Un fantôme

Je marchais dans la rue en direction du supermarché, je me faisais la liste des courses dans la tête, pour ne rien oublier. Surtout penser à acheter la pâtée pour les chats. Le soleil brillait, je portais mes lunettes de luxe et je me la jouais fashion week, ok, je l’avoue, je roulais un peu du cul. Parce que je ne fais même pas 1.60 m (presque!) mais moi aussi j’ai le droit de me la péter, moi aussi je veux défiler et le bitume est mon catwalk, pourquoi pas ? Bref, j’étais heureuse de vivre.

C’est à cet instant que j’ai croisé un fantôme. J’ai vu un petit blond aux yeux bleus un peu bouffi qui me rappelait quelqu’un et j’ai compris : c’était lui. Malgré les quinze kilos de plus, j’arrivais encore à le reconnaître. Un ex, appelons-le Eric, Rico pour les intimes. Triste vision que ce Rico dans un t-shirt couleur corail mais pas le corail qui est revenu à la mode, plutôt un corail Décathlon, c’est-à-dire légèrement fluo. Avec un short qui se passe de commentaire. Mais le pire ce n’était pas sa tenue, c’était son visage, il était complètement bouffi, boursouflé, comme si une guêpe l’avait piqué sur la totalité du visage. Il était rouge, il avait des rides maintenant, pas juste aux coins des yeux, et j’ai cru percevoir qu’il commençait à perdre ses cheveux. Il avait le visage d’un type qui a bu toute sa vie.

Lorsque j’ai rencontré Rico j’étais jeune et naïve, je n’avais aucune expérience et je me prenais pour Mère Teresa. Je crois que je me sentais coupable d’avoir eu une enfance idéale, une famille aimante ; j’avais besoin de rendre un peu ce qui m’avait été donné, je perdais une énergie folle à vouloir sauver des types comme Rico. Son père était alcoolique, sa mère aussi, c’était dans leur ADN. La précarité aussi, jamais de vacances, aucun loisir, son enfance n’avait pas été rose. J’étais restée un an avec lui, il m’en avait fait voir de toutes les couleurs, très peu de rose, plutôt du noir, plus noir que noir est-ce une couleur ? Il frappait chez moi complètement ivre en pleine nuit, il me trompait avec des filles moches, il racontait n’importe quoi, il me faisait honte….Une fois il était monté sur le toit, je me souviens avoir eu une pulsion, je m’étais vue le pousser dans le vide, c’est dire à quel point Rico me foutait la rage. Je ne pensais jamais le revoir…

Je ne crois pas au hasard. Je décide d’arrêter de boire pour avoir une vie meilleure, pour bien vieillir, pour être en accord avec mon idéal, et je croise ce fantôme qui continue d’être sur une pente glissante, il a grossi, il est en mauvaise santé, il porte un t-shirt corail fluo (il a toujours eu un look de merde en fait), il n’a pas changé. Moi oui, mais mentalement. Par politesse j’ai pris son numéro de téléphone, il voulait prendre un verre ce soir, j’ai décliné poliment et il m’a dit « Oh mais je sais que tu ne m’appelleras pas ! ». Nous sommes en 2019, les gens ne s’appellent plus, mais ce n’est pas le problème. J’ai effacé son numéro en rentrant chez moi parce que je sais poser des limites maintenant. Le passé est très bien là où il est : hors de ma vie actuelle.

Autrement dit : thank you, next !

arianagrandethankyounext

2 commentaires sur “Un fantôme

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