The Virtues : la brillante série anglaise dont le héros est malade alcoolique

« Joseph, alcoolique et dépressif, décide de renouer avec sa sœur qu’il n’a pas revue depuis trente ans. S’inspirant de sa propre histoire, Shane Meadows (« This is England ») explore avec gravité les thèmes de la vengeance et du pardon. Une formidable odyssée intime doublement primée à Série Mania – Grand Prix et Prix d’interprétation masculine (Stephen Graham) »

Il est des séries qu’on aime tellement qu’il nous est presque impossible d’en parler, c’est ce qui s’est passé avec The Virtues dont j’ai évoqué la découverte à mon frère, je lui ai juste dit « Je t’en prie, regarde-là et reviens vers moi après pour qu’on en parle ». Mon frère ne suit absolument jamais mes conseils, pourtant un jour il m’a appelé et il m’a dit « J’ai adoré cette série, les anglais sont vraiment forts pour nous faire rire et nous mettre la larme à l’œil en même temps, et la musique… ! ».

Je pourrais m’arrêter là mais je vais essayer de vous convaincre aussi parce que c’est tout de même le but de ce petit billet. Ce que j’ai aimé dans cette série au-delà de l’écriture, des acteurs qui sont tous exceptionnels et qui nous ressemblent (contrairement aux séries américaines où ils sont tous beaux comme des mannequins), de la bande-son dont parlait mon frère (PJ Harvey, Lisa Hannigan, Laura Gibson..), c’est son personnage principal, Joseph qui est malade, perdu, et à qui on a envie d’ouvrir nos bras. Il y a très peu de représentations de malades alcooliques réalistes dans les productions cinématographiques, c’est souvent un jeune qui fait trop la teuf ou un vieux type violent qui hurle… Joseph est, comme beaucoup de malades, hanté par un trauma dont il n’a pas encore conscience, il sait que quelque chose ne « tourne pas rond », il a mal à sa vie sans savoir ce qu’il faut faire pour se remettre sur le droit chemin, et c’est sa quête de vérité dont nous sommes les spectateurs. On ne boit jamais sans raison, derrière la terrible maladie qu’est l’alcoolisme, il y a l’anxiété, la dépression, les secrets de famille, l’isolement, le désespoir…

Durant les quatre épisodes de cette mini-série, nous suivons Joseph vers ce qui va le libérer, c’est à la fois beau, brut, intime, intense, émouvant, et la fin est exceptionnelle, ce qui ne gâche rien. Je ne veux pas trop en dire parce qu’il vaut mieux découvrir la série que d’en lire un résumé qui en dévoilerait trop. Il découle plein de pistes de réflexion sur des sujets tels que la famille, l’enfance, les addictions, la quête de l’identité, la vengeance et le pardon. Si vous pensez que ce sont des sujets trop lourds, sachez que je suis très sensible et je suis obligée de me préserver (genre je ne pourrais jamais regarder Irréversible de Gaspard Noé à cause de la scène de viol dans un parking), ici c’est filmé sans voyeurisme et surtout je tiens à le dire : ça se termine bien, il y a un propos. On n’est pas sur une série qui va vous donner envie d’ouvrir la bouteille de vodka, au contraire ! On est sur une série qui vous redonnera foi en l’humanité. Et qui vous rappellera si vous l’aviez oublié que l’amour est un peu la réponse à toutes les questions. Et que l’Irlande, c’est vachement beau.

C’est en ligne du 14 mai au 11 août 2021 sur Arte, cliquez sur le lien:)

P.S : je ne vous mets pas le lien du trailer parce qu’il montre trop de l’intrigue !

Le retour des terrasses

Dans une semaine jour pour jour, on nous promet un semblant de retour à ce qu’on appelle désormais « la vie d’avant ». Les restaurants vont rouvrir et avec eux les terrasses. Je me sens un peu seule quand je dis autour de moi que le 19 mai c’est au musée que je vais m’empresser de retourner. Pour la plupart de ceux à qui je pose la question, ce sont les restaurants qui manquent, et boire des verres en terrasse (on m’a aussi dit « me bourrer la gueule !!! »). Depuis le premier confinement l’année dernière, la consommation d’alcool a augmenté de 11% et ce serait encore pire pour le tabac. J’avais pour habitude de boire toute seule à la maison, pourtant je n’ai pas pensé à boire, sans doute parce que j’ai compris pourquoi je buvais. Cela dit, j’ai eu un peu plus de difficultés à gérer mon rapport à la nourriture et au début j’ai détesté faire du sport chez moi, le tapis de course à la salle me manquait tellement ! Aujourd’hui je trouverais idiot de dépenser autant d’argent pour un abonnement en salle de sport, et en même temps, c’est aussi un lieu qui permet de faire des rencontres, à méditer !

Même si ma préférence va aux musées, je dois dire que j’ai moi aussi envie de boire un bon mocktail (cocktail sans alcool) avec le retour des beaux jours, comme beaucoup d’entre nous, j’ai passé une année 2020 épouvantable, je ressens un grand besoin de communiquer et de voir de nouvelles têtes ! A Paris, on a la chance de pouvoir bénéficier d’une offre sans alcool un peu plus étendue qu’en province où le virgin mojito se révèle souvent comme seule option. Mais je n’ai pas envie d’être accompagnée d’amis buveurs parce que je n’ai pas envie de tenter le diable non plus. Il y a un dicton que j’aime beaucoup dans les cercles « sobres », c’est « Tu veux savoir qui sont tes amis ? Deviens sobre ! ». En effet, on se retrouve souvent confronté.e.s à un mur, on se sent seul.e.s, au début. Aujourd’hui, grâce à Sober Grid, l’application qui permet aux personnes sobres de créer du lien, je me sens moins seule, mais à Paris je ne connais personne avec qui boire un verre sans alcool. Sober Grid c’est super mais la plupart des personnes avec qui je communique vivent aux Etats-Unis… D’où l’intérêt de ce post : si toi aussi tu as envie de boire un verre avec quelqu’un qui ne boit plus, contacte-moi sur Insta @adieugueuledebois ou écris un commentaire, j’ai pour projet de réunir des personnes sobres à Paris, parce que l’union fait la force !

