Je pense que c’est assez naturel de voir l’alcool comme un poison quand on a énormément de mauvais souvenirs, quand la dernière beuverie est floue et qu’on n’est vraiment pas fière de soi. Je ne pensais pas pouvoir boire modérément, j’avais peur de retomber dans ce truc de boire au moins trois verres et de finir en gueule de bois. Rappelons le titre de ce blog ! Je ne veux plus jamais de gueule de bois ! Alors j’avais peur, je n’avais aucune confiance en moi, j’imaginais qu’il m’était impossible de changer d’état d’esprit par rapport à l’alcool. Comme beaucoup de personnes qui arrêtent l’alcool, je voyais la modération comme impensable et même dangereuse. Et puis, il faut l’avouer, à force de lire que la modération n’était pas une option, j’ai fini par le croire. J’ai succombé à la pensée la plus populaire…

Pourtant, je fume modérément, je sais que la modération, c’est quelque chose que je peux et que je sais faire. Je ne sais même pas pourquoi je doutais de moi comme ça ! Pendant des années, dix-sept ans, si je me souviens bien, j’ai fumé un paquet de Camel par jour, parfois deux (quand j’étais ivre héhé). Je fume en vacances ou quand je vois quelqu’un qui fume et que je n’ai pas vu depuis longtemps. Je dirais que je fume tous les deux ou trois mois environ. Puis j’arrête facilement parce que je n’y pense pas, je ne sais pas comment l’expliquer autrement.

Quand j’ai publié ce blabla sur Insta, une personne sobre est venue me parler en DM, elle m’a dit « Vraiment Pandora, tu crois à la modération ? Tu es sûre de toi ? Parce que moi je ne pourrais pas, impossible ! ». Je sais que ce commentaire se voulait bienveillant mais je n’ai pas pu m’empêcher de penser « Aïe, elle parle d’elle, pas de moi ! ». Le fait que j’écrive que je suis capable d’être sobre déclenche chez elle une réaction de protection parce que POUR ELLE, la modération, ce n’est pas possible (du moins, c’est ce qu’elle croit). Ce questionnement était un reflet de ses propres limitations, pas des miennes. C’est assez classique, faites le test autour de vous, les autres expriment toujours leurs propres peurs quand il s’insurgent.

Nos croyances nous limitent. Si tu crois que l’alcool est un poison, il est probable que jamais tu ne tenteras de boire un seul verre de vin en bonne compagnie… parce que tu es persuadé.e que l’alcool, c’est le diable incarné et que succomber à un seul verre fera de toi un loser. Nos croyances forment notre réalité. Tout est question de perception !  Quand j’ai compris que j’étais en train de m’enfermer dans un raisonnement binaire avec cette idée que seule l’absence totale d’alcool dans ma vie pourrait me correspondre, j’ai vécu cette expérience comme quelque chose de très fort, de spirituel. Depuis quand, moi, Pandora, je ne peux pas faire exactement tout ce que je veux ? Je suis forte, je suis unique, je sais ce que je fais, évidemment que je peux boire un seul verre par plaisir !

Ai-je envie de me transformer en cette personne qui dit « ça c’est bien » ou « ça c’est mal ! » ? Non, chacun est libre de croire en ce qu’il veut ! Mais je ne vais pas me limiter à ce que j’entends dans les cercles sobres. Si toi tu penses que l’alcool est le diable, fais comme tu veux. Mais moi je boirai un verre de temps en temps, quand j’en ai vraiment envie parce que POUR MOI, je crois à la modération. Par rapport à ma personnalité, mon histoire, mon chemin de vie, je sais que c’est ce qui est bon POUR MOI. J’ai acheté de la tequila et du triple sec dans le but de me faire ma propre margarita et les bouteilles sont là, dans la cuisine. Je les ouvrirai quand j’aurais retrouvé mon shaker et quand j’aurais fait de la glace pilée avec mon super robot. Pour le moment, je n’en ressens aucune envie. Je ne règle plus mes problèmes avec l’alcool, voilà pourquoi. Je ne cache plus mes émotions derrière un cocktail, j’affronte ma vie. Je sais bien que ça parait simple dis comme ça et… ça l’est ! 😉

