Se taire

Quand il faudrait revendiquer, prendre la parole, participer, je chéris le silence. Apprendre à la fermer. Se taire. Écouter plutôt que de prendre la parole. En société, j’ai souvent le sentiment d’être face à des personnes qui n’écoutent pas : elles attendent leur tour de parler.

En ce moment je fais du bénévolat, on m’a appris très tôt qu’il faut donner son temps aux autres, je reproduis non pas bêtement mais plutôt parce que c’est une valeur à laquelle j’adhère. On apprend tellement en donnant de soi ! Mon activité consiste à trier des vêtements de seconde main qui ont été donnés, les plus beaux seront revendus en boutique solidaire, les autres seront redonnés à des associations de sans abris. Je ne vous cache pas qu’il m’arrive de mettre la main sur des vêtements de luxe vintage, d’autant que je travaille avec des femmes qui se foutent éperdument de la mode, ô joie !

Ces femmes parlent tout le temps. En flux continu. De tout et de rien. Le fameux small talk. Je suis nulle pour ce genre de conversation, j’ai bien essayé mais je n’arrive pas à parler de la pluie et du beau temps (pourtant ma mère et ma grand-mère sont douées pour cet exercice). Je les écoute parler de leurs petits-enfants, des vacances, du chien, de Bidule qui vend sa maison et Truc qui est mort, et bla et bla et bla, c’est sans fin.

L’autre jour, l’une d’elle disait qu’elle était blasée d’avoir trop voyagé, elle ne sait plus où aller en vacances. J’ai eu envie de lui suggérer une ou deux destinations mais je me suis tue. Elle avait envie de se plaindre, voilà tout. Une autre a parlé de la Thaïlande et a demandé si quelqu’un y était allé parce qu’elle hésite. J’aurais pu dire que j’y suis allée plusieurs fois, lui conseiller des itinéraires, des activités, et même lui donner le numéro d’un ami qui vit à Bangkok. Mais… non. Je n’ai pas envie de me mêler à leurs conversations, je préfère les écouter. Je préfère me faire discrète, je n’ai pas envie qu’on me jalouse parce que j’ai beaucoup voyagé, pour elles je suis « la jeune qui trie les vêtements femme », ça non plus elles ne le savent pas, je ne suis pas si jeune qu’elles le pensent. Je me tais, je garde ma vie pour moi, je suis là pour aider, pas pour me mettre en valeur.

Depuis que je ne bois plus, je suis plus silencieuse et plus humble. Quand je buvais j’étais vraiment insupportable, à donner mon avis sur tout, à me vanter de je ne sais même pas quoi, à parler, parler, parler… Sans alcool, je découvre ma vraie personnalité. C’est assez troublant comme expérience, comme si j’étais enfin revenue à moi. Comme si j’acceptais enfin que je suis une solitaire. Ce qui ne m’empêche pas de me mêler aux autres et de donner de mon temps.

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4 commentaires sur “Se taire

  1. Je suis bien d’avis avec toi. Le silence est souvent préférable dans de telles situations. Je vis la même situation au travail où chacun y va de ses petites anecdotes, de ses petits problèmes ou de sa vie « tellement géniale à vivre » qu’au fond tu aurais plutôt envie de te trancher les veines. Tout comme toi, il y a longtemps que j’ai opté pour le silence, mais moins par humilité que par méfiance. Je garde le silence pour me préserver de ces gens qui a la moindre occasion peuvent utiliser ce que tu as pu dire pour se mettre en valeur et/ou t’enfoncer — j’en ai vu beaucoup à l’œuvre. Et tout comme tu le décris, ils pensent aussi que je suis le petit jeune (je ne fais pas du tout mon âge ! 😁) réservé ou discret qui reste dans son coin et qui ne s’exprime que pour parler boulot. Alors que s’ils savaient ce que je pouvais penser d’eux…
    Je partage encore plus ton avis en ce qui concerne l’alcool sur ce plan. Ça enlève beaucoup trop de réserves.

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  2. Wow je suis tellement d’accord avec toi! A partir du moment où tu te tais et tu laisse l’autre parler tu te rend compte que A) les gens veulent juste parler, et être écouté B)Tu apprends beaucoup plus de choses sur eux comme ça C) Sérieux c’est tellement confortable de juste pas parler des fois ! Mais ouais ça peut devenir vite addictif et finir par ne plus voir l’intérêt de parler au final.

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  3. Bon jour,
    Un ancien qui a connu des états semi-comateux … en fait, c’est une autre vie …de voir la réalité, de s’y confronter et de prendre part à son propre chemin … sans béquille … et puis je parle avec raison (je crois) et écris, car de ça… un handicap est venu ma faire sa sérénade … faut-il s’arrêter à temps … pas simple …
    Max-Louis

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