Pandora 🎈

L’une des plus belles terrasses de Paris : l’Apicius dans le 8ème

« Alcool, l’intoxication globale »

Pendant le confinement, j’ai beaucoup pensé aux alcooliques et plus généralement aux personnes dépendantes. Sur Instagram, j’ai constaté que plusieurs des personnes que je suivais avaient cédé à une bière puis deux puis trois, des mois de sobriété effacées, le compteur remis à zéro, à cause d’un foutu virus mondial. De mon côté, j’ai bu deux bières début avril, je suis allée les acheter et je les ai bu des jours plus tard, pas les deux en même temps. Avant, si j’achetais de l’alcool, c’était pour le boire juste après et jusqu’à ce qu’il n’y en ai plus. Je suis fière d’avoir changé mon état d’esprit mais surtout d’avoir un rapport sain à l’alcool. Je ne suis plus du tout intéressée par me bourrer la gueule, je ne comprends même pas ce qui m’attirait là-dedans. J’ai parlé avec une copine (^^) qui elle aussi s’est autorisée une bière pendant le confinement et nous en sommes arrivées à la même conclusion : en fait, boire, même une bière, ça n’a pas grand intérêt. De temps en temps je tente une bière presque comme si j’espérais aimer ça comme avant mais tout me prouve que je peux rester sobre tout le temps. Je m’intéresse à nouveau aux bières sans alcool, d’autant qu’il y en a pas mal de nouvelles, un bon moyen de refaire vivre ce blog par ailleurs !

Hier soir, j’ai regardé une grande enquête intitulée « Alcool : l’intoxication globale »sur Arte (en replay jusqu’au 9 août 2020). Je me suis souvenue que je buvais le vendredi soir comme une récompense au stress de la semaine, c’est vrai que très peu de gens boivent par plaisir. C’est souvent pour se calmer, et c’est effectivement ce que je faisais, je déposais mon manteau dans l’entrée, je me dirigeais vers la cuisine pour prendre de l’alcool (plutôt du gin ou de la vodka dans mon cas), j’enlevais mes chaussures et je m’allongeais dans le canapé, enfin chez moi, loin des problèmes de travail. A chaque fois que mon téléphone professionnel recevait une notification, je buvais un verre de plus, pour oublier (je recevais des mails jusqu’à 4h du matin parce que je travaillais pour une entreprise américaine). L’alcool est une drogue, une drogue légale. Le reportage montre comment les gouvernements et le marketing nous poussent à penser que « boire, c’est cool » pour nous faire consommer toujours plus d’alcool. On y voit des personnes dire face caméra que « Les gens créatifs ne boivent pas de l’eau », que «Le vin, c’est la joie de vivre, c’est aimer faire l’amour », on apprend qu’en Afrique, la bière brune est censée augmenter les performances sexuelles, d’où le succès de la Guinness là-bas.

Le pire dans ce reportage, c’est de loin la politique commerciale de Heineken en Afrique Ils embauchent des « ambassadrices » pour inciter les hommes à boire dans les bars, mais pas seulement. Si le client veut coucher avec elles, pas de problème. Jusqu’où iront les marques pour vendre leur alcool ?  Ces jeunes femmes sont incitées à se prostituer et même formées (!!), souvent victimes de violences sexuelles, et personne ne semble s’en émouvoir puisque c’est en Afrique. Pour en apprendre davantage, lire l’article « Quand Heineken ne tient pas ses promesses de vertu en Afrique ». Plus jamais je ne donnerai un centime à Heineken, et je n’hésiterai pas à relayer ces informations à l’oral auprès de tout ceux que je connais. Ce sera peut-être une goutte d’eau mais ce sera toujours mieux que rien !

IMG-1321

J’ai appris que la consommation excessive d’alcool pouvait causer des œdèmes osseux, c’est fou, même les os ! Il y a le témoignage d’une alcoolique en rémission qui explique la perversité de l’alcool « festif » et un ancien gérant de bar qui pense à tous ceux qu’il a incité à boire parce que c’était son travail. Un journaliste à la retraite explique à juste titre que la dépression et la consommation d’alcool sont liés, arrêter de boire ne rend pas forcément la vie plus belle, il faut traiter la dépression ensuite, c’est un long chemin… Aujourd’hui les experts sont incapables d’expliquer pourquoi certaines personnes peuvent boire deux verres et s’arrêter et d’autres boire jusqu’à frôler le coma éthylique. Contrairement aux idées reçues, cela n’aurait rien à voir avec la personnalité de chacun mais à nos neurones…

Chaque année 3 millions de personnes dans le monde meurent des suites de la consommation d’alcool, c’est une personne toutes les dix secondes. Cela représente plus que le nombre de morts causés par la criminalité, les accidents de la route et la consommation de drogue illégale réunis. La prochaine fois qu’on me dit « Allez… juste un gin tonic, ça vaaaa », j’attendrais un peu pour répondre et je dirai « Pendant mon silence une personne est morte à cause d’un seul verre donc non merci ».

 

From dawn to dusk

Ce matin, je me suis levée à 7h, surexcitée, impossible de me rendormir. Alors, je me suis levée et je me suis dit que ce serait peut-être l’occasion de me faire un vrai chocolat chaud avec du pain et du beurre (végétal of course). Petit-déjeuner très français. Mais je n’avais pas de chocolat ni de lait de noisette (le meilleur pour faire un chocolat chaud intense). Le supermarché à côté de chez moi ouvre à 8h30, je me suis surprise à attendre l’ouverture comme un enfant le matin de Noël et… je n’étais pas seule. Autour de moi, uniquement des hommes. Ils n’avaient pas tous le même âge, le premier devait avoir la cinquantaine mais rien n’est moins sûr, l’alcoolisme, ça abîme tellement que si ça se trouve il n’avait que quarante ans, peut-être moins. Ils étaient quatre à attendre comme moi, l’un regardait le sol en faisant les cent pas, l’autre essayait de communiquer avec le troisième et le quatrième tremblait littéralement. Ils étaient tous en manque et moi j’étais là, un grand sourire sur les lèvres avec mon manteau en fausse fourrure et mes petites bottines chic, la scène avait quelque chose de cocasse.

Une fois à l’intérieur, j’ai pris les produits que je cherchais et arrivée à la caisse, j’ai complimenté la caissière qui avait un rouge à lèvres rouge vermillon qui convenait parfaitement à son teint de porcelaine (il faut toujours se complimenter entre femmes, on en a besoin!), elle s’est mise à rougir alors pour casser l’ambiance je lui ai dit à voix basse, en parlant de l’un des hommes qui passait à une caisse plus loin avec deux cannettes de 8.6 « Ils viennent tous les matins ?… ». Elle m’a expliqué que les mêmes hommes venaient tous les matins, elle a ajouté « parfois il y a des femmes aussi ». Elle disait que c’étaient toujours les mêmes, les habitués, ceux qui faisaient tourner le supermarché. J’ai demandé si elle n’exagérait pas un peu, tout de même. Elle a conclu par « Si nous ne vendions pas d’alcool, nous ferions faillite ! ». Elle était très sérieuse !