 

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Miss Margarita

Je n’avais pas bu d’alcool fort depuis presque six mois quand j’ai commandé une margarita (pas la pizza, le cocktail huhu) au bar du Public Hotel à New York. J’étais avec ma meilleure amie que je n’avais pas vu depuis sept mois, nous étions heureuses d’aller pour la première fois ensemble tout en haut d’un building pour profiter d’une vue aussi exceptionnelle. Je n’étais pas obligée de commander un cocktail mais j’en avais envie, tout simplement. Ce serait un seul cocktail, pas deux. Pas n’importe quel cocktail, celui que je préfère ! Et puis honnêtement quand on a une telle vue, comment ne pas célébrer ça ?

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On a trinqué et j’ai eu peur d’avoir la tête qui tourne tout de suite. Ce n’est pas ce qui s’est passé parce que j’ai bu lentement. J’ai apprécié chaque goutte de ce doux breuvage, il n’y a qu’aux Etats-Unis que je bois de bonnes margaritas, en France, personne ne sait les faire !! Avant, je buvais vite, je cherchais l’ivresse à tout prix. Ce soir-là, j’ai pris du plaisir à boire. C’était délicieux, j’étais à New York, c’était une occasion en or !

Le lendemain, ma meilleure amie est repartie chez elle, je me suis retrouvée seule et j’ai eu envie de boire une autre margarita, pour voir si seule, j’étais capable d’être aussi raisonnable. Je suis allée dans un resto mexicain et j’ai pris une margarita et des nachos au bar. Une inconnue est venue s’installer à côté de moi et m’a demandé si le cocktail était bon, j’ai répondu oui et elle a commandé la même chose. Nous avons trinqué. Parlé un peu. C’était la meilleure margarita de ma vie, servie par un beau jeune homme qui me faisait penser à Johnny Depp dans 21 jump street, avec cette espèce de mèche qui tombe sur le visage, de beaux cheveux bruns. Parfois, le bonheur c’est ça : prendre un verre seule dans un autre pays, un bon repas, un serveur joli à regarder, un moment suspendu, assez banal finalement mais qui restera gravé. Je n’ai même pas pensé à prendre un deuxième verre. Je suis rentrée à pied, émerveillée d’avoir encore une fois la chance de me promener dans cette ville que j’aime tant, qui fait tant partie de ma vie, pour laquelle j’ai un amour infini. J’ai super bien dormi cette nuit-là !

Depuis que je suis de retour en France, je n’ai pas envie de boire de l’alcool, pourtant en période de fêtes, c’est un sujet récurrent, les Français ne vont faire que ça, boire, tout le mois de décembre… Je l’ai écrit plein de fois ici, je n’ai jamais aimé le goût de l’alcool, je buvais de la bière pour minimiser les dégâts, parce que boire du gin ou de la vodka tous les week-ends, ça coûte cher et c’est pire encore pour le foie. Mais j’ai toujours aimé boire une margarita, c’est peut-être con mais je trouve que c’est un cocktail viril, ce n’est pas ces cocktails sucrés faits pour les femmes, il y a du sel sur le rebord du verre ! Il y a quelque chose de sexy dans une margarita, je ne sais pas trop comment l’expliquer. Le mélange de tequila et de triple sec, c’est vraiment une réussite, ils sont intelligents les Mexicains ! J’aimerais bien, de temps en temps, boire mon cocktail préféré. Alors j’ai acheté de la tequila et du triple sec, du citron vert et un jour, quand j’en aurais envie, je prendrai mon shaker et je tenterai l’aventure ! La dernière étape de l’année, c’est de savoir si je peux boire un verre, un seul, chez moi. Je pense que je vais boire une margarita le 31 parce que je ne vais évidemment pas sortir. Je veux être la fille qui ne boit pas, sauf une bonne margarita trois ou quatre fois par an. Appelez-moi « Miss Margarita » 🙂

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J’ai bu une Despé (tu as bien lu)

