Une autre époque

En novembre 2015, juste après les attentats du Bataclan, j’ai eu besoin de fuir la capitale… Cette fameuse nuit, je l’ai passée à prier pour A. et S. qui étaient au concert des Eagles of Death Metal. Heure après heure on a suivi leur progression pour échapper aux terroristes, attendus leurs SMS un verre de whisky à la main pour supporter notre impuissance, d’abord les toilettes puis cachés chez un habitant puis sains et saufs sur le toit. Le soulagement immense de les savoir vivants tous les deux. La joie mêlée aux larmes. D’autres couples n’ont pas eu cette chance…Si j’ai quitté Paris, c’est aussi parce que j’ai été (moi aussi) traumatisée par la vague d’attentats qui a sévi pas seulement dans ma ville, mais au cœur de mon quartier.

J’ai fui Paris, donc. Pour aller dans ma deuxième ville préférée au monde, j’ai nommée New York. C’était très étrange, il faisait 15 degrés en moyenne, j’étais en robe et manteau léger, il y avait du soleil, ça contrastait avec Paris, comme si j’étais vraiment ailleurs, sur une autre planète…

Un soir, après avoir marché encore quinze kilomètres dans la journée, j’ai décidé d’aller au Campbell Apartment, un speakeasy caché dans la gare de Grand Central. Il y avait un dress code alors j’ai enfilé une jolie robe chic et j’ai mis des talons (avec lesquels j’ai marché pendant trois ou quatre blocks au retour, ivre et sous la pluie, grrrrrr).

Le Campbell Apartment c’était cet établissement confidentiel dont tout le monde avait entendu parlé mais peu avaient eu la chance d’y mettre les pieds, c’est vrai qu’il n’était pas facile à trouver ! J’avais suivi les indications d’un New Yorkais pour être certaine de ne pas passer à côté. Je n’aime pas aller dans des bars seule mais là, c’était différent. L’atmosphère s’y prêtait. Les lumières étaient tamisées, le décor intimiste et chaleureux avec ses tabourets rouges et ses larges banquettes sombres ; à peine entrée, je savais que je n’aurais pas envie de repartir avant des heures… Je me suis installée au bar toute seule, un grand sourire sur les lèvres, ça ressemblait à ça.

Processed with MOLDIV

Inutile de m’attarder sur le fait que j’ai bu deux cocktails et que c’était beaucoup trop pour mon petit corps. Cocktails délicieux (bon en même temps ils coûtaient le PIB de la Somalie donc heureusement j’ai envie de dire). A l’époque j’avais Facebook et en rentrant à l’hôtel je m’étais fait plein de nouveaux « amis », j’avais refait le monde avec une fille canon dont j’ai oublié le nom, refusé les avances d’un certain John, après deux heures à lui parler j’ai fini par révéler, hilare, que j’avais un copain ! Tout ça, on s’en fout un peu.

Ce bar était une merveille, le Monsieur qui avait préparé mes cocktails était un véritable personnage de roman, c’était agréable d’être entourée par des hommes en costume et jolis souliers, ça change des baskets que tout le monde porte partout, en permanence. Ce soir-là j’avais goûté à des cocktails d’une autre époque (c’était leur slogan) dans un lieu unique, hors du temps.

Quelques mois plus tard, le bar avait fermé dans l’incompréhension générale, une histoire de bail qui arrive à sa fin, puis une bataille juridique entre l’ancien propriétaire et le nouveau, un millionnaire qui possède déjà des bars dans New York qui se ressemblent tous par ailleurs…

Le bar a rouvert en 2017 sous le nom de The Campbell, aujourd’hui, plus de lumières tamisées, plus de dress code, « Nous ne voulons plus que cette adresse soit secrète, nous voulons que ce soit un lieu plus inclusif ». Bon, en gros il veulent faire plus de tunes quoi, on a compris, c’est ce que le mot « inclusif » veut dire de nos jours, ne pas y voir de la tolérance là où il n’y a que des gros sous en jeu. Aujourd’hui, il y a plein de touristes en short et casquette au Campbell, avant il y avait surtout des New Yorkais élégants. C’est comme ça, les temps changent, les millionnaires rachètent des villes entières et y construisent des lieux qui se ressemblent tous, comment David peut-il lutter contre Goliath ? Heureusement, il reste les souvenirs qui valent mieux qu’un « c’était mieux avant ».

Puisqu’il faut terminer sur une note positive, le nouveau Campbell propose une bière sans alcool à la carte. Mais… c’est la Heineken. Plus rien de luxueux dans ce nouvel établissement… Ils auraient pu faire un effort, merde ! Bon, l’endroit reste beau même si je préférais la version plus cosy…

thecampbell

The Campbell 15 Vanderbilt Avenue New York (maintenant le bar est tellement bien indiqué de la rue que vous ne pourrez le rater, snif)

2 commentaires sur “Une autre époque

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s