De retour à la maison, alors que les carrés de chocolat noir fondaient au fond de la casserole, je me suis demandée comment on pouvait en arriver à boire dès le matin. J’ai ajouté le lait de noisette et une pincée de cannelle parce que la cannelle c’est la vie et je me suis félicité de n’avoir jamais bu à ce point, puis en versant mon chocolat chaud dans une tasse à mon prénom, je me suis demandé ce qu’on pouvait faire pour ces gens. Puis j’ai pensé « On ne peut pas sauver tout le monde, seulement soi-même ! ». J’ai trempé ma tartine de pain grillé dans ma tasse de chocolat et j’ai dit à voix haute « Le chocolat, c’est quand même une drogue moins dangereuse ! » (facile à dire quand on n’a pas de problème d’obésité, tu me diras…).

IMG-7294

Putain de hippie

Ce matin, j’ai opté pour une smiling meditation. Le simple fait de l’écrire me fait rire parce que j’imagine mon moi d’il y a cinq ans en train de hurler « Haha mais n’importe quoi ! Méditer déjà c’est complètement fucked up mais méditer avec le sourire putain mais ces enfoirés de hippies ne savent plus quoi inventer ! ». Je ne suis pas devenue hippie mais je prends tout ce qui me permet de mettre de la paix et de la joie dans mon quotidien. C’est vrai que je suis un cliché, j’en ai conscience, je ne bois plus, je ne fume plus, je ne crois plus à la monogamie, je médite, je fais du fitness/yoga/pilates. Hippie des temps modernes. Il ne manquerait plus que je me mette au tantrisme et on est bon haha (mais ça n’arrivera pas). Je vous rassure, il y a encore des jours où je suis en colère et même des jours où j’ai envie de foutre des pains dans la gueule. Être en paix avec soi, ça ne veut pas dire ne plus rien ressentir de négatif, ça veut surtout dire « mieux gérer le négatif ». L’accepter puis le foutre à la porte. Ciao !

Ce mois-ci, quatre personnes du passé ont tenté un coming back dans ma vie. Vous avez remarqué que c’est toujours à la même saison (l’automne) que les fuckboys d’antan se rappellent à ton bon souvenir ? J’ai ignoré les trois specimen masculins en pensant « Nice try » mais j’ai répondu à la quatrième personne, une amie du lycée. Nous nous sommes parlées pendant cinq heures. Comme quand on est ado et qu’on passe sa vie au téléphone. Je ne sais pas comment j’ai fait pour vivre sans elle toutes ces années. Nos vies n’ont pas du tout pris le même chemin, elle vit à la campagne dans le Sud (ma définition de l’enfer), elle a deux enfants (idem), elle vit dans une grande maison qu’elle a retapée et qui n’est pas terminée (donnez-moi une corde). Pourtant, on se comprend. On se respecte. On s’écoute. On cherche la même chose, la bienveillance envers soi et les autres, se cultiver inlassablement, apprendre, sortir de notre zone de confort. Elle s’est mise à la boxe et j’ai trouvé ça badass !

Elle m’a envoyé des photos de nous quand on avait 19 ou 20 ans et sur quasiment toutes les photos on est hilares. Tout était prétexte à la rigolade ces années-là. On faisait un crumble aux pommes, on se trompait dans les mesures, c’était immangeable, fou rire. On n’avait plus rien à fumer alors on récupérait le tabac des cigarettes écrasées dans le cendrier pour en faire une roulée et c’était dégueulasse, fou rire. On utilisait l’argent que nos parents nous donnaient pour le déjeuner pour acheter un paquet de clopes si bien qu’on se retrouvait à manger une demi baguette et c’est tout, fou rire. Même les peines de cœur étaient prétextes à des fous rires, tout était léger, on expérimentait, on essayait d’être adultes (le sommes-nous aujourd’hui ? Pas sûr…). En grandissant on a arrêté de rire, on a perdu cette insouciance. 28% des personnes âgées de 18 à 24 ans déclarent rire plus de 10 fois par jour. Les plus de 65 ans c’est moins d’une fois par jour ! Plus on vieillit, moins on rit, c’est l’affreuse réalité. Alors on a décidé que j’allais descendre dans le Sud, on va faire une soirée pyjama en écoutant Deftones et en mangeant des poires au chocolat. Comme avant. En attendant, je n’ai pas honte de vous annoncer que je pratique la méditation du sourire intérieur. (Fuck, je suis une putain de hippie).

meditationmeme

Une autre époque

En novembre 2015, juste après les attentats du Bataclan, j’ai eu besoin de fuir la capitale… Cette fameuse nuit, je l’ai passée à prier pour A. et S. qui étaient au concert des Eagles of Death Metal. Heure après heure on a suivi leur progression pour échapper aux terroristes, attendus leurs SMS un verre de whisky à la main pour supporter notre impuissance, d’abord les toilettes puis cachés chez un habitant puis sains et saufs sur le toit. Le soulagement immense de les savoir vivants tous les deux. La joie mêlée aux larmes. D’autres couples n’ont pas eu cette chance…Si j’ai quitté Paris, c’est aussi parce que j’ai été (moi aussi) traumatisée par la vague d’attentats qui a sévi pas seulement dans ma ville, mais au cœur de mon quartier.

J’ai fui Paris, donc. Pour aller dans ma deuxième ville préférée au monde, j’ai nommée New York. C’était très étrange, il faisait 15 degrés en moyenne, j’étais en robe et manteau léger, il y avait du soleil, ça contrastait avec Paris, comme si j’étais vraiment ailleurs, sur une autre planète…

Un soir, après avoir marché encore quinze kilomètres dans la journée, j’ai décidé d’aller au Campbell Apartment, un speakeasy caché dans la gare de Grand Central. Il y avait un dress code alors j’ai enfilé une jolie robe chic et j’ai mis des talons (avec lesquels j’ai marché pendant trois ou quatre blocks au retour, ivre et sous la pluie, grrrrrr).

Le Campbell Apartment c’était cet établissement confidentiel dont tout le monde avait entendu parlé mais peu avaient eu la chance d’y mettre les pieds, c’est vrai qu’il n’était pas facile à trouver ! J’avais suivi les indications d’un New Yorkais pour être certaine de ne pas passer à côté. Je n’aime pas aller dans des bars seule mais là, c’était différent. L’atmosphère s’y prêtait. Les lumières étaient tamisées, le décor intimiste et chaleureux avec ses tabourets rouges et ses larges banquettes sombres ; à peine entrée, je savais que je n’aurais pas envie de repartir avant des heures… Je me suis installée au bar toute seule, un grand sourire sur les lèvres, ça ressemblait à ça.