Je suis entrée l’été dernier dans le merveilleux monde de la sobriété très enthousiaste, et il y a de quoi ! C’est libérateur de se poser les bonnes questions, pourquoi je bois alors que je n’ai jamais aimé le goût de l’alcool? Je cherche à fuir quoi ? Suis-je dépendante psychologiquement de la bouteille de gin ? Chaque dimanche sans gueule de bois est une victoire, je ne me suis jamais trouvée aussi belle que depuis que je ne bois plus, adieu les cernes, le teint brouillé, les yeux secs. Sans alcool, le dimanche c’est pancakes maison et smoothie et non pas hamburger et frites industriels, j’imagine que ça participe aussi à avoir meilleure mine 🙂 Une nouvelle vie.

Au départ, j’avais vraiment dans l’idée de ne plus jamais boire. Je suis assez radicale comme fille. La demi-mesure, très peu pour moi. Puis, j’ai commencé à être agacée par les blogueuses sobres qui expliquaient qu’il ne fallait plus jamais boire une goutte d’alcool, parce que l’alcool c’est le diable, l’une d’elles disait même que les challenges un mois sans alcool de type 1000 hours dry ou Dry january ne servaient à rien. Je trouvais ce discours vraiment intolérant, comme ces vegans (je suis moi-même vegan, rappelons-le) qui refusent de s’attabler avec des mangeurs de viande… Je comprends qu’on refuse l’alcool à tout jamais mais c’est personnel comme démarche, ce n’est pas parce que toi tu ne bois plus que tout le monde doit t’imiter. Je sais bien que certains alcooliques ne peuvent et ne doivent surtout pas reboire une goutte d’alcool, j’ai déjà parlé de mon copain virtuel anglais qui est en cure, actuellement sous médicaments et suivi par un thérapeute, dans son cas, il est évident que reboire une goutte d’alcool c’est signer pour un retour au n’importe quoi, aux excès, aux gueules de bois hebdomadaires. Mais je savais que moi, Pandora, je pouvais reboire un verre de temps en temps. Je cherchais juste l’occasion de le faire. J’étais curieuse de voir l’effet que produirait l’alcool sur mon organisme, je voulais aussi me rassurer : étais-je bien capable de boire un seul verre ? Ou … était-ce possible que je sois dans le déni ?

J’en ai parlé à mon pote K. qui m’a dit « C’est peut-être mieux si tu bois une bière, non ? ». Moi je voulais boire un cocktail stylé genre Manhattan ou Sex on the beach. Mais il avait raison ce petit con. Il s’avère que le mec que je vois en ce moment a apporté une canette de Despé chez moi, c’était le bon moment. La première gorgée ne m’a rien fait, aucune émotion, aucune sensation, j’étais presque déçue. J’aime bien le goût de la Despé mais rapidement j’ai eu mal au ventre, je ne bois jamais de bulles… Je n’ai jamais bu aussi lentement de ma vie, moi qui buvais deux gin tonic à la demi heure… J’ai mis deux heures à finir cette bière. J’ai eu du mal à la finir, je l’ai fait par automatisme. Et j’ai compris les blogueuses sobres qui me fatiguent. Je savais déjà que je n’avais plus besoin de boire. Ce que je ne savais pas, c’est que je n’avais plus envie de boire non plus. Pourquoi se forcer à boire un verre pour faire comme tout le monde alors qu’on pourrait rester à l’eau minérale ? Je vois bien pourquoi je voulais absolument me prouver que je pouvais boire avec modération mais… je n’ai plus envie d’alcool. Je n’ai pas aimé avoir la tête qui tourne avec la Despé, je n’ai pas aimé avoir mal au ventre, les premières gorgées ça allait mais au bout d’un moment ça m’a dégoûtée. L’alcool et moi, je crois que c’est vraiment fini (mais je n’ai jamais de certitudes).

