Parce que la modération est possible

J’ai publié un petit blabla en anglais sur mon Insta pour parler de ces six derniers mois de sobriété. Certes, j’ai bu un peu d’alcool, je n’ai pas été 100% sobre. Mais comme je l’ai expliqué ici et là-bas, j’ai changé en six mois. Je pense que c’est assez naturel de voir l’alcool comme un poison quand on a énormément de mauvais souvenirs, quand la dernière beuverie est floue et qu’on n’est vraiment pas fière de soi. Je ne pensais pas pouvoir boire modérément, j’avais peur de retomber dans ce truc de boire au moins trois verres et de finir en gueule de bois. Rappelons le titre de ce blog ! Je ne veux plus jamais de gueule de bois ! Alors j’avais peur, je n’avais aucune confiance en moi, j’imaginais qu’il m’était impossible de changer d’état d’esprit par rapport à l’alcool. Comme beaucoup de personnes qui arrêtent l’alcool, je voyais la modération comme impensable et même dangereuse. Et puis, il faut l’avouer, à force de lire que la modération n’était pas une option, j’ai fini par le croire. J’ai succombé à la pensée la plus populaire…

Pourtant, je fume modérément, je sais que la modération, c’est quelque chose que je peux et que je sais faire. Je ne sais même pas pourquoi je doutais de moi comme ça ! Pendant des années, dix-sept ans, si je me souviens bien, j’ai fumé un paquet de Camel par jour, parfois deux (quand j’étais ivre héhé). Je fume en vacances ou quand je vois quelqu’un qui fume et que je n’ai pas vu depuis longtemps. Je dirais que je fume tous les deux ou trois mois environ. Puis j’arrête facilement parce que je n’y pense pas, je ne sais pas comment l’expliquer autrement.

Quand j’ai publié ce blabla sur Insta, une personne sobre est venue me parler en DM, elle m’a dit « Vraiment Pandora, tu crois à la modération ? Tu es sûre de toi ? Parce que moi je ne pourrais pas, impossible ! ». Je sais que ce commentaire se voulait bienveillant mais je n’ai pas pu m’empêcher de penser « Aïe, elle parle d’elle, pas de moi ! ». Le fait que j’écrive que je suis capable d’être sobre déclenche chez elle une réaction de protection parce que POUR ELLE, la modération, ce n’est pas possible (du moins, c’est ce qu’elle croit). Ce questionnement était un reflet de ses propres limitations, pas des miennes. C’est assez classique, faites le test autour de vous, les autres expriment toujours leurs propres peurs quand il s’insurgent.

Nos croyances nous limitent. Si tu crois que l’alcool est un poison, il est probable que jamais tu ne tenteras de boire un seul verre de vin en bonne compagnie… parce que tu es persuadé.e que l’alcool, c’est le diable incarné et que succomber à un seul verre fera de toi un loser. Nos croyances forment notre réalité. Tout est question de perception !  Quand j’ai compris que j’étais en train de m’enfermer dans un raisonnement binaire avec cette idée que seule l’absence totale d’alcool dans ma vie pourrait me correspondre, j’ai vécu cette expérience comme quelque chose de très fort, de spirituel. Depuis quand, moi, Pandora, je ne peux pas faire exactement tout ce que je veux ? Je suis forte, je suis unique, je sais ce que je fais, évidemment que je peux boire un seul verre par plaisir !

Ai-je envie de me transformer en cette personne qui dit « ça c’est bien » ou « ça c’est mal ! » ? Non, chacun est libre de croire en ce qu’il veut ! Mais je ne vais pas me limiter à ce que j’entends dans les cercles sobres. Si toi tu penses que l’alcool est le diable, fais comme tu veux. Mais moi je boirai un verre de temps en temps, quand j’en ai vraiment envie parce que POUR MOI, je crois à la modération. Par rapport à ma personnalité, mon histoire, mon chemin de vie, je sais que c’est ce qui est bon POUR MOI. J’ai acheté de la tequila et du triple sec dans le but de me faire ma propre margarita et les bouteilles sont là, dans la cuisine. Je les ouvrirai quand j’aurais retrouvé mon shaker et quand j’aurais fait de la glace pilée avec mon super robot. Pour le moment, je n’en ressens aucune envie. Je ne règle plus mes problèmes avec l’alcool, voilà pourquoi. Je ne cache plus mes émotions derrière un cocktail, j’affronte ma vie. Je sais bien que ça parait simple dis comme ça et… ça l’est ! 😉

 

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2 commentaires sur “Parce que la modération est possible

  1. tu soulèves une problématique très importante. J’ai passé beaucoup de temps sur les forums de dépendance à l’alcool et je les ai trouvé vraiment extrêmes sur l’abstinence. Oui celle ci est nécessaire et doit être absolu dans certains cas, mais il y a aussi d’autres cas, dont on ne parle pas. J’ai longtemps trainé une culpabilité affreuse parce que j’avais bu 2 bières et que cela avait ‘cassé’ l’abstinence tant convoitée. Le pire étant que ça alimentait parfois même ma consommation (‘je suis nulle, je n’arrive pas à tenir, je vais boire pour oublier..’). C’est vraiment idiot. Comme toi, je pense que je peux consommer avec modération. D’ailleurs les addictologues ont changé leur propos sur la question, et prônent maintenant la modération, dans certains cas. Le mouvement sober life américain n’a pas aidé. j’y ai vécu et ce sont des terroristes de la sobriété (12 steps etc), une sorte de relent de leur coté ultra conservateur.

    Ce qui est important comme tu le dis, c’est d’essayer d’être au plus honnête avec soi même. Cette année j’ai fait des arrêts de 2 mois, cela a été fondamental pour me rassurer et pour casser une routine toxique. Je pense que d’un point de vue neurobiologique c’est aussi très important d’arrêter totalement pour que les circuits de récompense se remettent à fonctionner normalement. L’abstinence est donc un très bon outil, mais il n’est pas forcément à prôner ad vitam eternam. C’est à chacun de voir ce qui peut fonctionner ou pas.

    On peut aussi tout à fait imaginer prôner d’abord la modération avant de se rendre compte qu’au final, on n’a vraiment plus envie d’alcool. Le fait d’imposer une abstinence totale est à mon avis très angoissant!!

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    1. La modération n’est pas pour tout le monde, c’est clairement au cas par cas. Les 12 steps ont fait leur temps, d’autant que la dimension religieuse du truc peut repousser les Français que nous sommes… En France, il n’y a pas vraiment d’alternative, pas encore. Boire moins reste toujours un bon choix, tout comme manger moins de viande ou fumer moins de cigarettes. Je me suis attirée les foudres d’Instagrammeurs abstinents à 100% quand j’ai osé dire que boire une bière tous les trois mois c’était pas la fin du monde. Depuis j’ai arrêté Insta et je fais mon bout de chemin ici. Mais je sais que nous sommes nombreux à vivre une modération heureuse ! Complètement d’accord avec toi, l’abstinence totale a quelque chose d’angoissant parce que définitif comme… la mort (haha).

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