Processed with MOLDIV

Inutile de m’attarder sur le fait que j’ai bu deux cocktails et que c’était beaucoup trop pour mon petit corps. Cocktails délicieux (bon en même temps ils coûtaient le PIB de la Somalie donc heureusement j’ai envie de dire). A l’époque j’avais Facebook et en rentrant à l’hôtel je m’étais fait plein de nouveaux « amis », j’avais refait le monde avec une fille canon dont j’ai oublié le nom, refusé les avances d’un certain John, après deux heures à lui parler j’ai fini par révéler, hilare, que j’avais un copain ! Tout ça, on s’en fout un peu.

Ce bar était une merveille, le Monsieur qui avait préparé mes cocktails était un véritable personnage de roman, c’était agréable d’être entourée par des hommes en costume et jolis souliers, ça change des baskets que tout le monde porte partout, en permanence. Ce soir-là j’avais goûté à des cocktails d’une autre époque (c’était leur slogan) dans un lieu unique, hors du temps.

Quelques mois plus tard, le bar avait fermé dans l’incompréhension générale, une histoire de bail qui arrive à sa fin, puis une bataille juridique entre l’ancien propriétaire et le nouveau, un millionnaire qui possède déjà des bars dans New York qui se ressemblent tous par ailleurs…

Le bar a rouvert en 2017 sous le nom de The Campbell, aujourd’hui, plus de lumières tamisées, plus de dress code, « Nous ne voulons plus que cette adresse soit secrète, nous voulons que ce soit un lieu plus inclusif ». Bon, en gros il veulent faire plus de tunes quoi, on a compris, c’est ce que le mot « inclusif » veut dire de nos jours, ne pas y voir de la tolérance là où il n’y a que des gros sous en jeu. Aujourd’hui, il y a plein de touristes en short et casquette au Campbell, avant il y avait surtout des New Yorkais élégants. C’est comme ça, les temps changent, les millionnaires rachètent des villes entières et y construisent des lieux qui se ressemblent tous, comment David peut-il lutter contre Goliath ? Heureusement, il reste les souvenirs qui valent mieux qu’un « c’était mieux avant ».

Puisqu’il faut terminer sur une note positive, le nouveau Campbell propose une bière sans alcool à la carte. Mais… c’est la Heineken. Plus rien de luxueux dans ce nouvel établissement… Ils auraient pu faire un effort, merde ! Bon, l’endroit reste beau même si je préférais la version plus cosy…

thecampbell

The Campbell 15 Vanderbilt Avenue New York (maintenant le bar est tellement bien indiqué de la rue que vous ne pourrez le rater, snif)

Le témoignage de Rébecca, sober curious

Troisième témoignage sur le blog. Rébecca se livre sans fards sur son rapport à l’alcool, elle est parisienne, elle a crée sa propre boîte qui s’appelle Pony il y a six mois, elle a aussi deux fils et comme moi elle aime les boucles d’oreilles qui brillent… IMG-1234

Dans quelles circonstances as-tu arrêté de boire pendant quatre mois ?

Je buvais depuis mes quatorze ans avec excès, il m’arrivait aussi de boire du vin tous les jours… Lors d’un séjour aux États-Unis, j’ai bu deux margaritas et j’ai fait un blackout. Je n’ai pas compris parce que je ne bois jamais à jeûn… J’ai cru qu’on avait mis quelque chose dans mon verre, j’ai été très malade pendant deux jours au point où je me suis dit que je ne pourrais jamais rentrer en France. Lorsque je suis rentrée, j’ai consulté mon médecin de famille qui était adepte de tout ce qui est toxicité et cure et qui m’a expliqué que mon corps était arrivé à saturation, j’avais atteint un quota. On a tenté une méthode sous hypnose et on a décidé que je me passerais d’alcool pendant trois mois, c’était l’objectif. C’était il y a trois ans. Je suis allée au-delà, j’ai tenu plus de quatre mois. Lorsque j’ai arrêté, je me suis rendue compte que j’avais tous les symptômes du sevrage, tremblements, déprime, insomnie, sueurs froides la nuit, j’étais au plus mal… ça m’a fait réalisé que j’étais addict et que mon corps m’avait sauvé en m’envoyant ce signal d’alarme. Au bout des trois mois, on a fait un point avec le médecin qui m’a félicitée, j’avais très peur de boire de nouveau parce que j’avais peur d’en mourir… J’ai rebu un verre de temps en temps tout doucement. J’avais envie de trouver un équilibre et grâce à ce choc, à cette cure, je l’ai trouvé. Depuis, je m’astreins à au moins un mois de jeûne par an, voire deux pour me prouver que je ne suis pas dépendante. J’ai à peu près trois gueules de bois par an et je peux passer dix jours sans boire sans problème.

Qu’est-ce-qui t’empêche d’arrêter complètement l’alcool ?

J’ai pris énormément de recul par rapport aux raisons qui m’amenaient à boire, un coup dur, le stress, la solitude, un mal-être en soirée, l’envie d’être plus exhib que d’habitude. Toutes ces raisons se sont envolées lors de ma cure. Le fait de les comprendre m’a permis de les accepter et de faire la paix avec tout ça, je ne m’en suis pas voulue d’en être arrivée là, il y avait beaucoup de raisons qui faisaient que j’étais devenue un peu alcolo festive. Quand j’ai recommencé à boire je voulais le faire pour de bonnes raisons. Je bois du vin pour l’ivresse mais pas pour être bourrée ; pour le petit plaisir, le même plaisir qu’on peut ressentir lors d’un très bon repas. C’est un plaisir orgasmique, pas compulsif chez moi. Ma façon de consommer est positive, boire est une célébration, ça a complètement changé. J’aime énormément le goût du vin. En revanche, je ne bois plus (ou presque) d’alcools forts qui vont me rendre malade … De temps en temps je bois des Spritz parce que j’adore le goût de l’orange amère mais globalement je dirais que ma façon de boire est devenue sensée, saine et raisonnable. Je n’ai pas l’intention d’arrêter de boire, c’est en pleine conscience que je continue à boire … raisonnablement. C’est en pleine conscience que trois fois par an je prends une cuite et ce n’est pas pour compenser quelque chose ou parce que je me sens triste. C’est parce que je me sens vivante et que j’ai besoin d’être excessive parfois, ça fait partie de ma personnalité. Ma thérapeute est d’accord pour dire qu’être la personne que je suis c’est aussi avoir des excès, mais dès lors que c’est en pleine conscience, c’est beaucoup plus sain. Je n’ai pas peur de retomber dans mes vieux travers.

Quelle est la période où tu arrêtes l’alcool pendant un mois ? Dry January ? Sober september ?