Contrairement aux blogueuses sobres anglo saxonnes, je pense que c’est très utile de participer à des challenges sans alcool. Parce qu’après un mois sans alcool, tu te rends compte que tu n’as plus besoin de ça dans ta vie. La première gorgée après un mois sobre te fait tourner la tête, rapidement tu constates que ce n’est pas bon pour ton corps, tout simplement. C’est l’effet que m’a fait cette Despé : ça n’apporte rien de positif à mon corps. Il faut croire que je suis moins atteinte psychologiquement que ce que je pensais. Je sais que l’alcool m’a apporté de bons souvenirs mais c’est du passé. Je suis grande, maintenant, je peux et je sais m’amuser autrement. Enchaîner les verres comme je le faisais me paraît absurde aujourd’hui. Je ne suis plus la même personne. La vie sans gueule de bois est une vie paisible. On peut avoir une vie paisible sans se faire chier, c’est ce que je découvre. Mais je n’oublie pas que c’est mon chemin à moi, c’est personnel, et je ne force personne à me suivre. Je partage mon expérience, voilà tout. Un peu de tolérance dans ce monde de putes. Nous en avons cruellement besoin !

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Déjà quatre mois sans alcool !

Quand j’avais la petite vingtaine, je sortais avec un musicien qui était assez taiseux. Je savais qu’il y avait quelque chose qui l’avait traumatisé pendant son enfance et j’imaginais des tas de trucs sordides jusqu’au jour où il m’a dit que son père était alcoolique. Qu’il avait passé des week-ends entiers à « baby-sitter » son père parce que sa mère était infirmière et donc souvent absente. Ce n’est pas quelque chose que j’étais capable d’imaginer. Je ne comprenais pas à quel point son enfance avait été brisée par ce père qui racontait n’importe quoi et vomissait à même le sol…L’ironie c’est que j’ai dû le porter et le mettre au lit un nombre important de fois parce qu’il avait bu de manière plus qu’excessive…Comme son père.

Dans ma famille, l’alcool est un non-sujet, ma mère est du genre à garder le contrôle en toutes circonstances et à en être fière (et à juger ceux qui ne sont pas capables de faire comme elle!), elle boit une coupette à Noël et c’est tout, mon père est le genre à se restreindre parce qu’il sait qu’il aime bien le rhum mais que ce n’est pas une bonne idée d’en boire, une bouteille lui dure des mois…Je suis leur digne fille, si je ne serai jamais aussi raisonnable que ma mère, je sais que je peux arriver à la modération comme mon père. J’ai arrêté de fumer il y a trois ans et il m’arrive de temps à autre de fumer une ou deux cigarettes quand je suis en joie (pas un paquet comme avant, juste une ou deux). Je me considère comme fumeuse abstinente, pas comme non-fumeuse. Je ne serai jamais non-fumeuse, il aurait fallu que je ne commence pas !

Nous ne sommes pas tous égaux face à l’alcool, je le comprends de plus en plus en parlant avec des alcooliques qui sont sous médicaments pour supporter le manque et pouvoir faire face aux idées noires. J’ai la chance de ne pas être en manque, mais surtout j’ai la chance de ne pas avoir des moments de déprime, de découragement ou de penser à l’alcool en permanence. Je parle toutes les semaines à un anglais qui est obsédé par l’alcool du matin au soir depuis deux mois. Il va bientôt partir en cure trois semaines pour être encadré par des psys et autres thérapeutes. Sa propre mère était alcoolique. Quand il me demande comment moi je vais, j’ai l’impression de ne pas livrer la même bataille. Je ne livre aucune bataille tout court. Je ne suis pas en conflit avec moi-même face à l’alcool, juste … je ne bois plus, en fait. Je n’y pense pas parce que c’est devenu ma réalité. Il me fallait juste prendre cette décision je crois. Je ne me sens pas non plus illégitime face à lui, moi aussi je buvais trop ! Mais il n’y a pas un seul alcoolisme, il y en a plein, c’est ça que je veux dire. J’étais dépendante psychologiquement, pas physiquement (ce qui n’est pas mieux). Une fois que j’ai compris pourquoi je buvais, arrêter m’a semblé facile. Je ne m’étais jamais penchée sur les raisons qui me poussaient à boire…

