Le témoignage de Julia, sobre depuis 287 jours

Quatrième témoignage sur le blog, Julia est sobre depuis le 30 décembre 2020, elle vit entre le Sud de la France et la Suède, elle aime les imprimés à pois et la cuisine, entre autres passions. Vous pouvez la retrouver sur son Instagram : Sober as birds.

J’ai une excellente mémoire et un corps bienveillant.

Mes souvenirs ont effacé inconsciemment tous les moments de violence que j’ai vécu enfant. Non pas de la violence sur moi, mais les engueulades violentes entre mes parents, les moments seule avec mon père ivre mort et toute la violence qu’il s’infligeait à lui même. Je ne me souviens de rien.

Je me souviens d’une enfance heureuse, joyeuse, avec beaucoup de câlins, d’affection, de la musique, et ses clopes qu’il allumait au réveil.

Quand il est parti, j’avais 7 ans, tout s’est effondré. Mon amour ne suffisait plus. L’aimais-je assez ? Pourquoi choisissait-il de partir plutôt que de rester à mes cotés, on avait toute une vie à tricoter ensemble. Je me suis sentie abandonnée. Ce sentiment ne me quittera jamais.

Il paraît que j’ai beaucoup roulé dans la bagnole de mon père saoul, car il m’emmenait partout. J’ai une passion pour les voitures, j’adore la mécanique et rouler… J’ai pris beaucoup de risque, eu quelques accidents et je me suis rangée …des bagnoles, depuis.

Ce sentiment de sécurité que me procure la voiture, je ne l’explique pas. c’est l’empreinte du souvenir.

Mon père mentait souvent pour cacher sa consommation de là naissaient d’autres mensonges, et puis, une vie totalement brodée à l’anisé, aux gitanes sans filtres & aux multiples vies dont il aurait rêvé. Il m’a beaucoup menti. Ma mère s’est arrangée avec la réalité, pour faciliter sa vie qui était déjà dure. Je ne lui en veux pas. Mais j’ai été élevée par deux menteurs. Alors aujourd’hui, si on me parle d’un sandwich au saumon alors qu’il est au jambon, ça ne passe pas. La recherche de la vérité est mon guide de survie. Dans quelle vie suis je? Avec qui? 

J’ai compris tôt que « l’alcoolisme est une maladie comme les autres », alors j’ai voulu soigner mon père. J’ai cru que j’étais capable de le sauver. J’ai dépensé dans mon adolescence trop d’énergie devenue des désillusions, des rendez-vous à 800km de chez moi où il ne venait pas, des week-end de ménage pour nettoyer son appartement insalubre. J’ai usé mes premières années d’adultes pour le maintenir en vie, appeler le PMU du quartier pour savoir s’il l’avait vu debout, trop souvent tétanisée par des crises d’angoisses l’hiver, à cause des risques de chutes liées au verglas ;  j’avais peur du téléphone à une époque, de la terrible nouvelle. Puis, il y a eu les démarches administratives pour une mise sous tutelle jusqu’à l’extinction de voix devant la juge. Il ne voulait pas s’en sortir. J’ai mis beaucoup de temps à accepter devoir renoncer.

Aujourd’hui encore, c’est tout frais.

En me soignant moi, je soigne mon père, je romps cette chaîne de l’alcoolisme.

Il s’en est allé, a retrouvé sa liberté quand ma première fille avait 3 semaines, la vie m’a montrée qu’il fallait que je construise ma propre famille désormais. J’abandonnais l’enfant que j’étais car je devenais maman.


Aujourd’hui, je me rends compte de l’importance de regarder devant et non derrière, sinon tu n’avances pas car tu es cloué par les souffrances de tes parents.


Depuis que je ne bois plus, je ne lui en veux plus. Il a fait ce qu’il a pu. Ma mère aussi, je suis si admirative. Je regarde mes parents et je suis reconnaissante de la force qu’ils m’ont transmis. 

Merci Julia ❤

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