Oui, sans surprise, j’ai tendance à arrêter au mois de janvier. J’ai tenté le mois de septembre sans alcool cette année mais j’ai tenu les dix premiers jours seulement parce que j’ai eu des succès par rapport à la création de ma boîte et j’avais très envie de les fêter ! J’ai pris deux cuites en septembre donc techniquement il me reste une seule cuite avant la fin de l’année ! J’ai hâte de faire le dry january, c’est pratique, plein de gens le font, tu fais des dîners avec des gens qui le font, tu n’as pas besoin de te justifier. Même si maintenant mes potes savent qu’il y a des moments où je ne bois pas d’alcool et je n’ai pas à me justifier auprès d’eux.

Que bois-tu lorsque tu fais le dry january ?

Je n’ai jamais essayé de substituer le vin, je n’ai pas envie d’avoir l’effet placebo. Je suis plutôt Perrier rondelle et dans les jours de fête Perrier sirop de pêche mais je ne suis pas trop sucré ou sinon bière sans alcool mais très rarement. Je n’aime pas l’idée de boire un truc qui ressemble à l’alcool. Perrier rondelle c’est ce que je préfère. Et au resto de l’eau plate.

Pour finir, quels ont été tes meilleurs moments sous alcool et les pires ?

Mon meilleur souvenir avec l’alcool ?… Il y en a plein. Mais je pense à une fois en Sardaigne avec des amis, on rentrait du resto où on avait passé une super soirée et beaucoup ri et sur le chemin du retour dans la voiture on parcourait des endroits qui puaient, ça sentait la chèvre puis la pisse puis la merde, les égouts, les fruits de mer… Résultat je me suis tapé un gros délire, j’ai inventé un concept d’application mobile qui répertorie les odeurs nauséabondes avec des codes. Tout ça a été enregistré en audio et on l’a réécouté cet été et c’est toujours aussi culte ! Souvent quand on est ivre on se croit drôle mais on ne l’est pas alors que là trois ans plus tard c’est toujours aussi drôle ! J’ai beaucoup plus de bons souvenirs que de mauvais malgré mon parcours. Mais le pire c’est celui qui a déclenché la cure, j’ai vraiment cru mourir…

Le témoignage de Jean-Loup, sobre depuis 378 jours

Aujourd’hui je reviens avec un nouveau témoignage sur le blog. Jean-Loup est la première personne à s’être inscrite à mon Insta (quoi ? Tu ne m’as pas ajouté ? @adieugueuledebois), nous avons échangé par mails et il m’a beaucoup aidé à me sentir moins seule il y a trois mois, ses encouragements m’ont été précieux, merci à toi ! C’était légitime de parler de lui ici. Jean-Loup vit à Perpignan, il a deux chats, il a aussi un blog et c’est un passionné.

Et à gauche c'est Tolkien ;)
Et à gauche c’est Tolkien !

Quand t’es-tu rendu compte que tu avais un problème avec l’alcool ? As-tu réussi à arrêter dès la première tentative ?

Ça faisait longtemps que je me disais que j’avais un problème mais je l’ai accepté il y a un an quand j’ai décidé d’arrêter l’alcool pour de bon. Avant ça, j’avais déjà fait des pauses de quelques semaines sans rien boire du tout et je reprenais en espérant ne pas retomber dans les mêmes travers, dans le fameux cycle d’autodestruction… Même quand j’arrivais à arrêter un temps, je refaisais les mêmes erreurs à picoler n’importe comment. J’ai décidé d’arrêter pour de bon il y a un an, ça a été la bonne et depuis je n’ai pas repris.

Tu parles de « fameux cycle d’autodestruction », tu peux nous en parler ?

Ces dernières années quand il m’arrivait de boire trop, j’arrivais à faire une pause de plusieurs semaines puis je recommençais à boire en pensant gérer jusqu’au moment où je retombais à nouveau dans l’excès et ainsi de suite… Je buvais des bières jusqu’à être détendu, sans penser à mes problèmes, puis je continuais pour me sentir encore mieux sauf que c’est l’effet inverse qui se produisait…Je parle d’autodestruction parce que j’ai fini par comprendre que l’excès d’alcool était devenu le seul moyen de soulager mon mal-être.

Comment tu gères tes émotions depuis que tu es sobre ?

Quand ça ne va pas, je n’hésite pas à en parler à mes proches, j’essaie de me changer les idées. Dès que je sens qu’il se passe des choses difficiles, je fais appel à des pros, par exemple je vais voir une psy et j’ai commencé des séances avec une énergéticienne aussi. Ce sont deux choses qui me font du bien parce que c’est important de pouvoir parler à des personnes extérieures mais aussi des professionnels qui sont là pour t’aider à avancer. Ce qui a été décisif depuis que j’ai arrêté de boire c’est d’accepter la souffrance même quand elle paraît dérisoire. En fait toute souffrance n’est jamais dérisoire ! Depuis un an, quand j’ai un problème ou que je suis en souffrance et que je n’y arrive plus, j’active mon réseau de soutien dont je parlais plus haut, les amis, la famille et les pros pour avancer. Ce qui m’aide énormément aussi c’est la musique.

Comment as-tu gérer ta vie sociale quand tu as arrêté l’alcool ? Quand tu vas dans un bar, tu commandes quoi maintenant ?

Arrêter de boire n’a pas tellement eu d’impact sur ma vie sociale, je continue de temps en temps de sortir dans des bars parce que j’aime ce genre d’ambiance et c’est aussi l’occasion de croiser des gens et des potes que je ne vois pas forcément souvent. J’ai gardé des contacts avec des gens que j’ai connu pendant mes années de débauche, certains sont devenus de très bons amis A partir du moment où j’ai expliqué à mon entourage proche pourquoi j’arrêtais de boire, tout le monde a respecté. Quand je sors c’est Coca, Perrier, bière sans alcool ou Cacolac s’il y en a.

On partage un amour sans faille pour Trent Reznor, je sais que sa sobriété t’a inspirée, peux-tu nous en parler et es-tu inspiré par d’autres artistes ?