J’ai aussi la chance de ne pas avoir commencé à trop boire pour éviter de régler un traumatisme. Je n’ai pas eu une enfance difficile, à l’âge adulte, on ne peut pas dire non plus que ma vie a été difficile, certes j’ai été importunée sur mon lieu de travail à deux reprises mais j’ai pris la bonne décision : j’ai à chaque fois quitté mon poste et surtout j’ai parlé à mon entourage et même à des professionnels. Comme beaucoup, je buvais après une semaine difficile, pour me défouler (j’adorais boire seule le vendredi soir et faire un karaoke… avec moi-même). Je buvais pas mal par ennui, par habitude, le fameux effet « c’est le week-end, je me bourre la gueule » ! Je buvais quand j’étais triste, je buvais quand j’avais une promotion, toute excuse était bonne pour être ivre parce que oui l’ivresse est séduisante. La gueule de bois pas du tout, nous sommes bien d’accord. Et puis, au risque de me répéter, j’aimais faire l’amour ivre, c’est ivre que j’ai osé explorer ma sexualité, je suis toujours étonnée de constater à quel point c’est tabou d’en parler par ailleurs… Je ne parle pas des baises tu t’endors tellement tu n’es plus capable de tenir debout mais des autres, celles qui sont passionnées, puissantes et … orgasmiques ! Mes premiers orgasmes ont été vécus sous l’emprise de l’alcool pour une raison très simple : l’alcool désinhibe. Pendant des années j’ai pensé que sans alcool je serais incapable d’avoir une sexualité épanouie ou en tout cas aussi intéressante. Il m’arrivait de faire l’amour sobre bien sûr mais j’avais l’idée tenace que sous alcool la fête est plus folle (Pandora… out !). Quelle erreur… Heureusement on peut aussi avoir une sexualité de qualité sans alcool, imaginez un monde seuls les alcooliques jouissent ! (Humour). La sexualité sobre est une affirmation de soi, c’est se mettre à nu.e dans tous les sens du terme, c’est pour moi une révélation : je n’ai pas non plus besoin d’alcool pour vivre ma sexualité, encore une idée de merde, un « programme » que je m’étais foutu dans la tête. Il y a des moments de honte terribles quand on ne sait pas boire, c’est vrai. Mais il y a aussi des moments fabuleux, des souvenirs liés à l’alcool qui sont des souvenirs heureux. C’est comme tout, ce n’est jamais ni noir ou blanc.

Je ne pense pas aux années où je buvais trop le week-end (plus rarement en semaine) en dehors des fois où j’écris pour le blog. Je ne suis donc pas nostalgique mais spectatrice : ces années font partie de ma vie mais c’est à peu près tout. Elles ne définissent pas la personne que je suis (qui par ailleurs est en perpétuelle évolution). Pour me défouler, je fais du sport, je n’ai pas besoin de boire. Pour me détendre, je mets de la musique et je ferme les yeux allongée sur mon canapé ou je médite. Quand je suis triste, j’accepte cette tristesse et j’attends qu’elle passe (et elle passe toujours parce que j’ai appris à être pleine de gratitude). Je ne fais plus l’amour ivre, je fais l’amour en pleine conscience. L’arrêt de l’alcool a des répercussions sur tous les domaines de ma vie, je n’aurais jamais pensé que ce changement serait aussi drastique. Aujourd’hui je fête mes quatre mois sans alcool. Déjà 120 jours, un tiers de l’année. Je n’ai jamais eu besoin de l’alcool dans ma vie. Je traîne quelques casseroles dont je n’ai plus honte aujourd’hui, je me suis pardonnée mes excès. Je les accepte. Je reste quelqu’un d’excessif, je ne pourrais pas changer ma personnalité. J’accepte d’avoir beaucoup d’énergie et plein d’émotions et d’idées mais je n’essaie plus de me canaliser avec l’alcool, je suis comme je suis, point. Je n’aimais pas boire, j’aimais être une personne sûre d’elle. Je ne le savais pas mais je suis sûre de moi sans alcool aussi ! Ne plus boire m’aura appris à être moi-même. Et je continue d’apprendre, jour après jour…

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