Le parcours de Trent Reznor m’a énormément inspiré et aidé quand j’ai décidé d’arrêter de boire. C’est marrant parce que j’ai découvert Nine Inch Nails pendant mes années de débauche quand je faisais le con. Ça m’a accompagné toutes ces années et au fur et à mesure que je me suis intéressée à sa vie, j’ai appris tous ces déboires, tout ce qu’il a traversé, non seulement avec l’alcool mais aussi la drogue, c’était une autodestruction bien plus radicale que la mienne (voir le billet qu’il a écrit sur son blog à ce sujet). Je me suis reconnu dans les mots de Trent Reznor, pourquoi je buvais, pourquoi je me complaisais là-dedans, pour moi c’est un super exemple… ça montre que tu peux être au fond du trou et te relever même si comme il le dit ça reste une bataille au quotidien. En bon geek que je suis, un autre parcours qui me touche aussi, c’est celui de Robert Downey Jr, d’autant que dans son personnage d’Iron Man on retrouve un peu les mêmes problèmes par rapport à l’alcool même si dans les films c’est moins prononcé que dans les comics. Lui aussi c’est quelqu’un qui passe de la débauche et la défonce au retour en grâce. Dans les mêmes années que Trent Reznor… Quand on voit ce que les deux sont devenus, c’est super inspirant.

Un dernier mot ?

A partir du moment où on pense avoir un problème avec l’alcool, c’est qu’on en a un. Un vrai. Ne faites pas comme moi qui le pensais depuis très longtemps et qui ne faisait rien pour le régler. C’est important de voir la vérité en face… L’alcool peut faire vivre des moments incroyables mais ça peut faire faire tant de choses qu’on regrette. Quand l’alcool devient indispensable à tout moment de la vie, que ce soit pour se lâcher ou supporter une situation, c’est le moment de faire un travail sur soi. On peut être soi sans alcool, je sais bien que ce n’est pas facile mais c’est possible, j’en suis la preuve;)

Tu veux témoigner sur le blog ? Envoie-moi un mail ! pandorablack111@gmail.com 🙂

Le témoignage de Lula « 1000 heures sans alcool »

Depuis la rentrée, il y a des témoignages de personnes qui ont décidé d’arrêter l’alcool sur le blog. On commence avec Lula qui est blogueuse et ex barmaid dans les Alpes Maritimes, suite à la lecture de mon article sur les 1000 hours dry, elle s’est lancé dans ce challenge. Elle revient sur son expérience pour nous. Merci Lula !

IMG-5998

1000 heures sans alcool. Soit 42 jours. Si on m’avait dit que je participerais à ce challenge il y a un an, je ne l’aurais pas cru. J’aurais ri et je me serais servie un verre. Et pourtant, j’ai réussi ! Je n’ai pas touché une goutte d’alcool depuis le 1er août. Même un peu plus longtemps parce qu’avant que Pandora ne me parle de ce défi, je n’avais pas bu depuis à peu près une semaine.

Pourquoi ce challenge?Après tout, je ne suis pas alcoolique ! C’est ce que beaucoup de gens peuvent penser. C’est ce que je me disais aussi avant, quand l’idée d’arrêter l’alcool me traversait l’esprit. Non, je ne suis pas alcoolique mais j’ai travaillé longtemps dans le milieu de la nuit et je buvais régulièrement. Je m’étais déjà passée de mes coupes de champagne et de mes shots l’année dernière pendant un mois, histoire de voir si j’en étais capable. J’avais réussi et pour me féliciter, je m’étais pris une cuite. C’est un peu comme arrêter de fumer et se récompenser avec un paquet de Gauloises sans filtre. Ridicule.

Être derrière un bar, c’est être payé.e pour faire picoler les gens. Et pour boire avec eux, soyons honnêtes. On t’offre des verres, ça fait du chiffre et tu bois à l’œil. Quand tu offres une tournée de shots à tes clients, tu en prends un avec eux, pour trinquer, parce que ça leur fait plaisir. De plus, si tu ne bois pas derrière le bar, c’est que tu as une patience d’ange (ce qui n’était pas mon cas !). Pour supporter les gens bourrés, il faut être dans le même mood qu’eux. Je buvais donc tous les soirs ou presque, ça faisait partie du job. Et je finissais bourrée tous les week-ends. Parce qu’après le boulot, je partais boire en boîte. C’est l’afterwork des barmen. Je rentrais au petit matin, si je ne finissais pas en after, fatiguée et saoule, avec une partie de moi qui se demandait si c’était vraiment ça ma vie ? Faire la fête, sortir, et recommencer sans cesse ?

J’ai finalement quitté la nuit parce que ça ne me convenait plus. Servir de l’alcool aux mêmes habitués tous les week-ends, ça ne pouvait pas être ma mission de vie. J’avais l’impression d’entretenir leur mal-être. Je voyais régulièrement les clients tenter de noyer leurs problèmes dans l’alcool, boire pour oublier mais ne pas oublier de boire.

Je quittais le monde de la nuit mais je continuais de consommer de l’alcool. Parce que c’est « normal ». C’est « normal » de boire quand on est avec ses amis. C’est « normal » de prendre l’apéro. C’est « normal » de commander un verre de vin plutôt qu’un Perrier parce que « Oh, tu fais chier, tu vas pas prendre un soft quand même !  Allez, bois un verre ! » et puis de toute façon c’est le même prix alors autant payer pour de l’alcool !

En février, j’ai traversé une sorte de crise existentielle. Je cherchais ma voie, je cherchais des réponses à mes questions, je me cherchais moi-même, et plutôt que de faire face, je suis sortie tous les soirs et je suis tombée dans l’excès. J’étais arrachée tous les soirs. Une vraie poche. Je me couchais avec la tête qui tourne, voire je finissais ma nuit la tête dans la cuvette et je me levais le lendemain en me demandant pourquoi je m’infligeais ça, tout en essayant de reconstituer la chronologie de ma soirée, qui j’avais vu et ce que j’avais pu dire ou faire comme conneries. Les récits de mes soirées commençaient tous par « J’étais complètement déchirée ! ». Mais je continuais parce que j’allais mal. J’étais à un tournant de ma vie où plus rien ne semblait avoir de sens. Je sortais pour me donner un semblant de gaieté, qui n’était en fait qu’une illusion puisque je m’enfonçais un peu plus chaque jour au fond d’un trou sans fin. Je cherchais dans l’alcool un réconfort, une soupape, des réponses à mes questions. Et tout ce que ça m’apportait, c’était encore plus de questions existentielles et de mal-être. Un vrai cercle vicieux.

Un soir, je suis rentrée sobre ou presque. Je me suis allongée dans mon lit et pour une fois depuis bien longtemps, il ne tournait pas. Je me suis alors dit que c’était quand même génial de se coucher dans un état normal, sans avoir besoin de se relever dix fois pour se faire vomir… Et j’ai réalisé qu’il y avait quand même un gros problème. Est-ce bien normal de s’émerveiller sur le fait de rentrer sobre ? Je me suis fait peur, alors j’ai diminué ma consommation, sans arrêter complètement la boisson. J’ai continué les apéros. Comme tout le monde. Parce que c’est ce qu’on fait en société. Je buvais « normalement ». J’ai arrêté les alcools forts. Je suis passée tranquillement au petit verre de blanc et au Monaco. Jusqu’au soir où je me suis rendue compte que je buvais parce que les autres buvaient. Parce que je savais que si je commandais un Perrier, on allait me regarder bizarrement. Je buvais par habitude et pour faire comme tout le monde. Pas pour rentrer dans le moule, mais plutôt pour qu’on me foute la paix. Parce qu’on le sait, quelqu’un qui arrête de boire sera l’attraction de la soirée, et je n’avais pas envie d’être l’alien qu’on interroge sur sa décision de rester sobre.

On vit dans une société où c’est tout à fait normal de boire de l’alcool. Où une fête sans alcool n’est pas une vraie fête. Une société dans laquelle une personne qui ne consomme pas d’alcool n’est pas normale mais chiante, pas drôle, ne sait pas s’amuser… Moi je me demande si c’est bien normal d’avoir besoin de se mettre minable pour profiter d’une soirée entre amis. Si c’est normal d’avoir besoin de ça pour communiquer avec nos semblables… Et si telle est la normalité, je la trouve bien déprimante.

C’est finalement mon corps qui a décidé que c’était trop, qu’il fallait arrêter. Un simple Monaco m’a fait tourner la tête comme si je m’étais sifflée une bouteille de vodka. Quelques jours plus tard, mon verre de Blanc m’a causé des brûlures d’estomac toute la nuit. Mon corps me disait clairement qu’il était temps d’arrêter de se forcer pour faire plaisir aux autres, qu’il fallait que je m’écoute et que si je ne voulais pas boire d’alcool, j’avais le droit. Alors j’ai écouté mon corps parce qu’il est toujours de bon conseil.

La première fois que j’ai dit que je ne buvais plus, on m’a rétorqué que j’étais « devenue chiante ». Puis j’ai bien évidemment eu droit aux réflexions du style « Mais pourquoi ? T’es malade ? » ou « Mais t’es enceinte ? Allez avoue t’es enceinte mais tu veux pas nous le dire ! ». Et le fameux « Mais juste un verre ! ».

Au bout de quelques semaines, on m’a demandé si ça me manquait. Non, absolument pas. Je n’ai pas senti de manque, je n’ai pas eu une irrépressible envie de boire et je ne me suis pas sentie frustrée. Un soir, je me suis surprise à tendre la main vers la Despé de mon mec pour en boire une gorgée. Je n’avais pas bu depuis trois semaines, je n’en avais pas envie et pourtant je tendais la main vers cette bière comme si c’était une bouteille d’eau. J’avoue que je n’ai pas d’explication à ce geste , si ce n’est une vieille habitude ancrée qui n’avait plus lieu d’être.

Un événement m’a fait prendre conscience des situations, et surtout des émotions qui me donnaient envie de boire. Après une dispute avec des amies, la première chose à laquelle j’ai pensé a été « Ce soir, je me mets une mine ! ». Avant de réaliser que non, je ne buvais plus. J’étais très étonnée de ce vieux réflexe de mon mental. Ce jour-là, j’ai compris que l’alcool jouait un rôle dans ma vie. Un rôle malsain, mais un rôle quand même. J’ai compris que je buvais pour évacuer des frustrations, de la colère et de la tristesse. Il fallait trouver un autre moyen pour gérer mes émotions. Peut-être commencer par les accepter ? Je me suis tournée vers la méditation et le yoga. C’est tout de même plus efficace que d’enchaîner les shots en faisant semblant que tout va bien.

Le dernier week-end du défi, j’ai fait un extra dans le bar où je travaillais avant. Durant une fraction de seconde, j’ai eu peur de me laisser tenter par un petit verre mais je me suis rassurée en me disant que je n’étais pas arrivée jusque là pour tout foutre en l’air à cause du boulot.

J’avoue que la Pàtron Cafe (tequila aromatisée à la liqueur de café) m’a fait de l’œil dans le frigo samedi soir pendant le rush. Avant, je me servais quelques shots, histoire de me donner du courage pour arriver à la fin de la soirée sans tuer quelqu’un. Ce soir-là, quand j’ai sorti la bouteille, je l’ai regardée avec un brin de nostalgie. Puis j’ai repensé au goût fort du premier shot (le premier a toujours du mal à passer!), à sa texture épaisse, pas si agréable que ça, sa couleur pétrole et à toutes ces soirées où j’en avais abusé, suivis par ces lendemains qui déchantent. Alors je l’ai sagement rangée à sa place. Et j’étais assez fière de moi !

La grande question au début a été : qu’est-ce-que je vais boire ? Parce que payer le prix fort pour un jus d’orange que je peux boire chez moi, c’est vrai que ça me fait chier. J’ai redécouvert le jus de tomate. J’adorais ça quand j’étais ado et j’ai eu envie d’en boire quand j’ai stoppé l’alcool. Ça me donnait l’impression de me nettoyer de l’intérieur (je ne sais pas si je jus de tomate a cette vertu!). Quand je sortais et que je n’avais pas envie de débattre sur ma non-consommation d’alcool, je commandais discrètement un virgin mojito au bar. Je sais que personne ne fait la différence entre un mojito avec ou sans alcool. Ça c’était plutôt au début, quand j’avais encore peur du regard des autres. Maintenant, je n’en ai plus rien à foutre. Je me dis que celui que ça dérange a probablement un problème avec l’alcool et qu’il ferait mieux de se questionner lui-même plutôt que de se moquer de moi. Au restaurant, j’ai remplacé le vin par de la San Pellegrino ou du Perrier. Il peut m’arriver de boire des cocktails de fruits mais je sais qu’ils sont excessivement chers pour ce qu’il y a dedans alors j’évite.

L’autre soir au bar des clients m’ont demandé une tournée de shots et ont voulu que j’en prenne un avec eux, je leur ai répondu que je ne buvais pas, ils ont été étonnés et m’ont demandé pourquoi. J’ai répondu que j’avais vu trop de gens bourrés dans ma vie et que je ne voulais pas finir comme eux. Ils ont ri. Je leur ai dit que j’étais très sérieuse et ils sont partis, quelque peu interloqués.

42 jours sans alcool. Je suis fière. Je remarque que je passe de meilleures soirées. Je les apprécie mieux. Je rentre sereine, sans flipper de me faire contrôler par les flics. Je m’endors sans problème. Je crois que ça m’a un peu permis de me foutre du regard des autres aussi. Je suis plus lucide sur les gens et les situations quand je sors. Et j’apprends à maîtriser mes émotions d’une manière plus saine et constructive plutôt que de les faire taire à coup de tequila !

En arrêtant de boire de l’alcool, j’ai compris pourquoi je buvais. J’ai compris que ça ne m’apportait rien de bon, que je n’avais pas une relation saine à l’alcool. Ca faisait longtemps que je me demandais pourquoi je continuais à boire, sans jamais oser arrêter. Le fait de participer à un challenge m’a apporté une motivation. Bien sûr, j’aurais pu choisir de ne pas aller au bout. J’aurais pu craquer, me dire qu’un verre c’est rien. Peu de gens étaient au courant de ce défi parce que je l’ai fait pour moi, j’aurais donc pu décider de m’octroyer un petit verre, mais si j’avais abandonné en cours de route, je m’en serais voulu.

Est-ce-que je boirais modérément un jour ? Je ne sais pas. J’ai tendance à tout faire dans l’extrême et je me dis que si j’ai réussi à m’en passer pendant plus d’un mois, autant continuer. Je me demande surtout quels seraient les bénéfices si je recommençais à boire ? Je sais qu’après ce sevrage, je serais bourrée après un verre. Est-ce que j’ai vraiment envie de ressentir les effets de l’alcool ? Pas vraiment. Peut-être que je me laisserais tenter par un bon champagne si l’occasion se présente, qui sait ? Je verrais bien sur le moment, je n’ai pas envie de me prendre la tête avec ça. Ce que je sais, c’est que si je bois à nouveau, ce ne sera plus pour faire taire mes émotions, ce ne sera plus quand je vais mal, ce ne sera plus pour fuir. L’arrêt de l’alcool faisait sûrement partie de mon chemin et de ma quête existentielle. J’ai changé ma façon de vivre, même si ça paraît minime et anodin, pour moi c’est une grande évolution.

Aujourd’hui je peux le dire : je suis sobre depuis plus d’un mois. Et oui je suis très fière de moi.

Éloge de la procrastination un peu (juste un peu, promis)

Je n’ai rien foutu de la journée. Je suis obligée de le dire aussi brutalement. Rien ! Il y a des jours comme ça où on a besoin de « faire le point ». C’est ce que j’ai fait, seule, entrecoupée de moments câlins avec mes chats que vous connaissez si vous me suivez sur Instagram. Il y a quelques années, je me serais sentie coupable de ne rien faire, de ne pas avancer sur mes projets. Aujourd’hui je vis ces moments avec une grande sérénité. C’est mon état d’esprit qui a changé. Je ne laisse plus les pensées négatives envahir mon cerveau, quand l’une d’elles se présente (c’est de plus en plus rare), j’interviens direct, je suis sans pitié ! Et ça marche. Je ne manque de rien dans ma vie, je ne me plains de rien, je n’envie personne. Je pars du principe que si tu veux quelque chose, à toi de l’obtenir. Je ne peux pas envier quelqu’un que je pourrais imiter (si j’en avais envie). Avant je possédais des tas de trucs et certains m’encombrent encore. Justement aujourd’hui je pensais à tout l’espace que je pourrais libérer dans mon couloir si je donnais les vêtements que je ne porte plus. Je vais encore faire du tri, donner, faire circuler. J’aime l’idée que mes vêtements rendent le sourire à d’autres femmes.

Ma chaudière est en panne depuis quinze jours. Avant j’aurais hurlé sur tout le monde parce que ça n’avance pas. Aujourd’hui je prends mon mal en patience, je me lave dans une bassine avec une bouilloire, j’ai encore de l’eau chaude, j’ai cette chance. Demain matin j’aurai une chaudière toute neuve. Tout est question de temps. Je dis ça alors que justement je ne vois plus le temps comme avant. C’est aussi cette conception-là qui a changée pour moi. Il n’y a plus d’hier et plus de demain, uniquement ce que je vis maintenant. Là il est 20h08 par exemple. Je vis ce moment à fond. Où j’écris. Je ne me rends plus malade avec le passé, avec ces questions stériles « Et pourquoi ça n’a pas marché avec mon ex ? Et pourquoi gna gna gna ? ». Inutile. C’est comme ça, point. Rien n’est jamais acquis. On va tous mourir, ça oui, c’est certain. On a une seule vie terrestre, ça aussi. Pourquoi utiliser son énergie à ressasser ? Je ne sais pas pourquoi je faisais ça mais je sais que c’est fini. J’avais peur de l’avenir aussi. Peur de manquer, peur de ne pas réussir. Depuis que je me fous totalement de l’opinion des autres, je n’ai plus peur de réussir ou pas. J’ai déjà réussi ! « You have nothing to prove, you ARE the proof ».

Je crois que le seul moyen de ne plus avoir peur de son avenir c’est de faire ce qu’on aime et uniquement ce qu’on aime dans le présent. Quand je travaillais pour des abrutis et que j’encaissais mon chèque à la fin du mois, je n’étais pas fière de moi, je savais que je participais à un truc qui me faisait horreur. Je savais que je ne méritais pas ce chèque. Alors je consommais pour compenser. Je voyageais beaucoup non pas par plaisir mais pour fuir mon quotidien. Sur Instagram je jubilais quand je voyais plein de likes, on m’enviait « Mais tu pars encore en voyage ? ». S’ils savaient que je buvais dans l’avion parce que je me détestais et que je passais mes vacances à Instagrammer tous mes faits et gestes parce que j’étais seule… J’étais entourée et j’étais atrocement seule. Aujourd’hui, c’est l’inverse, je suis seule mais je suis en paix avec moi-même. Je sais qui je suis, je sais ce que je veux, j’ai fait des choix. Choisir, c’est renoncer. J’ai renoncé à mon confort, j’ai gagné ma liberté.

Arrêter de boire était la dernière pièce du puzzle. La boucle est bouclée. Tous les matins je me lève avec le sourire. TOUS. LES. MATINS. C’est possible. Quand ça va moins bien, je sais quoi faire. Mais ça ne dure jamais longtemps. Avant, je pouvais déprimer pendant des semaines entières, je me souviens avoir pleuré à la fenêtre de mon hôtel à Venice Beach parce qu’il pleuvait (!!). Je pleurais parce que tu comprends je suis en vacances à Los Angeles et il pleut, j’ai pas de chance. J’aimerais me foutre des baffes quand j’y repense. L’indécence dont on peut faire preuve quand on est endormi… Heureusement, je suis réveillée !

P.S : j’ai appris que les Québecois disent « egoportrait » pour « selfie ». J’adore. Tellement plus juste en français, ça exprime le ridicule de la chose. Je ne condamne pas le selfie mais oui il y a une dimension ridicule au truc, on ne peut pas le nier 🙂